Y A-T-IL BESOIN DE PLUS ?
- Savoir qu'il faut tuer un animal pour manger de la viande devrait être une
raison suffisante pour devenir végétarien ou végétalien.
- Il devrait suffire de voir l'expression du visage d'un animal lorsqu'on l'égorge,
sa terreur lorsqu'il sent qu'on va le tuer, voir son sang couler, l'entendre
hurler, se débattre pour avoir suffisamment d'arguments pour devenir
végétarien ou végétalien.
- La vue des tueries d'animaux commises dans les abattoirs devrait être un
argument suffisant pour devenir végétarien ou végétalien.
EN FRANCE, EN 2002, LA CONSOMMATION DE VIANDE A PROVOQUE LA MORT DE : 728,1
millions de poulets, 41,4 millions de poules et de coqs, des millions de
poussins mâles tués à la naissance, 98,6 millions de dindes, 78,5 millions
de canards, 31 millions de pintades, 800 mille oies, 4,1 millions de
pigeons, 48,9 millions de cailles, 200 mille autres gibiers, 40,4 millions
de lapins, 25,85 millions de porcs, 2,04 millions de vaches, 1,86 millions
de veaux, 561 mille génisses, 907 mille jeunes boeufs, 324 mille boeufs, 5,13
millions d'agneaux, 700 mille chevreaux, 591 mille ovins de réformes, 850
mille caprins, 37 mille équidés, des centaines de millions de poissons, et
beaucoup d'autres. 13,8 milliards d'oeufs et 22,7 milliards de litres de lait
de vache ont été produits (chiffres de l'OFIVAL).
UN CHOIX POUR MOINS DE CRUAUTE
L'histoire de chaque individu le sensibilise plus ou moins à certains faits.
Mon vécu m'a amené à être confronté directement à l'exploitation que
subissent les animaux. Je l'ai vu pratiquée, et, lorsque j'ai eu la chance,
par la suite, d'avoir accès à de l'information sur le végétarisme et sur le
végétalisme, je n'ai pas eu de mal à être convaincu. Ce n'est pas là une
théorie abstraite, un concept ou une recherche de pureté : tuer des animaux
et les manger est juste dégoûtant car ils sont identiques à nous, faits de
viande, de sang et d'os.
Etant né à la campagne, j'ai pu voir très jeune que la viande n'était pas
quelque chose de banal qu'on achète sous cellophane en grande surface. Avant
d'arriver dans l'assiette, il aura fallu faire naître et élever l'animal.
Comment prétendre lorsqu'on voit naître, puis grandir, petit à petit, une
oie, par exemple, que les animaux ne souffrent pas ? A leur contact, on se
rend simplement compte qu'ils sont comme nous. Ils ont leur vie sociale, ils
s'entretiennent physiquement en se nettoyant, ils ont peur si on les
surprend, ils sont curieux, ils communiquent entre eux, ils s'occupent de
leurs petits. Ils sont, comme nous, capable de communiquer des émotions,
peur et joie. Leurs cris ne peuvent peut-être pas être traduits par des mots
ou un langage compliqué, mais ce n'est pas parce que nous ne pouvons pas
exactement comprendre un langage que cela nous donne le droit de les
maltraiter. Quel sens a le chinois pour une personne qui ne le parle pas ?
Aucