Cet article exprimant le point de vue officiel de l'Association est paru
dans le journal de l'Association Américaine de Diététique, en juin 2003
(Site Internet de l'A.A.D. et document original :
http://www.eatright.org/cps/rde/xchg/ada/hs.xsl/advocacy_933_ENU_HTML.htm ). Comme l'AAD est une
référence en matière de diététique aux USA, il est important que sa position
favorable au végétarisme et au végétalisme soit plus connue en France, où
une partie du milieu médical reste encore persuadée qu'en dehors de la
viande il n'y a point de salut.
Le point de vue de l'AAD sur les bienfaits du végétarisme en matière de
santé humaine n'est d'ailleurs pas récent. L'Association précise que : "
cette position a été adoptée par la " House of Delegates " (" Assemblée des
délégués " : c'est l'instance délibérative de l'AAD, formée de représentants
des divers domaines de la diététique ; elle se réunit deux fois l'an pour
discuter de questions professionnelles et formuler des recommandations) le
18 octobre 1987, réaffirmée le 12 septembre 1992, 6 septembre 1996 et le 22
juin 2000. Cette position est valable jusqu'au 31 décembre 2007. Dans un
langage mesuré, typique des publications officielles, mais néanmoins très
clair quant à l'utilité des régimes végétariens, l'AAD argumente son point
de vue sur la base d'une série d'articles scientifiques de qualité, dont la
grande majorité a été publiée dans les années 1990 et 2000. C'est dire que
les informations fournies sont tout à fait d'actualité.
En Résumé
La position de l'Association Américaine de Diététique et des Diététiciens du
Canada est la suivante : Les alimentations végétariennes et végétaliennes
menées de façon appropriée sont bonnes pour la santé, adéquates sur le plan
nutritionnel et sont bénéfiques pour la prévention et le traitement de
certaines maladies. Environ 2,5% des adultes aux Etats-Unis et 4% des
adultes au Canada suivent une alimentation végétarienne. Par définition,
l'alimentation végétarienne exclut la viande, le poisson et la volaille. L'intérêt
pour le végétarisme semble s'accroître si on considère le nombre de
restaurants et de services de restauration universitaire proposant
régulièrement des repas végétariens. Les ventes d'aliments adaptés aux
végétariens ont augmenté de façon importante, et ces aliments sont
disponibles dans beaucoup de supermarchés.
Ce document est un compte-rendu des données scientifiques actuelles
concernant les nutriments importants pour les végétariens, incluant les
protéines, le fer, le zinc, le calcium, la vitamine D, la vitamine B2
(riboflavine), la vitamine B12, la vitamine A, les acides gras de la série
oméga-3, et l'iode. L'alimentation végétarienne, y compris végétalienne,
peut couvrir les apports recommandés en tous ces nutriments. Dans certains
cas, utiliser des aliments enrichis ou des suppléments peut aider à couvrir
les besoins en certains nutriments.
Une alimentation végétalienne bien planifiée et les autres types d'alimentations
végétariennes sont appropriés à toutes les périodes de la vie, y compris la
grossesse, l'allaitement, la petite enfance, l'enfance, et l'adolescence.
Les alimentations végétariennes offrent de nombreux bénéfices nutritionnels,
parmi lesquels des taux moins élevés en graisses saturées, cholestérol et
protéines animales ainsi que des niveaux plus élevés en hydrates de carbone
(glucides), fibres, magnésium, potassium, folate (ou vitamine B9) et en
antioxydants comme les vitamines C et E et en phytochimiques (il s'agit des
substances présentes dans les fruits et légumes ayant des effets protecteurs
pour la santé, par exemple : les sulfures diallyles de l'ail et des oignons
renforçant le système immunitaire, les polyphénols du thé vert neutralisant
les agents carcinogènes, ou les isoflavones du soja réduisant le niveau du
cholestérol sérique). Les végétariens présentent des indices de masse
corporelle inférieurs à ceux des non-végétariens (l'indice de masse
corporelle I.M.C., ou indice de Quételet (Q), est une mesure de corpulence
calculée en divisant le poids en kilos (P) par le carré de la taille en
mètres (T) : Q = P/T2. Une classification couramment admise est : Q<19 =
poids insuffisant ; 1930 =
obésité), ainsi que des taux plus faibles de mort par maladie coronarienne ;
les végétariens présentent aussi des niveaux plus faibles de cholestérol
sanguin, des pressions sanguines plus faibles, et sont moins sujets à l'hypertension,
au diabète de type 2 (ou diabète gras), et aux cancers de la prostate et du
colon.
Bien que de nombreux programmes institutionnels alimentaires financés par le
gouvernement puissent satisfaire les végétariens, peu d'entre eux proposent
actuellement des plats convenant aux végétaliens.
Du fait de la diversité des pratiques alimentaires chez les végétariens, une
évaluation individuelle des apports alimentaires est nécessaire. Les
professionnels de la diététique ont pour responsabilité de soutenir et d'encourager
ceux qui montrent un intérêt pour le végétarisme. Ils peuvent jouer un rôle
clé en informant leurs patients végétariens sur les aliments riches en
certains nutriments, l'achat de nourriture et sa préparation, et les
modifications alimentaires qui peuvent être nécessaires pour satisfaire aux
besoins individuels. Organiser des repas végétariens peut être simplifié en
utilisant un guide alimentaire indiquant les groupes d'aliments et la taille
des portions de base.
Position officielle
La position de l'Association Américaine de Diététique et des Diététiciens du
Canada est que les alimentations végétariennes* menées de façon appropriée
sont bonnes pour la santé, adéquates au plan nutritionnel, et sont
bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies.
* Note : En américain " alimentations végétariennes " inclut le plus souvent
l'alimentation végétalienne, sauf mention contraire.
Le végétarisme et son contexte
Un végétarien est une personne qui ne mange pas de viande, poisson, ou
volaille ou des produits contenant ces aliments. Les végétariens ont des
façons de s'alimenter qui peuvent varier considérablement. Les
ovo-lacto-végétariens consomment des céréales, légumes, fruits,
légumineuses, graines et " fruits à coques " (le terme anglo-saxon est "
nuts ". Cela inclut : noix, noisettes, amandes, cacahuètes, etc.), ainsi que
des produits laitiers et des oeufs, et excluent de leur alimentation la
viande, le poisson et la volaille. Les lacto-végétariens excluent les oeufs
en plus de la viande, du poisson et de la volaille. Le modèle alimentaire
des végétaliens, ou végétariens stricts, est le même que celui des
lacto-végétariens, en excluant les produits laitiers et les autres produits
animaux. Même à l'intérieur de chacun de ces modèles alimentaires, des
variations considérables peuvent exister dans la façon dont les produits
animaux sont plus ou moins strictement exclus.
Les personnes qui choisissent des alimentations macrobiotiques sont
fréquemment considérées comme végétariennes. L'alimentation macrobiotique
est basée largement sur les céréales, légumineuses, et légumes. Les fruits,
les fruits à coques, et les graines sont utilisés en petite quantité.
Certaines personnes qui suivent une alimentation macrobiotique ne sont pas
vraiment végétariennes parce qu'elles utilisent quelquefois du poisson.
Quelques personnes qui " s'autoproclament " végétariennes, ne le sont pas du
tout car elles mangent du poisson, de la volaille, et même de la viande. Des
études ont identifié ces végétariens " autoproclamés " comme
semi-végétariens et ont défini ce terme comme correspondant à des personnes
mangeant de la viande occasionnellement en ayant une alimentation
végétarienne prédominante ou bien à des personnes consommant du poisson ou
de la volaille moins d'une fois par semaine. Une évaluation individuelle est
nécessaire pour estimer avec précision la qualité nutritionnelle de l'alimentation
d'un végétarien ou d'une personne qui se dit végétarienne.
Parmi les raisons fréquemment rencontrées en faveur de l'alimentation
végétarienne, on trouve les préoccupations pour la santé, la protection de l'environnement,
et la protection animale. Les végétariens citent aussi des raisons
économiques, des considérations éthiques, les questions de la faim dans le
monde, et des croyances religieuses.
Les tendances relevées chez les consommateurs
En 2000, environ 2,5% de la population des Etats-Unis (soit 4,8 millions de
personnes) suivaient constamment une alimentation végétarienne et
affirmaient qu'ils ne mangeaient jamais de viande, de poisson ou de
volaille. Légèrement moins de 1% des personnes sondées étaient
végétaliennes. D'après ce sondage, le profil statistique du végétarien se
dessine ainsi : résidant sur la côte Est ou Ouest, dans de grandes villes,
et de sexe féminin. Environ 2% des enfants et adolescents âgés de 6 à 17 ans
aux Etats-Unis sont végétariens, et à peu près 0,5% de ce groupe d'âge est
végétalien.
En se référant à une étude de 2002, 4% des adultes canadiens sont
végétariens, ce qui représente environ 900 000 personnes. Les facteurs qui
peuvent augmenter le nombre de végétariens aux Etats-Unis et au Canada dans
le futur, sont un intérêt croissant pour le végétarisme ainsi que l'arrivée
d'immigrants issus de pays où le végétarisme est une pratique courante.
Vingt à 25% des adultes aux Etats-Unis indiquent qu'ils mangent au moins 4
repas sans viande chaque semaine ou " suivent une alimentation végétarienne
de manière régulière ou occasionnelle ", ce qui démontre un intérêt pour le
végétarisme. Preuves supplémentaires d'un intérêt croissant pour le
végétarisme : l'émergence de cours sur les droits des animaux et l'éthique
dans les universités ; la prolifération de sites Web, magazines et lettres d'information,
et livres de cuisine ayant pour thème le végétarisme ; et l'attitude du
public qui tend à commander un repas végétarien à l'extérieur. Plus de 5% de
ceux qui ont participé à une étude datant de 1999, ont dit qu'ils
commandaient toujours un repas végétarien quand ils mangeaient dehors ; près
de 60% commandaient " quelquefois, souvent ou toujours " un plat végétarien
au restaurant.
Les restaurants ont répondu à cet intérêt pour le végétarisme. L'Association
Nationale des Restaurants indique qu'aux Etats-Unis, parmi les restaurants
qui ont un service de tables, 8 sur 10 offrent des plats principaux
végétariens. Les fast-foods commencent à proposer des salades, des sandwichs
végétariens, et d'autres choix végétariens. Beaucoup d'étudiants se
considèrent eux-mêmes comme végétariens. En conséquence, la plupart des
restaurants universitaires proposent des plats végétariens.
On observe aussi un développement de l'intérêt pour la nutrition
végétarienne chez les professionnels ; le nombre d'articles liés au
végétarisme dans la littérature scientifique est passé de moins de 10
articles par an à la fin des années 1960 à 76 articles par an dans les
années 1990. De plus, le sujet central des articles a évolué. Il y a 25 ans
et plus, les articles traitaient principalement de l'adéquation, au niveau
nutritionnel, de l'alimentation végétarienne. Plus récemment, les articles
ont pour thème l'utilisation de l'alimentation végétarienne dans la
prévention et le traitement médical. Les études épidémiologiques sont en
nombre croissant, tandis que les études de cas isolés et les courriers des
lecteurs se font moins nombreux.
On reconnaît de plus en plus les bénéfices des alimentations essentiellement
végétales, définies comme incluant de généreuses quantités d'aliments
végétaux et des quantités limitées de produits animaux. L'Institut Américain
pour la Recherche sur le Cancer et le Fond Mondial pour la Recherche sur le
Cancer incitent à choisir une alimentation principalement basée sur les
végétaux, riche d'une variété de légumes, fruits, légumineuses et de
féculents de base, peu raffinés, et une consommation limitée de viande
rouge, si toutefois de la viande rouge est consommée. L'Association
Américaine du Cancer (The American Cancer Society) recommande de choisir le
plus possible d'aliments issus des végétaux. L'Association Américaine du
Cour (The American Heart Association) recommande de choisir une alimentation
équilibrée centrée sur les légumes, les céréales, et les fruits, et la
Fondation Canadienne contre les attaques cardiaques recommande d'utiliser
des céréales et légumes à la place de la viande comme élément central du
repas. Les Directives Diététiques Unifiées développées par l'Association
Américaine du Cancer, l'Association Américaine du Cour, les Instituts
Nationaux Américains de la Santé, et l'Académie Américaine de Pédiatrie
appellent à une alimentation basée sur une variété de produits végétaux,
incluant des produits céréaliers, des légumes, et des fruits pour réduire le
risque des principales maladies chroniques.
Disponibilité de nouveaux produits
Aux Etats-Unis, le marché des produits végétariens (succédanés végétaux de
la viande, laits végétaux et plats végétariens qui remplacent directement la
viande et les autres produits animaux) était estimé à 1,5 milliard de
dollars en 2002, en progression par rapport aux 310 millions de dollars en
1996. On prévoit que ce marché devrait pratiquement doubler d'ici 2006 pour
atteindre 2,8 milliards de dollars. Au Canada, les ventes de produits
imitant la viande ont plus que triplé entre 1997 et 2001.
La disponibilité facile de nouveaux produits, incluant les aliments enrichis
et les aliments prêts à l'emploi pourrait avoir un effet important sur les
apports nutritionnels des végétariens. Les aliments enrichis tels que les
laits de soja, les produits végétaux imitant la viande, les jus de fruits,
les céréales pour petits-déjeuners peuvent amener des apports considérables
en calcium, fer, zinc, vitamine B12, vitamine D, et vitamine B2
(riboflavine). Les aliments végétariens " tout prêts " comprenant sandwichs
végétariens, saucisses végétales, plats surgelés, nourritures en pot ou
conserve, et lait de soja rendent la vie d'un végétarien beaucoup plus
facile aujourd'hui que par le passé. Les produits végétariens sont
facilement disponibles, autant en supermarchés que dans les magasins
d'alimentation biologique. L'achat des produits végétariens se fait environ
pour moitié en supermarché et pour l'autre moitié en magasin d'alimentation
biologique. Les trois-quarts des ventes de lait de soja ont lieu dans les
supermarchés.
Position officielle publique sur les alimentations végétariennes
Le Guide de conseils diététiques Américain déclare que " l'alimentation
végétarienne peut être compatible avec les Recommandations Diététiques pour
les Américains, et correspondre aux Apports Journaliers Recommandés en
nutriments ". Il donne des conseils pour satisfaire les besoins
nutritionnels de ceux qui choisissent d'éviter tout ou partie des produits
animaux. Certains ont dit que ces conseils diététiques sont le mieux suivis
en adoptant une alimentation végétarienne ou une alimentation riche en
végétaux. Les guides alimentaires nationaux comprennent des choix
végétariens. Les aliments habituellement consommés par les végétariens comme
les légumineuses, le tofu, les burgers au soja, et le lait de soja enrichi
en calcium sont inclus dans la liste accompagnant la Pyramide des aliments
du Ministère de l'Agriculture des Etats-Unis. Le Guide canadien pour une
Nutrition bénéfique à la Santé peut être utilisé par les lacto et
ovo-lacto-végétariens. Le Ministère Canadien de la Santé a statué que les
alimentations végétariennes bien planifiées apportent un bon statut
nutritionnel et un état de santé satisfaisant.
Implications du végétarisme sur la santé
Les alimentations végétariennes offrent de nombreux avantages, parmi
lesquels des taux moins élevés en graisses saturées, cholestérol, et
protéines animales et des niveaux plus élevés d'hydrates de carbone
(glucides), fibres, magnésium, bore, vitamine B9 (folate) et des
antioxydants (vitamines C et E), caroténoïdes, et des phytochimiques.
Certains végétaliens peuvent avoir des apports en vitamine B12, vitamine D,
calcium, zinc, et occasionnellement en vitamine B2 plus faibles que ceux
recommandés.
Considérations nutritionnelles concernant les végétariens
Protéines
Les protéines végétales peuvent à elles seules satisfaire les besoins
nutritionnels si une alimentation végétale variée est consommée et que les
besoins en énergie sont satisfaits. Les recherches indiquent qu'une variété
d'aliments végétaux mangée au cours d'une journée peut apporter tous les
acides aminés essentiels et assurer une bonne absorption et utilisation de l'azote,
par conséquent il n'est nullement nécessaire de consommer des protéines
complémentaires dans un même repas.
Les estimations des besoins en protéines des végétaliens sont variables,
dépendant des choix qui sont faits dans l'alimentation. De récentes études
par méta-analyse de l'équilibre en azote n'ont pas trouvé de différence
significative dans les besoins en protéines qui soit liée à la source d'apport
en protéines. Basés principalement sur la plus faible digestibilité des
protéines végétales, d'autres groupes d'étude ont suggéré que les besoins en
protéines des végétaliens pourraient être de 30% à 35% plus élevés jusqu'à l'âge
de 2 ans, 20% à 30% pour les enfants de 2 à 6 ans, et 15% à 20% pour ceux
ayant 6 ans et plus, par rapport aux non-végétariens.
La qualité des protéines végétales varie. Selon la méthode qui détermine la
qualité des protéines en fonction de leur teneur en acides aminés - qui est
la méthode standard pour déterminer leur digestibilité -, la protéine de
soja peut couvrir les besoins en protéines aussi efficacement que les
protéines animales, tandis que les protéines de blé, par exemple, peuvent
être 50% moins utilisables que les protéines animales. Les professionnels de
la nutrition doivent savoir que les besoins en protéines peuvent être
supérieurs aux Apports Journaliers Recommandés chez les végétariens dont les
apports en protéines proviennent d'aliments qui apportent des protéines
moins bien digérées, comme certaines céréales et légumineuses.
Les céréales sont pauvres en lysine, un acide aminé essentiel. Cela peut
jouer un rôle lorsque l'on évalue les apports nutritionnels de personnes qui
ne consomment pas de protéines animales et relativement peu de protéines. On
peut s'assurer d'un apport adéquat en lysine en modifiant les pratiques
alimentaires pour aller vers une consommation accrue de haricots secs et de
produits à base de soja (à la place des autres sources de protéines plus
faibles en lysine) ou une augmentation des apports en protéines de toutes
sortes.
Bien que des femmes végétaliennes aient des apports en protéines dans la
limite inférieure, les apports en protéines des ovo-lacto-végétariens et des
végétaliens semblent satisfaire et dépasser les besoins. Les athlètes
peuvent eux-aussi satisfaire leurs besoins en protéines à partir de sources
alimentaires végétales.
Fer
Les aliments végétaux contiennent uniquement du fer non-héminique, qui est
plus sensible que le fer héminique aux inhibiteurs comme aux facilitateurs
de l'absorption du fer. Les inhibiteurs d'absorption du fer sont les
phytates ; le calcium ; le thé, y compris certaines herbes à thé ; le café ;
le cacao ; certaines épices ; et les fibres. La vitamine C et d'autres
acides organiques présents dans les fruits et légumes peuvent favoriser l'absorption
du fer et peuvent aider à réduire les effets des phytates. Les études
montrent que l'absorption du fer peut être grandement réduite si une
alimentation est élevée en inhibiteurs et faible en facilitateurs. Les
apports recommandés en fer pour les végétariens sont 1,8 fois supérieurs à
ceux des non-végétariens à cause de la faible biodisponibilité du fer de l'alimentation
végétarienne.
Le principal inhibiteur d'absorption du fer dans les alimentations
végétariennes est le phytate. Du fait que les apports en fer augmentent
quand s'accroît les apports en phytates, les effets des phytates sur le
niveau de fer sont un peu plus faibles que prévu. Les fibres semblent avoir
un effet mineur sur l'absorption du fer. La vitamine C, consommée au même
moment que la source de fer, peut aider à réduire les effets inhibiteurs du
phytate, et des études montrent un lien entre des apports élevés de vitamine
C et une amélioration du statut en fer. La même chose est vraie pour les
acides organiques des fruits et légumes. Les apports plus importants en
vitamine C et en fruits et légumes chez les végétariens peuvent avoir un
impact favorable sur l'absorption du fer. Certaines techniques de
préparation des aliments tel que le trempage et la germination des haricots,
céréales, et graines peuvent hydrolyser le phytate et augmenter l'absorption
du fer.
La levée du pain, par la levure, hydrolyse le phytate et améliore l'absorption
du fer. D'autres procédés de fermentation, comme ceux utilisés pour
fabriquer des aliments à base de soja comme le miso et le tempeh, pourraient
aussi rendre le fer plus assimilable, bien que toutes les études ne le
confirment pas. Alors que plusieurs études sur l'absorption du fer ont été
réalisées sur de courtes périodes, des données indiquent qu'une adaptation à
de faibles apports se met en place au bout d'un certain temps, entraînant
une meilleure absorption du fer ainsi qu'une réduction des pertes. Il est
probable que les besoins en fer vont dépendre de la composition globale de l'alimentation
et être significativement plus faibles pour certains végétariens que pour d'autres.
Les études montrent typiquement que les apports en fer chez les végétaliens
sont supérieurs à ceux des ovo-lacto-végétariens et des non-végétariens, et
la plupart des études montrent que les apports des ovo-lacto-végétariens se
situent au-dessus de ceux des non-végétariens. Le taux d'anémies dues à une
déficience en fer parmi les végétariens est identique à celui des
non-végétariens. Bien que les végétariens adultes aient des réserves en fer
plus faibles que les non-végétariens, leur taux de ferritine dans le sérum
sont habituellement dans les normes.
Zinc
Du fait que les phytates se lient au zinc, et que les protéines animales
sont supposées favoriser l'absorption du zinc, la biodisponibilité totale du
zinc semble moindre dans l'alimentation végétarienne. Ainsi, des végétariens
suivent une alimentation significativement en dessous des apports
recommandés pour le zinc. Néanmoins, des déficiences manifestes n'ont pas
été observées chez les végétariens occidentaux, les effets d'apports limités
en zinc sont faiblement compris. Les besoins en zinc chez les végétariens
qui suivent une alimentation riche en phytates pourraient dépasser les
Apports Journaliers Recommandés.
Des mécanismes compensatoires pourraient aider les végétariens à s'adapter à
de faibles apports en zinc. Certaines techniques de préparation alimentaire
comme le trempage et la germination des haricots secs, céréales, et graines
ainsi que la levée du pain par la levure, peuvent réduire la rétention du
zinc par le phytate et accroître sa biodisponibilité.
Calcium
Le calcium est présent dans beaucoup d'aliments végétaux et d'aliments
enrichis. Les légumes verts pauvres en oxalate (chou chinois Bok Choy,
brocoli, chou chinois / de Napa, chou sans cour Collards, chou, gombo, navet
vert) fournissent du calcium de haute biodisponibilité (49% à 61%), en
comparaison avec le calcium du tofu, des jus de fruits enrichis, et du lait
de vache (biodisponibilité comprise entre 31% et 32%) et avec celui du lait
de soja enrichi, graines de sésame, amandes, haricots rouges et blancs
(biodisponibilité de 21% à 24%). Les figues et les aliments à base de soja
comme les graines de soja cuites, les graines de soja, et le tempeh
fournissent du calcium supplémentaire. Les aliments enrichis en calcium
comprennent les jus de fruits, les jus de tomates, et les céréales du
petit-déjeuner. Ainsi, plusieurs groupes d'aliments contribuent à l'apport
en calcium. Les oxalates présents dans certains aliments peuvent réduire de
beaucoup l'absorption du calcium, ainsi les végétaux très riches en ces
composants, comme les épinards, les " beet greens ", et les blettes, ne sont
pas de bonnes sources de calcium assimilable malgré leur haute teneur en ce
minéral. Le phytate peut aussi inhiber l'absorption du calcium. Toutefois,
certains aliments qui ont de fortes teneurs autant en phytates qu'en
oxalate, comme les aliments à base de soja, fournissent néanmoins du calcium
bien assimilé. Les facteurs qui favorisent l'assimilation du calcium sont la
présence adéquate de vitamine D et de protéines.
Les apports en calcium des ovo-lacto-végétariens sont comparables ou
supérieurs à ceux des non-végétariens, tandis que les apports des
végétaliens ont tendance à être plus faibles que les autres groupes et
souvent inférieurs aux apports recommandés. Les alimentations riches en
acides aminés soufrés peuvent accroître les pertes en calcium des os. Les
aliments qui ont une proportion relativement élevée de protéines contenant
des acides aminés soufrés incluent les oeufs, la viande, le poisson, les
volailles, les produits laitiers, les fruits à coques, et de nombreuses
céréales. Des données indiquent que la présence d'acides aminés soufrés a un
effet important seulement dans le cas où les apports en calcium sont
faibles. Des apports excessifs en sodium peuvent aussi faciliter les pertes
de calcium. De plus, des études montrent que le rapport calcium / protéine
est plus important pour la santé des os que les seuls apports en calcium. Ce
rapport est typiquement élevé dans l'alimentation ovo-lacto-végétarienne et
favorable à la santé des os, tandis que les végétaliens ont un rapport
calcium / protéine similaire ou inférieur à celui des non-végétariens.
Tous les végétariens devraient respecter les recommandations concernant les
apports en calcium, définis pour leur groupe d'âge par l'Institut de
Médecine. Ceci devrait être le cas, pour les personnes adultes qui ne sont
ni enceintes ni allaitantes, en consommant au moins 8 fois par jour des
aliments procurant entre 10 et 15% des Apports Conseillés en calcium, comme
indiqué dans la Pyramide et l'arc-en-ciel du Guide Végétarien. Des chiffres
adaptés aux autres périodes de la vie sont disponibles. De nombreux
végétaliens peuvent trouver qu'il est plus facile de satisfaire leurs
besoins en calcium en incluant des aliments enrichis ou des suppléments dans
leur alimentation.
Vitamine D
Le niveau de vitamine D dépend de l'exposition au soleil et des apports en
vitamine D issue d'aliments enrichis ou de suppléments. L'exposition au
soleil du visage, des mains et des avant-bras de 5 à 15 minutes par jour
durant l'été à une latitude de 42 degrés (Boston ou Perpignan) est
considérée comme fournissant des apports suffisants en vitamine D pour les
personnes à la peau claire. Ceux qui ont une peau foncée ont besoin d'une
exposition plus longue. L'exposition au soleil peut ne pas être suffisante
pour les personnes vivant au Canada ou aux latitudes élevées aux Etats-Unis,
en particulier durant les mois d'hivers, pour celles demeurant dans des
régions nuageuses, et pour celles dont l'exposition au soleil est limitée.
En outre, les jeunes enfants, les enfants et les personnes âgées
synthétisent moins efficacement la vitamine D. Les crèmes solaires peuvent
perturber la synthèse de la vitamine D, bien que les études à ce sujet ne
s'accordent pas, et peuvent dépendre des quantités de crème solaire
appliquées. De faibles niveaux en vitamine D et une réduction de la masse
osseuse ont été observés chez certaines populations végétaliennes aux
latitudes élevées et qui n'utilisent pas de suppléments ou d'aliments
enrichis, en particulier chez les enfants qui suivent une alimentation
macrobiotique et chez des végétariens asiatiques adultes.
Les aliments enrichis en vitamine D incluent le lait de vache, certaines
marques de lait de soja et lait de riz, et certaines céréales pour
petit-déjeuner et margarines. La vitamine D3 (cholécalciférol) est d'origine
animale, alors que la vitamine D2 (ergocalciférol) convient aux végétaliens.
La vitamine D2 peut être moins assimilable que la vitamine D3, ce qui
implique qu'il faudrait augmenter les apports des végétariens qui dépendent
de la vitamine D2 en suppléments pour répondre à leurs besoins. Si l'exposition
au soleil et les apports en aliments enrichis sont insuffisants, les
suppléments en vitamine D sont recommandés.
Riboflavine (vitamine B2)
Certaines études ont montré que les végétaliens ont des apports en vitamine
B2 plus faibles que ceux des non-végétariens ; pourtant, aucune déficience
clinique en vitamine B2 n'a été observée. En plus des amandes, des céréales
précuisinées et enrichies, du lait de vache, complet, à 2% ou écrémé, des
yaourts, des oeufs, des champignons cuits, de la levure alimentaire en petits
flocons, du lait de soja fortifié, les aliments qui apportent environ 1
milligramme de vitamine B2 par portion incluent les asperges, les bananes,
les haricots, les brocolis, les figues, le chou frisé, les lentilles, les
petits pois, les graines, le sésame (Tahin), les patates douces, le tofu, le
tempeh, les germes de blé, et les pains enrichis.
Vitamine B12
Les sources de vitamine B12 qui ne proviennent pas des animaux comprennent
les aliments enrichis en B12 (comme certaines marques de lait de soja,
céréales pour petit déjeuner et levure alimentaire) et des suppléments.
Aucun aliment de source végétale, s'il n'est pas enrichi, ne contient des
quantités significatives de vitamine B12 active. Les aliments comme les
algues et la spiruline peuvent contenir des analogues de la vitamine B12 ;
ces aliments ainsi que les produits de soja fermentés ne peuvent pas être
considérés comme des sources fiables de vitamine B12 active. Les
ovo-lacto-végétariens peuvent obtenir de la vitamine B12 assimilable à
partir des produits laitiers et des oeufs si ces aliments sont consommés
régulièrement.
Les alimentations végétariennes sont particulièrement riches en acide
folique (vitamine B9), ce qui peut masquer les symptômes hématologiques d'une
déficience en vitamine B12. Ainsi, certains cas de déficience peuvent ne pas
être détectés jusqu'à l'apparition de symptômes neurologiques. En cas de
doute sur une carence en vitamine B12, l'homocystéine du sérum, l'acide
méthylmalonique, et l'holotranscobalamine II doivent être mesurés.
Une source régulière de vitamine B12 est cruciale pour les femmes enceintes
et allaitantes et pour les nourrissons allaités si l'alimentation de la mère
n'est pas supplémentée. Les enfants dont les mères végétaliennes manquent de
sources fiables courent un risque très élevé de déficience. Le niveau de B12
de l'enfant semble davantage dépendre des apports en vitamine B12 chez sa
mère et de leur absorption régulière durant la grossesse, que des stocks de
vitamine B12 de sa mère.
Du fait que 10 à 30% des personnes de plus de 50 ans, indépendamment de leur
type d'alimentation, perdent leur capacité à digérer la forme de la vitamine
B12 liée à des protéines, présente dans les oeufs, les produits laitiers, et
les autres produits animaux, toutes les personnes après cet âge devraient
prendre des suppléments en vitamine B12 ou consommer des aliments enrichis.
Les études indiquent que certains végétaliens et végétariens ne consomment
pas régulièrement des sources fiables de vitamine B12 et cela se retrouve
dans leur niveau de B12 qui n'est pas suffisant. Il est essentiel que tous
les végétariens prennent des suppléments, des aliments enrichis, des
produits laitiers, ou des oeufs pour obtenir les apports recommandés en
vitamine B12.
L'absorption est la plus efficace lorsque de petites quantités de vitamine
B12 sont consommées à intervalles fréquents. Ceci peut être réalisé en
consommant des aliments enrichis. Lorsque moins de 5 microgrammes de
vitamine B12 cristalline est consommée en une fois, environ 60% est
absorbée, alors que moins de 1% d'une dose de 500 microgrammes (ou plus) de
vitamine B12 est absorbée.
Vitamine A / Bêta Carotène
Du fait que la vitamine A ne se trouve que dans les produits animaux, les
végétaliens obtiennent toute leur vitamine A à partir de la transformation
de caroténoïdes, particulièrement le bêta-carotène. Les études suggèrent que
l'absorption de bêta-carotène est moins efficace qu'on le croyait
auparavant. Ceci impliquerait que l'apport en vitamine A serait deux fois
moins élevé chez les végétaliens, et 25% moindre chez les végétariens, que
ce que les études antérieures avaient évalué précédemment. Malgré cela, les
analyses indiquent, chez les végétariens, des niveaux de caroténoïdes dans
le sérum plus élevés que ceux des non-végétariens.
Les besoins en vitamine A peuvent être satisfaits par la consommation de
trois portions par jour de légumes jaunes ou oranges, des végétaux à
feuilles vertes, ou des fruits riches en bêta-carotène (abricots, melon,
mangue, citrouille). La cuisson augmente l'assimilation du bêta-carotène,
ainsi que le fait l'ajout de faibles quantités de graisse à la préparation.
Couper en tranches et réduire en purée les végétaux pourrait aussi accroître
la biodisponibilité du bêta-carotène.
Les acides gras oméga-3
Bien que l'alimentation végétarienne soit généralement riche en acides gras
oméga-6 (en particulier l'acide linoléique), elle peut être pauvre en acides
gras oméga-3, ce qui entraîne un déséquilibre qui peut inhiber la production
des acides gras physiologiquement actifs (oméga-3 à longues chaînes) :
l'acide eicosapentanoïque (EPA) et l'acide docosahexanoïque (DHA). Les
alimentations qui n'incluent pas de poisson, d'oeufs, ou de grandes quantités
d'algues manquent en général de sources directes d'EPA et de DHA. Depuis
peu, des sources de DHA provenant de microalgues sont disponibles sous la
forme de suppléments dans des capsules qui ne sont pas en gélatine. Les
sources de DHA venant des algues ont montré leur efficacité sur les niveaux
sanguins de DHA et d'EPA par le biais d'une rétroconversion.
La plupart des études montrent que les végétariens, et particulièrement les
végétaliens, ont de plus faibles niveaux d'EPA et de DHA que les
non-végétariens. Les nouvelles Références d'Apports Nutritionnels
recommandent des apports de 1,6 et 1,1 grammes d'acide alpha-linolénique par
jour, respectivement pour les hommes et les femmes. Ils sont désignés à
présent par " Apports Conseillés " plutôt que " Apports Journaliers
Recommandés ". Ces recommandations se basent sur des apports en acides gras
oméga-3 à longues chaînes et pourraient ne pas être optimales pour les
végétariens qui consomment peu ou pas de DHA et d'EPA. Les experts en
Diététique, Nutrition et Prévention des Maladies Chroniques appartenant au
comité mixte de l'Organisation Mondiale de la Santé / l'Organisation de l'Agriculture
et de l'Alimentation recommandent une répartition de 5% à 8% de calories
provenant d'acides gras oméga-6 et 1% à 2% de calories provenant d'acides
gras oméga-3. En se basant sur des apports de 2000 kcal par jour, cela
suggère des apports quotidiens de 2,2 à 4,4 grammes d'acides gras oméga-3.
Ceux qui ne consomment pas de précurseurs d'EPA et de DHA doivent augmenter
les quantités d'acides gras oméga-3. Le ratio recommandé d'acides gras
oméga-6 / oméga-3 est compris entre 2:1 et 4:1.
Il est recommandé aux végétariens d'incorporer de bonnes sources d'acide
alpha-linolénique dans leur alimentation. Cela comprend des aliments comme
les graines de lin et l'huile de lin. Ceux qui ont des besoins accrus (par
exemple les femmes enceintes ou allaitantes ou les personnes ayant des
maladies liées à une déficience en acides gras essentiels) ou ceux qui
transforment mal les acides gras (par exemple les diabétiques) pourraient
tirer profit de sources directes d'acides gras oméga-3 à longues chaînes,
tel que les microalgues riches en DHA.
L'iode
Des études laissent penser que les végétaliens qui ne consomment pas de sel
iodé pourraient avoir un risque de déficience en iode ; cela semble
particulièrement vrai pour ceux vivant dans des régions pauvres en iode. Le
pain peut être une source d'iode car certains stabilisateurs de pâte
contiennent de l'iode. Aux Etats-Unis, environ 50% de la population utilise
du sel iodé, tandis qu'au Canada tous les sels de table sont enrichis en
iode. Le sel de mer et le sel casher ne sont généralement pas iodés, pas
plus que les assaisonnements salés comme le tamari. Une attention
particulière est portée aux alimentations végétariennes qui incluent des
aliments comme le soja, les crucifères et les patates douces, qui
contiennent des goitrogènes naturels. Toutefois, ces aliments n'ont pas été
reliés à des insuffisances thyroïdiennes chez des personnes en bonne santé
dont les apports en iode sont suffisants. L'Apport Journalier Recommandé en
iode chez les adultes est facile à obtenir avec une demi-cuillère à café de
sel iodé par jour. Certains végétariens peuvent avoir des apports très
élevés en iode du fait de leur consommation d'algues.
Le végétarisme selon les périodes de la vie
Les alimentions végétalienne, lacto-végétarienne, et ovo-lacto-végétarienne
bien planifiées sont appropriées à tous les stades de la vie, y compris la
grossesse et l'allaitement. Planifiées de façon appropriée, elles satisfont
les besoins nutritionnels des bébés, des enfants, et des adolescents et
contribuent à une croissance normale. L'alimentation végétarienne chez les
jeunes enfants et les adolescents peut aider à mettre en place de bons
comportements alimentaires pour toute la vie et peut offrir d'importants
avantages nutritionnels. Les enfants et les adolescents végétariens ont des
apports moins élevés en cholestérol, graisses saturées, et matière grasse et
des apports plus importants en fruits, légumes, et fibres que les
non-végétariens. Les enfants végétariens sont aussi, selon les études, plus
sveltes et ont des niveaux de cholestérol dans le sang plus faibles.
Les bébés
Quand les bébés végétariens reçoivent des quantités adéquates de lait
maternel ou d'une formule commerciale de lait pour bébé et que leur
alimentation contient de bonnes sources d'énergie et de nutriments comme le
fer, la vitamine B12 et la vitamine D, la croissance durant la petite
enfance est normale. Des alimentations extrêmement restrictives comme le
fruitarisme et l'alimentation crue ont été reliées à des troubles de la
croissance et ne sont donc pas recommandées pour les bébés et les enfants.
Beaucoup de végétariennes choisissent de nourrir leur bébé au sein, et cette
pratique devrait être encouragée et soutenue. Le lait maternel des
végétariennes a une composition similaire à celui des non-végétariennes et
est satisfaisant nutritionnellement. Des formules de laits commerciaux pour
enfants doivent être utilisées si les bébés ne sont pas nourris au sein ou
sont sevrés avant l'âge d'un an. Les formules à base de lait de soja sont le
seul choix pour les enfants végétaliens qui ne sont pas allaités.
Le lait de soja, le lait de riz, les préparations faites maison, le lait de
vache, et le lait de chèvre ne doivent pas être utilisés pour remplacer le
lait maternel ou les formules commerciales de lait adaptées aux bébés durant
la première année parce que ces aliments ne contiennent pas les bonnes
proportions de macronutriments, pas plus qu'ils n'ont les niveaux de
micronutriments nécessaires aux jeunes enfants.
Les lignes de conduite à suivre pour l'introduction d'aliments solides sont
les mêmes pour les enfants végétariens et non-végétariens. Lorsqu'il est
temps d'introduire des aliments riches en protéines, les enfants végétariens
peuvent recevoir du tofu broyé ou en purée, des légumineuses (en purée et
égouttées si nécessaire), des yaourts au soja ou au lait de vache, du jaune
d'oeuf cuit, du fromage blanc. Plus tard, des aliments comme des cubes de
tofu, des fromages ou fromages de soja, et des petits morceaux de galettes
de soja peuvent être proposés aux enfants. Du lait de soja commercial, riche
en graisse et enrichi ou du lait de vache peuvent être utilisés comme
première boisson à partir de l'âge d'un an ou plus tard pour un enfant qui a
une croissance normale et qui mange des aliments variés. Les aliments
caloriques riches en nutriments comme les légumineuses broyées, du tofu, et
de l'avocat broyé sont recommandés au moment du sevrage. Les graisses ne
doivent pas être limitées en quantité chez les enfants de moins de deux ans.
Les enfants nourris au lait maternel et dont la mère ne consomme pas
régulièrement de produit laitier, ni d'aliments enrichis en vitamine B12 ou
de suppléments en vitamine B12 ont besoin de supplément en vitamine B12. Les
recommandations pour l'usage de suppléments en fer et en vitamine D chez les
enfants végétariens ne diffèrent pas de celles concernant les enfants
non-végétariens. Des suppléments en zinc ne sont pas recommandés
habituellement pour les enfants végétariens parce que les déficiences en
zinc sont rarement constatées. Les apports en zinc doivent être évalués de
manière individuelle, et des suppléments en zinc ou des aliments enrichis en
zinc doivent être consommés durant le temps où des aliments complémentaires
sont introduits, dans le cas où l'alimentation est faible en zinc ou
consiste principalement en des aliments à faible biodisponibilité en zinc.
Les enfants
Les enfants ovo-lacto-végétariens affichent une croissance similaire à celle
de leurs semblables non-végétariens. Peu de données sont disponibles
concernant la croissance des enfants végétaliens non-macrobiotiques, bien
que les conclusions suggèrent que les enfants ont tendance à être légèrement
plus petits tout en restant dans les fourchettes standards de poids et de
taille. Les troubles de la croissance ont été principalement constatés chez
les enfants qui suivaient une alimentation très restrictive.
Des repas et goûters fréquents et l'usage de certains aliments raffinés
(comme les céréales enrichies pour petits déjeuners, les pains, et les
pâtes) et les aliments riches en graisses insaturées peuvent aider les
enfants végétariens à couvrir leurs besoins en énergie et nutriments. En
moyenne, les apports en protéines chez les enfants végétariens (ovo-lacto,
végétalien, et macrobiotique) couvrent ou dépassent les recommandations,
bien que les enfants végétariens puissent consommer moins de protéines que
les enfants non-végétariens. Les enfants végétaliens peuvent avoir des
besoins en protéines légèrement supérieurs à ceux des enfants
non-végétaliens, du fait des différences de digestibilité et de composition
en acides aminés des protéines végétales, mais les besoins en protéines sont
généralement couverts quand l'alimentation apporte suffisamment de calories
et provient d'aliments variés. De bonnes sources de calcium, de fer, et de
zinc doivent être choisies pour les enfants végétariens ainsi que des
pratiques alimentaires qui augmentent l'absorption du zinc et du fer issus
des végétaux. Une source fiable de vitamine B12 est importante pour les
enfants végétaliens. Si un souci à propos de la synthèse de la vitamine D
existe à cause d'une exposition limitée au soleil, problème de peau, saison,
ou usage de crème solaire, des suppléments en vitamine D ou des aliments
enrichis doivent être utilisés. Des guides alimentaires pour les enfants
végétariens de moins de 4 ans et pour les enfants plus âgés ont été publiés.
Les adolescents
Peu de données sont disponibles concernant la croissance des adolescents
végétariens, toutefois les études suggèrent qu'il y a peu de différences
entre les végétariens et les non-végétariens. En Occident, les filles
végétariennes ont tendance à avoir leurs premières règles à un âge
légèrement plus tardif que les non-végétariennes, bien que toutes les études
ne le confirment pas. Si l'apparition des premières règles était
effectivement plus tardive, cela pourrait offrir des avantages en termes de
santé, notamment de plus faibles risques de développer un cancer du sein et
de devenir obèse. L'alimentation végétarienne semble offrir des avantages
nutritionnels pour les adolescents. D'après les études, les adolescents
végétariens ont tendance à consommer davantage de fibres, fer, vitamine B9
(folate), vitamine A, et vitamine C que les non-végétariens. Les adolescents
végétariens consomment aussi plus de fruits et légumes et moins de
sucreries, aliments de fast-food, et encas salés en comparaison avec les
adolescents non-végétariens. Les nutriments clés pour les adolescents
végétariens comprennent le calcium, la vitamine D, le fer, le zinc et la
vitamine B12.
Suivre une alimentation de type végétarien est un peu plus courant chez les
adolescents ayant des troubles de l'alimentation que dans la population
adolescente en général. En conséquence, les professionnels de la nutrition
devraient prêter attention à ceux de leurs jeunes patients qui restreignent
fortement leurs choix alimentaires et qui présentent des symptômes de
troubles de l'alimentation. Toutefois, des données récentes semblent montrer
que le fait d'adopter une alimentation de type végétarien ne conduit pas à
de tels troubles, mais plutôt que le végétarisme pourrait être choisi pour
camoufler un problème alimentaire existant. Assortie de conseils dans l'organisation
des repas, l'alimentation végétarienne est un choix satisfaisant et
bénéfique pour la santé des adolescents.
La grossesse et l'allaitement
Les alimentations ovo-lacto-végétariennes et végétaliennes permettent de
couvrir les besoins en nutriments et calories des femmes enceintes. Les
enfants des mères végétariennes ont en général des poids à la naissance
similaires à ceux des enfants nés de non-végétariennes et sont dans les
normes de poids. L'alimentation des mères végétaliennes enceintes et
allaitantes doit comprendre quotidiennement des sources fiables de vitamine
B12. Si un souci à propos de la synthèse de la vitamine D existe à cause d'une
exposition limitée au soleil, couleur de la peau, saison, ou usage de crème
solaire, les femmes enceintes et allaitantes doivent utiliser des
suppléments en vitamine D ou des aliments enrichis. Des suppléments en fer
peuvent être nécessaires pour prévenir ou traiter des anémies en fer, qui
sont courantes durant la grossesse. Il est conseillé aux femmes désirant ou
susceptibles d'avoir un enfant de consommer 400 microgrammes de vitamine B9
(folate) quotidiennement venant de suppléments ou d'aliments enrichis (ou
les deux), en plus de la vitamine B9 provenant d'une alimentation variée.
On a observé chez les bébés de mères végétariennes de plus petits cordons
ombilicaux et un taux plus faible d'acides gras DHA dans le plasma que chez
les enfants de mères non-végétariennes, bien que la signification
fonctionnelle de ce fait ne soit pas connue. Le taux de DHA du lait maternel
des femmes végétaliennes et ovo-lacto-végétariennes se montre inférieur au
niveau constaté chez les non-végétariens. Du fait que le DHA semble jouer un
rôle dans le développement du cerveau et des yeux et étant donné qu'un
apport alimentaire en DHA peut avoir de l'importance pour le fotus et le
nouveau-né, les femmes enceintes et allaitantes végétaliennes et
végétariennes (qui ne consomment pas régulièrement des oeufs) devraient
inclure dans leur alimentation des sources d'acide linolénique précurseur de
DHA (graine de lin, huile de lin, huile de colza, huile de soja) ou utiliser
un supplément végétarien en DHA (provenant de micro-algue). Les aliments qui
contiennent de l'acide linoléique (huile de maïs, carthame et tournesol) et
des acides trans-gras (margarine pour friture, aliments avec graisses
hydrogénées) doivent être consommés en quantité limitée parce que ces acides
gras peuvent inhiber la production de DHA à partir de l'acide linolénique.
Les personnes âgées
Les études montrent que la plupart des végétariens âgés ont des apports
nutritionnels comparables à ceux des non-végétariens. Avec l'âge les besoins
en calories diminuent, mais les recommandations pour quelques nutriments,
comprenant le calcium, la vitamine D, la vitamine B6, et peut-être les
protéines sont plus élevées. L'exposition au soleil est souvent limitée, et
la synthèse de vitamine D décroît chez les personnes âgées d'où l'importance
de sources alimentaires ou de suppléments en vitamine D.
Les personnes âgées peuvent avoir des difficultés pour absorber la vitamine
B12 à partir des aliments. Par conséquent des aliments enrichis en vitamine
B12 ou des suppléments, qui permettent généralement une bonne assimilation
de cette vitamine, sont recommandés. Les besoins en protéines des personnes
âgées sont sujets à controverse. Les Apports Alimentaires Recommandés
courants ne préconisent pas d'apport supplémentaire en protéines pour les
personnes âgées. Une méta-analyse des études sur l'équilibre en azote
conclut à un manque de données pour recommander des apports en protéines
différents pour les personnes âgées tout en soulignant le fait que les
données sont limitées et contradictoires. D'autres spécialistes sont arrivés
à la conclusion que les besoins en protéines des personnes âgées pouvaient
être proches de 1 à 1,25g/kg de poids corporel. Les personnes âgées peuvent
facilement satisfaire leurs besoins en protéines dans le cadre d'une
alimentation végétarienne si des aliments variés, riches en protéines,
incluant des légumineuses et des produits à base de soja, sont consommés
quotidiennement.
Les alimentations végétariennes, riches en fibres, peuvent être bénéfiques
aux personnes âgées victimes de constipation. Les végétariens âgés
pourraient tirer profit d'informations nutritionnelles sur les aliments
faciles à mâcher, qui nécessitent le minimum de préparation, ou sont adaptés
à des alimentations thérapeutiques.
Les sportifs
L'alimentation végétarienne peut également répondre aux besoins des sportifs
de compétition. Les recommandations nutritionnelles à suivre pour les
sportifs végétariens doivent être formulées en prenant en compte les
conséquences à la fois du végétarisme et de l'entraînement. Le rapport de l'Association
Américaine de Diététique et des Diététiciens du Canada sur l'alimentation et
les performances sportives fournit des conseils pour les sportifs, bien que
quelques modifications puissent être nécessaires pour s'adapter aux besoins
des végétariens. Les recommandations en protéines pour les sports d'endurance
sont de 1,2 à 1,4g/kg de poids corporel, tandis que les sportifs travaillant
en résistance ou en force peuvent avoir besoin de 1,6 à 1,7g/kg de poids
corporel. Il n'y a pas d'unanimité sur un accroissement des besoins
protéiques chez les sportifs. Une alimentation végétarienne conforme aux
besoins énergétiques et incluant des sources variées de protéines végétales,
comme des produits à base de soja, d'autres légumineuses, des céréales, des
fruits à coques et des graines, est capable de fournir les protéines
requises sans avoir recours à des aliments spéciaux ou des suppléments. Chez
les adolescents sportifs, l'attention doit être particulièrement portée sur
la satisfaction des besoins en calories, protéines, calcium, et fer. L'aménorrhée
peut se rencontrer davantage chez les sportives végétariennes que
non-végétariennes, mais certaines études remettent en question cette
conclusion. Les sportives végétariennes peuvent tirer profit d'une
alimentation comprenant un niveau énergétique suffisant, des apports élevés
en graisse et de grandes quantités de calcium et de fer.
L'alimentation végétarienne et les maladies chroniques
L'obésité
Parmi les Adventistes du Septième Jour, dont 40% suivent une alimentation
sans viande, les modes d'alimentation végétarienne ont été reliés à un IMC
(indice de masse corporelle) plus bas. Dans une étude sur la santé des
Adventistes, qui comparait les végétariens et les non-végétariens au sein
des Adventistes, l'IMC augmentait en corrélation avec la fréquence de
consommation de viande à la fois chez les hommes et les femmes. Dans l'Etude
sur le Végétarisme d'Oxford, les valeurs de l'IMC étaient plus élevées chez
les non-végétariens que chez les végétariens dans tous les groupes d'âges,
aussi bien chez les hommes que chez les femmes.
Au Royaume Uni, une étude portant sur 4000 hommes et femmes et comparant la
relation entre la consommation de viande et l'obésité parmi les
consommateurs de viande, les consommateurs de poisson, les
ovo-lacto-végétariens et les végétaliens a montré que l'IMC moyen dans
chaque groupe était le plus élevé chez les consommateurs de viande et le
plus faible chez les végétaliens. Il était au plus bas chez les
ovo-lacto-végétariens et les végétaliens qui suivaient leur alimentation
depuis 5 années ou plus.
Les facteurs qui peuvent fournir une explication au plus faible IMC chez les
végétariens comprennent les différences de teneur en macronutriments
(apports moindres en protéines, graisse, et graisse animale), une
consommation plus élevée de fibres et de végétaux et une consommation
moindre d'alcool.
Les maladies cardiovasculaires
L'analyse de cinq études prospectives impliquant plus de 76 000 personnes a
montré que le taux de mortalité par maladies cardiaques ischémiques était
31% plus faible chez les hommes végétariens que chez les hommes
non-végétariens et 20% plus faible chez les femmes végétariennes que chez
les femmes non-végétariennes. Les taux de mortalité générale étaient aussi
moindres chez les végétariens, homme ou femme, comparés aux
semi-végétariens, c'est-à-dire ceux qui mangent uniquement du poisson ou qui
mangent de la viande moins d'une fois par semaine. Parmi les Adventistes du
Septième Jour, les hommes végétariens avaient un risque de développer une
maladie cardiaque ischémique 37% moindre que celui qu'encouraient les hommes
non-végétariens. Dans la seule étude incluant des végétaliens, ce risque
était encore plus faible chez les Adventistes végétaliens que chez les
Adventistes ovo-lacto-végétariens.
Les taux moins élevés de maladie cardiaque chez les végétariens s'expliquent
en partie par leur plus faible niveau de cholestérol dans le sang. Un bilan
de 9 études a trouvé que, comparés aux non-végétariens, les
ovo-lacto-végétariens et les végétaliens avaient en moyenne des niveaux de
cholestérol dans le sang respectivement de 14% et 35% plus bas. Bien que le
fait que la moyenne des IMC des végétariens soit inférieure à celle des
non-végétariens puisse expliquer cela, Sacks et ses collègues ont trouvé,
que même lorsque des végétariens étaient plus gros que des non-végétariens,
les végétariens avaient des valeurs de lipoprotéines dans le plasma
nettement inférieures, et Thorogood et ses collègues ont observé que ces
différences de lipides dans le plasma des végétariens, végétaliens, et
mangeurs de viande persistaient, même après réajustements selon l'IMC.
Certaines études, mais non la totalité, ont montré des niveaux plus bas en
lipoprotéines haute densité (HDL) chez les végétariens. De plus faibles
niveaux de HDL peuvent être dus au type et à la quantité de graisses dans
l'alimentation ou à la consommation moindre d'alcool. Cela pourrait
expliquer les plus faibles différences dans les niveaux de maladies
cardiaques entre les femmes végétariennes et non-végétariennes, parce que le
HDL pourrait être un facteur de risque plus important que le LDL
(lipoprotéines basse densité) chez les femmes. La moyenne des niveaux de
triglycérides sont proches chez les végétariens et les non-végétariens.
De nombreux facteurs de l'alimentation végétarienne peuvent influer sur les
niveaux de cholestérol. Quoique les études aient montré que la plupart des
végétariens ne consommaient pas typiquement des aliments pauvres en graisse,
les apports en graisses saturées sont considérablement plus faibles parmi
les végétariens que parmi les non-végétariens, et les végétaliens ont une
proportion encore plus faible de graisses saturées par rapport aux
insaturées dans leur alimentation. Les végétariens consomment aussi moins de
cholestérol que les non-végétariens, bien que les apports varient
considérablement d'une étude à l'autre. L'alimentation végétalienne
n'apporte pas de cholestérol.
Les végétariens consomment entre 50% et 100% de fibres en plus que les
non-végétariens, et les végétaliens ont des apports plus élevés que les
ovo-lacto-végétariens. Les fibres solubles pourraient diminuer les risques
de maladies cardiovasculaires en réduisant les niveaux de cholestérol
sanguin. Des recherches limitées suggèrent que les protéines animales sont
directement associées à de hauts niveaux de cholestérol sanguin
indépendamment des autres facteurs intervenant dans l'alimentation. Les
ovo-lacto-végétariens consomment moins de protéines animales que les
non-végétariens, et les végétaliens ne consomment aucune protéine animale.
Les recherches montrent que la consommation d'au moins 25g par jour de
protéines de soja, soit à la place des protéines animales ou en plus de l'alimentation
habituelle, réduit les niveaux de cholestérol chez les personnes sujettes à
l'hypercholestérolémie. Les protéines de soja peuvent aussi augmenter les
niveaux de HDL. Les végétariens ont plus de chances de consommer davantage
de protéines de soja que la population moyenne.
D'autres facteurs de l'alimentation végétarienne peuvent avoir un impact sur
les risques de maladies cardiovasculaires, indépendamment des effets sur les
niveaux de cholestérol. Les végétariens ont des apports plus élevés en
vitamines anti-oxydantes C et E, qui peuvent réduire l'oxydation du
cholestérol LDL. Les isoflavones, qui sont des phytoestrogènes présents dans
les aliments à base de soja, pourraient aussi avoir des propriétés
anti-oxydantes ainsi que la propriété d'améliorer la fonction endothéliale
et la bonne santé des artères. Bien que les données concernant les apports
en certains phytochimiques chez les groupes de population soient rares, les
végétariens semblent consommer davantage de phytochimiques que les
non-végétariens du fait qu'une bien plus grande proportion de leur énergie
provient d'aliments végétaux. Certains phytochimiques peuvent réduire la
formation de plaque d'athérome par leurs effets sur la transduction du
signal et la prolifération des cellules, et pourraient exercer un effet
anti-inflammatoire. Des recherches effectuées à Taiwan ont montré que les
végétariens avaient une réponse vasodilatatrice nettement meilleure,
directement corrélée avec le nombre d'années de pratique du végétarisme, ce
qui suggère un effet bénéfique direct de l'alimentation végétarienne sur la
fonction endothéliale vasculaire.
Tous les aspects des alimentations végétariennes ne sont pas des facteurs de
réduction de risque des maladies cardiaques. Certaines études, mais pas
toutes, ont observé des niveaux plus élevés d'homocystéine dans le sérum des
végétariens que dans celui des non-végétariens. L'homocystéine est
considérée à elle seule comme un facteur de risque de maladies cardiaques.
L'explication peut venir d'apports insuffisants en vitamine B12. Des
injections de vitamine B12 réduisent les niveaux d'homocystéine chez les
végétariens, dont beaucoup montrent de faibles niveaux de vitamine B12 et de
hauts niveaux d'homocystéine dans le sérum. De plus, de faibles apports en
acide gras oméga-3 et une proportion élevée d'acides gras oméga-6 par
rapport aux oméga-3 dans l'alimentation peut accroître le risque de maladies
cardiaques chez certains végétariens.
Peu de données ont été recueillies sur le rôle de l'alimentation
végétarienne dans le traitement des maladies cardiaques. Les alimentations
végétariennes observées dans ces études sont généralement très pauvres en
graisse. Du fait que ces alimentations ont été prescrites en même temps que
d'autres changements de mode de vie et qu'ils entraînent une perte de poids,
aucune certitude n'est établie concernant les effets directs de l'adoption d'une
alimentation végétarienne sur les facteurs de risque des maladies cardiaques
ou de mortalité. Les alimentations végétariennes peuvent être établies de
manière à être conformes aux recommandations standards pour le traitement de
l'hypercholestérolémie.
L'hypertension
De nombreuses études montrent que les végétariens ont à la fois une plus
basse pression systolique et une plus basse pression diastolique avec des
différences entre végétariens et non-végétariens généralement comprises
entre 5 à 10 mm Hg. Dans le Programme de Détection et de Suivi de l'Hypertension,
une réduction de la pression sanguine de seulement 4 mm Hg a produit une
réduction notable de toutes les causes de mortalité.
En plus d'avoir des pressions sanguines plus basses en général, les
végétariens sont nettement moins victimes d'hypertension que les mangeurs de
viande. Une étude a montré que 42% des non-végétariens faisaient de l'hypertension
(définie à partir de 140/90 mm Hg) comparés à seulement 13% des végétariens.
Même les semi-végétariens sont 50% plus susceptibles d'avoir de l'hypertension
que les végétariens. Même lorsque les personnes ont des poids similaires,
les végétariens ont une pression sanguine plus faible. Donner aux
non-végétariens une alimentation végétarienne conduit à réduire la pression
sanguine chez les personnes ayant une tension normale et chez les personnes
hypertendues.
Bons nombres de recherches ont étudié les divers facteurs qui pourraient
expliquer une plus faible pression artérielle chez les végétariens et les
effets hypotenseurs du passage vers une alimentation végétarienne. Ces
pressions sanguines inférieures ne semblent pas être dues à un plus faible
indice de masse corporelle, à la pratique régulière d'exercices, à l'absence
de viande ou protéines de lait, ni à la teneur en graisse ou fibres de l'alimentation,
ou aux différences d'apports en potassium, magnésium ou calcium. Etant donné
que l'apport en sodium des végétariens est comparable ou seulement
légèrement inférieur à celui des non-végétariens, le sodium n'explique pas,
non plus, les différences observées. Parmi les explications avancées, on
trouve une différence de la réponse glucose-insuline du fait du plus bas
indice glycémique des alimentations végétariennes ou un effet groupé de
composants bénéfiques présents dans les végétaux.
Le diabète
L'alimentation végétarienne peut satisfaire aux recommandations concernant
le traitement du diabète, et des recherches laissent penser que les
alimentations davantage basées sur les végétaux réduisent les risques de
diabète de type 2. La proportion de personnes diabétiques déclarées parmi
les Adventistes du Septième Jour est deux fois moindre que dans la
population générale et, parmi les Adventistes, ceux qui sont végétariens
sont moins sujets au diabète que les non-végétariens. Dans l'étude sur la
Santé des Adventistes, à âges comparables, les risques de développer un
diabète pour les végétariens, semi-végétariens et non-végétariens étaient de
1,00, 1,35 et 1,97 chez les hommes, et 1,00, 1,08 et 1,93 chez les femmes.
Parmi les explications possibles de l'effet protecteur de l'alimentation
végétarienne, on trouve chez les végétariens un indice de masse corporelle
inférieure et des apports plus importants de fibres, ces deux facteurs
augmentant la sensibilité de l'insuline. Toutefois, parmi les hommes faisant
partie de l'étude sur la Santé des Adventistes, le risque de diabète restait
80% plus élevé chez les non-végétariens après ajustement suivant le poids.
Chez les hommes, la consommation de viande est directement reliée à une
augmentation des risques de diabète. Chez les femmes, le risque s'accroît
seulement lorsque la consommation de viande excède cinq repas par semaine.
Le cancer
Les végétariens ont un taux global de cancer moins élevé que la population
moyenne, mais on ne sait pas clairement dans quelle proportion
l'alimentation joue un rôle. Lorsque les facteurs qui ne sont pas liés à
l'alimentation sont au même niveau, les différences dans le taux global de
cancers entre végétariens et non-végétariens sont grandement réduites, bien
que des différences significatives demeurent pour certains cancers. Une
analyse faite à partir de l'étude sur la Santé des Adventistes et ajustant l'âge,
le sexe et le tabagisme n'a trouvé aucune différence entre les végétariens
et les non-végétariens concernant les cancers du poumon, du sein, de l'utérus
et de l'estomac, mais a trouvé chez les non-végétariens un risque de cancer
de la prostate accru de 54% et de cancer colorectal accru de 88%. Une autre
recherche a montré une proportion plus faible de végétariens touchés par une
prolifération de cellules dans le colon et, chez les végétaliens, de plus
faibles niveaux de facteur de croissance IGF-1 (insulin-like growth factor
I), dont on considère qu'il est impliqué dans l'étiologie de plusieurs
cancers, par rapport aux non-végétariens et aux ovo-lacto-végétariens. La
viande rouge ainsi que la viande blanche ont été liées à un accroissement du
risque de cancer du colon, de façon indépendante. Des études basées sur
l'observation ont trouvé un lien entre des apports élevés en produits
laitiers et en calcium et un accroissement du risque de cancer de la
prostate, bien que toutes les études ne soient pas d'accord sur cette
conclusion. Une analyse regroupant 8 études d'observation n'a trouvé aucun
lien entre la consommation de viande et de lait, et le cancer du sein.
Les recherches laissent penser qu'un certain nombre de facteurs dans l'alimentation
végétarienne peut avoir un impact sur le risque de cancer. Les alimentations
végétariennes s'approchent davantage des recommandations alimentaires
produites par l'Institut National du Cancer que les alimentations
non-végétariennes, en particulier en ce qui concerne les apports en graisse
et en fibres. Bien que les données concernant les apports en fruits et
légumes chez les végétariens soient en nombre limité, une étude récente a
observé que les apports sont considérablement plus élevés chez les
végétaliens que chez les non-végétariens. Un taux élevé d'oestrogènes pendant
toute la vie a été lié à un accroissement du risque de cancer du sein. Des
recherches ont montré que les végétariens avaient des niveaux d'oestrogènes
dans le sérum et l'urine plus faibles. Les données indiquent aussi que les
végétariennes ont leurs premières règles plus tardivement, ce qui peut
réduire les risques de cancer du fait de l'exposition aux oestrogènes plus
limitée dans le temps. Des apports élevés en fibres sont supposés protéger
contre le cancer du colon, bien que toutes les recherches ne le confirment
pas. La flore intestinale au niveau du colon des végétariens est étonnamment
différente de celle des non-végétariens. Les végétariens ont une
concentration plus faible en acides biliaires potentiellement carcinogènes
et moins de bactéries intestinales qui convertissent les acides biliaires
primaires en acides biliaires secondaires carcinogènes. Des selles plus
fréquentes et les niveaux de certaines enzymes dans le colon augmentent l'élimination
des carcinogènes potentiels du colon. La plupart des recherches montrent que
les végétariens ont de plus faibles niveaux de mutagènes fécaux.
Les végétariens ne consomment pas de fer héminique, formule du fer qui
conduit à la formation de facteurs hautement cytotoxiques dans le colon,
augmentant ainsi les risques de cancer du colon. Dernier point, les
végétariens ont généralement des apports plus élevés de phytochimiques, dont
beaucoup ont une action anticancéreuse. Les isoflavones contenus dans les
aliments à base de soja ont montré des propriétés anticancéreuses,
concernant en particulier les cancers du sein et de la prostate, bien que
cela ne soit pas confirmé par toutes les études.
L'ostéoporose
L'ostéoporose est une maladie complexe dans laquelle interviennent de
nombreux facteurs comme le mode de vie, l'alimentation et le patrimoine
génétique. Bien que des données indiquent que l'ostéoporose est moins
fréquente dans les pays en voie de développement dont l'alimentation est
essentiellement basée sur les végétaux, ces études s'appuient sur des
données concernant les fractures de la hanche, un type de fractures non
fiable pour comparer la bonne santé des os à travers les cultures. Peu
nombreuses sont les données indiquant une différence de densité osseuse
entre les non-végétariens et les ovo-lacto-végétariens occidentaux.
Un certain nombre d'études a montré qu'un apport élevé de protéines, issues
de produits d'origine animale en particulier, produit une perte accrue de
calcium et en accroît les besoins. On pense que cet effet est dû à l'accroissement
de la charge acide provenant du métabolisme des acides aminés soufrés (AAS).
Toutefois, les céréales ont aussi de hautes teneurs en AAS, et certaines
recherches ont montré que les apports en AAS étaient similaires entre les
non-végétariens et les végétariens. Malgré cela, des données indiquent que
les femmes ménopausées qui suivent une alimentation riche en protéines
animales et pauvre en protéines végétales subissent une perte élevée de
calcium osseux et courent un risque grandement accru de fracture de la
hanche. Bien que des apports excessifs en protéines puissent compromettre la
santé des os, des données indiquent que de faibles apports peuvent augmenter
le risque d'avoir des os plus fragiles. Même les données sur la santé des os
des végétaliens sont rares, des études laissent penser que la densité
osseuse est plus faible chez les végétaliens que chez les non-végétariens.
Les femmes végétaliennes, comme les autres femmes, peuvent avoir de faibles
apports en calcium malgré la présence de sources assimilables non issues de
lait animal. Certaines femmes végétaliennes peuvent aussi avoir des apports
très limités en protéines, et le niveau de vitamine D est dangereusement
insuffisant chez certains végétaliens. Les niveaux d'oestrogène plus faibles
dans le sérum des végétariens peuvent être un facteur de risque
d'ostéoporose. A l'opposé, des études cliniques sur le court terme laissent
penser que les protéines de soja riches en isoflavones réduisent les pertes
en calcium de la colonne vertébrale des femmes ménopausées. Les apports
importants de potassium et vitamine K chez les végétariens peuvent aussi
aider à protéger la santé des os. Toutefois, les données suggèrent qu'une
alimentation végétarienne ne protège pas nécessairement contre l'ostéoporose
malgré sa teneur plus faible en protéines animales.
Les maladies rénales
Des apports élevés en protéines peuvent aggraver une maladie du rein
existante ou augmenter les risques chez ceux qui sont prédisposés à cette
maladie parce que les apports de protéines sont associés à des débits de
filtration glomérulaire élevés (DFG). Les DFG des végétariens en bonne santé
sont inférieurs à ceux des non-végétariens et sont encore plus faibles chez
les végétaliens. Le type de protéine consommée peut aussi avoir un effet,
les produits végétaux ayant des effets plus bénéfiques sur les DFG que les
protéines animales. Les DFG sont 16% plus élevés chez des personnes en bonne
santé après l'ingestion d'un repas contenant des protéines animales qu'après
un repas de protéines de soja. Du fait que la pathologie du rein est
similaire à celle de l'athérosclérose, les niveaux plus faibles de
cholestérol du sérum et l'oxydation réduite du cholestérol provenant d'une
alimentation végétarienne peuvent être bénéfiques chez les personnes malades
des reins.
La démence
Bien que les niveaux de démence diffèrent grandement dans le monde, les
différences dans les critères de diagnostic rendent les comparaisons entre
les cultures difficiles. Aux Etats-Unis, parmi les Adventistes du Septième
Jour, ceux qui mangeaient de la viande ont été plus de deux fois plus
souvent victimes de démence. Ceux qui avaient mangé de la viande durant des
années ont eu plus de trois fois plus de chance de montrer des signes de
démence. Les alimentations riches en antioxydants ont montré un effet
protecteur sur les fonctions cognitives. La pression sanguine plus faible
des végétariens peut aussi être un facteur protecteur. Des données montrent
aussi que de faibles taux de cholestérol protègent contre la démence. Des
niveaux élevés d'homocystéine sont liés à un accroissement du risque de
démence, et cela peut présenter un facteur de risque pour les végétariens
qui n'ont pas d'apports suffisants en vitamine B12. Bien qu'une étude ait
trouvé un accroissement du niveau de démence parmi des hommes américains d'origine
japonaise mangeant régulièrement du tofu, cette étude a montré de nombreuses
limites méthodologiques, et d'autres recherches n'ont pas confirmé ce
résultat.
D'autres effets de l'alimentation végétarienne sur la santé
Les maladies diverticulaires
Gear et ses collègues ont trouvé que la prévalence des maladies
diverticulaires était moitié moindre chez les végétariens, aussi bien hommes
que femmes, âgés de 45 à 59 ans, par rapport aux non-végétariens. Bien que
les fibres soient considérées comme étant la raison la plus importante de
cette différence, d'autres facteurs peuvent aussi bien avoir un effet. Les
alimentations riches en graisse, indépendamment des apports en fibres, ont
été associées à un accroissement du risque de diverticule. Les apports en
viande pourraient aussi accroître le risque. Des recherches plus anciennes
suggèrent que la consommation de viande peut faciliter la croissance de
bactéries qui produisent un métabolisme toxique affaiblissant la paroi du
colon.
Les calculs biliaires
Dans une étude sur 800 femmes âgées de 40 à 69 ans, les non-végétariennes
avaient deux fois plus de chance que les végétariennes de souffrir de
calculs biliaires. La corrélation entre consommation de viande et calculs
biliaires s'est maintenue après ajustement des trois facteurs connus de
risque de calculs biliaires : l'obésité, le sexe et l'âge.
La polyarthrite rhumatoïde
La polyarthrite rhumatoïde, considérée comme une maladie auto-immune,
entraîne une inflammation des articulations. Plusieurs études provenant d'un
groupe de chercheurs en Finlande laissent penser qu'un jeûne, suivie d'une
alimentation végétalienne peuvent être utiles dans le traitement de la
polyarthrite rhumatoïde.
Bien que les données soient rares et que d'autres recherches soient
nécessaires avant d'apporter des conclusions, des études suggèrent qu'une
alimentation végétalienne à tendance crudivore réduit les symptômes de
fibromyalgie et qu'une alimentation végétarienne peut réduire les symptômes
courants de dermatite atopique.
L'impact sur les programmes de santé et sur le public
Le Programme de Supplémentation Nutritionnelle à l'attention des Femmes,
Bébés, et Enfants
Aux Etats-Unis, le Programme de Supplémentation Nutritionnelle à l'attention
des Femmes, Bébés, et Enfants est un programme fédéral d'aide destiné aux
femmes enceintes, ou ayant accouché ou allaitantes et aux bébés et enfants
de moins de 5 ans - toutes ces personnes étant davantage exposées à des
carences nutritionnelles -, et dont les revenus familiaux sont en dessous
d'un certain montant fixé par l'état. Ce programme fournit des chèques ou
des coupons pour acheter des aliments convenant aux végétariens, comprenant
des formules de lait pour bébés, des céréales pour bébés enrichies en fer,
des jus de fruits ou légumes riches en vitamine C, des carottes, du lait de
vache, du fromage, des oeufs, des céréales toutes prêtes enrichies en fer,
des haricots ou pois secs et du beurre de cacahuète. Les agences de chaque
état sont autorisées à soumettre au service Alimentation et Nutrition de
l'USDA (Ministère de l'Agriculture des Etats-Unis) un programme de
substitution des aliments de manière à convenir aux différents modèles
alimentaires culturels, à condition que les substituts alimentaires proposés
soient nutritionnellement équivalents ou supérieurs aux aliments remplacés,
facilement disponibles et ne coûtent pas plus cher que les aliments
remplacés. Cette disposition pourrait offrir la possibilité d'avoir plus d'aliments
convenant aux végétaliens.
Le Programme Nutritionnel Prénatal Canadien, financé au niveau fédéral par
le Ministère de la Santé du Canada, et les programmes périnataux destinés
aux communautés fournissent des bons, des coupons ou des produits
alimentaires à ceux qui entrent dans les critères de revenu ou de risque
nutritionnel. Les bons peuvent être utilisés pour des aliments convenant aux
végétariens, incluant du lait, du jus de fruit, du fromage, des oeufs, du
lait de soja enrichi et d'autres aliments.
Les Programmes Nutritionnels pour les Enfants
Aux Etats-Unis, le Programme National des Repas Scolaires autorise des
produits protéiques non carnés : certains produits à base de soja, du
fromage, des oeufs, des haricots et pois secs cuits, des yaourts, du beurre
de cacahuète, d'autres pâtes à tartiner issues de fruits à coques ou de
graines, des cacahuètes, des noix et graines. Les directives du Ministère de
l'Agriculture des Etats-Unis destinées aux personnels des cantines scolaires
comprennent plusieurs recettes végétariennes et végétaliennes pour
collectivités. Peu d'écoles publiques proposent régulièrement des plats
végétariens. Les déjeuners ne sont pas adaptés aux végétaliens même lorsque
certains choix végétaliens sont disponibles car le lait de soja, en tant
qu'élément du déjeuner, n'est seulement proposé qu'en cas d'intolérance
attestée au lactose.
Au Canada, les menus des repas, petits-déjeuners et casse-croûtes scolaires,
les règles de choix d'aliments et l'approvisionnement en repas végétariens
varient d'une région à l'autre. Au niveau national, le programme "
Petit-Déjeuner pour l'Apprentissage " de la " Canadian Living Foundation "
développe des normes de Bonnes Pratiques concernant les petits-déjeuners,
casse-croûte et déjeuners. Les repas végétariens basés sur le Guide Canadien
de l'Alimentation équilibrée rentrent dans ce cadre.
Les Programmes Alimentaires pour les personnes âgées
Le Programme Nutritionnel Fédéral pour les Personnes Agées distribue des
fonds aux états, territoires et groupes ethniques dans le cadre d'un réseau
national de programmes qui fournit des repas groupés et livrés à domicile
(souvent dénommés " Meals on Wheels ") pour les américains âgés. Les repas
servis dans le cadre de ce programme doivent fournir au moins un tiers des
Apports Journaliers Recommandés. Les repas sont souvent fournis par des
agences locales. Des menus végétariens pour une durée de 4 semaines ont été
développés pour la Fondation Nationale " Meals on Wheels ".
Les aménagements pour les prisonniers
Les règles judiciaires aux Etats-Unis et au Canada accordent aux personnes
emprisonnées le droit à des menus végétariens pour des raisons religieuses
ou médicales (et aussi par simple choix au Canada). Les institutions
fédérales et celles de beaucoup d'états et provinces fournissent des plats
végétariens lors des repas. La cour fédérale du Canada a décrété que les
personnes emprisonnées qui s'opposent à la consommation de viande ont un
droit constitutionnel à se voir servir des repas végétariens. Les
dispositions de la Liberté de Conscience dans la Charte des Droits
permettent aux prisonniers de demander une nourriture végétarienne pour
raisons morales, de la même manière que d'autres condamnés peuvent demander
des menus particuliers pour raisons religieuses ou motifs médicaux.
Les Forces Militaires / Armées
Le Programme Alimentaire de l'Armée de Combat des Etats Unis, qui surveille
toutes les réglementations alimentaires, propose un choix de menus
végétariens. Les Services Alimentaires des Forces du Canada offrent un ou
plusieurs plats végétariens à chaque repas. Entre 10 et 15% des membres des
Forces du Canada choisissent des repas végétariens pour les rations de
combat (packs alimentaires individuels).
Les autres Institutions et les services de restauration en collectivité
D'autres institutions, comprenant des établissements d'enseignement
supérieur, des universités, des hôpitaux, des restaurants et des muséums et
parcs recevant des fonds publics, offrent des plats végétariens en quantité
et variété plus ou moins étendues. Des ressources sont disponibles pour des
préparations alimentaires végétariennes en grande quantité. Du fait d'un
intérêt croissant pour le végétarisme et grâce aux bénéfices nutritionnels
d'une telle alimentation, l'accroissement de l'offre végétarienne
quotidienne devrait être encouragée.
Le rôle des professionnels de la diététique
Les patients végétariens peuvent rechercher des conseils nutritionnels pour
des raisons de santé ou pour planifier de manière équilibrée une
alimentation végétarienne. Ils peuvent quelquefois être renvoyés vers un
spécialiste pour des problèmes liés à une alimentation carencée. Les
professionnels de la diététique ont un rôle important à jouer en soutenant
les patients qui montrent un intérêt pour une alimentation végétarienne ou
qui ont déjà ce mode d'alimentation. Il est important pour les
professionnels de la diététique d'encourager tout patient qui choisit le
végétarisme et d'être capable de donner des informations précises et
actualisées concernant l'alimentation végétarienne. Les conseils doivent
être individualisés, en fonction du type d'alimentation végétarienne, de l'âge
du patient, de sa capacité à préparer sa nourriture et de son niveau
d'activité. Il est important d'écouter la description que fait le patient de
son alimentation pour établir quels aliments peuvent jouer un rôle dans l'organisation
des repas.
Les professionnels qualifiés en diététique peuvent aider les patients
végétariens sur les points suivants :
- fournir une information sur la nécessité de couvrir les besoins en
vitamine B12, calcium, vitamine D, zinc, fer et acides gras oméga-3 parce
que les alimentations végétariennes mal organisées peuvent quelquefois être
carencées en ces nutriments ;
- donner des conseils ciblés pour organiser des repas ovo-lacto-végétariens
ou végétaliens bien équilibrés adaptés à toutes les périodes de la vie ;
- adapter les conseils pour organiser des repas ovo-lacto-végétariens ou
végétaliens bien équilibrés destinés aux patients ayant des besoins
alimentaires particuliers du fait d'une allergie ou d'une maladie chronique
ou d'autres restrictions ;
- bien connaître les possibilités de repas végétariens des restaurants
locaux ;
- fournir des idées pour s'assurer d'avoir des repas végétariens équilibrés
lors des voyages ;
- informer les patients à propos de la préparation et de l'usage des
aliments qui font fréquemment partie des alimentations végétariennes ; l'accroissement
de la variété de produits destinés aux végétariens peut rendre impossible de
connaître tous ces produits. Toutefois, les praticiens qui ont des patients
végétariens doivent avoir des connaissances de base concernant la
préparation, l'usage et la teneur nutritionnelle d'une variété de céréales,
haricots, produits à base de soja, succédanés végétaux de la viande et
aliments enrichis.
- bien connaître les points de vente d'aliments végétariens. Pour certaines
communautés, des adresses de ventes par correspondance peuvent être
nécessaires.
- travailler avec les membres de la famille, particulièrement les parents d'enfants
végétariens, pour les aider à fournir les meilleures conditions possibles
pour couvrir les besoins en nutriments à partir d'une alimentation
végétarienne ; et,
- si le praticien n'est pas familiarisé avec la nutrition végétarienne, il /
elle doit assister la personne dans la recherche de quelqu'un de qualifié
pour renseigner le patient ou le diriger vers des sources d'information
sérieuses.
Organisation des repas
Une variété d'approches dans l'organisation des menus peut fournir les
nutriments adéquats aux végétariens. Le Guide Pyramidal des Aliments
Végétariens et le Guide en Arc-en-ciel des Aliments Végétariens propose une
approche. En complément, les indications suivantes peuvent aider les
végétariens à organiser une alimentation bénéfique à leur santé :
- Choisir une variété d'aliments comprenant des céréales complètes, des
légumes, des fruits, des légumineuses, des noix, des noisettes, des graines
et, si cela est souhaité, des produits laitiers et des oeufs.
- Choisir des aliments complets, non-raffinés le plus souvent, et minimiser
les apports en aliments hautement sucrés, gras et très raffinés.
- Choisir une grande variété de fruits et légumes.
- Si des produits animaux comme les produits laitiers et les oeufs sont
consommés, choisir des produits laitiers allégés en matière grasse et
consommer oeufs et produits laitiers avec modération.
- S'assurer d'avoir une source régulière de vitamine B12 et, si l'exposition
au soleil est limitée, une source de vitamine D.
Conclusions
Les modes d'alimentation végétarienne menés d'une façon appropriée ont
montré qu'elles étaient bonnes pour la santé, adéquates du point de vue
nutritionnel, et bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines
maladies. L'alimentation végétarienne est adaptée à toutes les périodes de
la vie. De nombreuses raisons motivent l'intérêt croissant pour le
végétarisme. On s'attend à une augmentation du nombre de végétariens aux
Etats-Unis et au Canada durant la prochaine décennie. Les professionnels de
la diététique peuvent aider leurs patients végétariens en leur fournissant
une information à jour et précise sur la nutrition végétarienne, les
aliments et les sources d'information disponibles.
Auteurs (signification des abréviations : MPH : Diplômé en Santé Publique ;
RD : Diététicien diplômé d'Etat ; PhD : Docteur d'Etat ; DSc : Docteur es
Sciences ; MS : Diplômé es Sciences ; FADA : Membre honoraire de l'Association
Américaine de Diététique) : Ann Reed Mangels, PhD, RD, FADA (The vegetarian
Resource Group, Baltimore, MD) ; Virginia Messina, MPH, RD (Nutrition
Matters, Inc., Port Townsend, WA) ; Vesanto Melina, MS, RD (NUTRISPEAK.COM,
Langley, BC, Canada).
Relecteurs membres de l'Association Américaine de Diététique : Judith G.
Dausch, PhD, RD (American Dietetic Association Government Relations,
Washington, DC) ;
Sharon Denny, MS, RD (American Dietetic Association Knowledge Center,
Chicago, IL) ; Elaine K. Fleming, MPH, RD (Loma Linda University, Loma
Linda, CA) ;
Food and Culinary Professionals DPG (Robin Kline, MS, RD, CCP, Savvy Food
Communications, Des Moines, IA ; Sylvia E. Klinger, MS, RD, Hispanic Food
Communications, LA Grange, IL) ; D. Enette Larson-Meyer, PhD, RD (Pennington
Biomedical Research Center, Baton Rouge, LA) ; Nutrition in Complementary
Care DPG (Dennis Gordon, Med, RD, Saint Joseph Mercy Health System, Ann
Arbor, MI ; Rita Batheja, MS, RD, Private Practice, Long Island, NY) ;
Pediatric Nutrition DPG (Maria Hanna, MS RD, Children's Hospital of
Philadelphia, PA ; Cristine M. Trahms, MS, RD, FADA, University of
Washington, Seattle, WA ; Tamara Schryver, MS, RD, University of Minnesota,
St. Paul, MN) ; Sports, Cardiovascular, and Wellness Nutritionist DPG (Gita
B. Patel, MS, RD, Alice Peck Day Memorial Hospital, Lebanon, NH ; Pamela J.
Edwards, MS RD, University of Nebraska Lincoln, Lincoln, NE) ; Vegetarian
Nutrition DPG (Winston J. Craig, PhD, RD, Andrews University, Berrien
Springs, MI ; Catherine Conway, MS, RD, Private Practice, New York, NY) ;
Women and Reproductive Nutrition DPG (Judith B. Roepke, PhD, RD, Ball State
University, Muncie, IN).
Relecteurs membres des Diététiciens du Canada : Karen Birkenhead, RD, (Group
Health Centre, Sault Ste Marie, ON) ; Samara Felesky Hunt (Consulting
Dietitian, Calgary AB) ; Susie Langley MS, RD (Nutrition Consultant in
Private Practice, Toronto, ON) ; Pam Lynch, MHE, RD (Nutrition Counselling
Services, Halifax, NS) ;
Shefali Raja (Vancouver Coastal Health Authority, Vancouver BC) ; Marilyn
Rabin PDt (Douglas Hospital, Verdun, PQ) ; Laura Toews, RD (St. Boniface
General Hospital, Winnipeg, MB).
Membres du Comité de travail sur les Positions Officielles de l'Association
:
Barbara Emison Gaffield, MS, RD (chair), Barbara Baron, MS, RD ; Suzanne
Havala Hobbs, DrPH, RD, FADA (content advisor).
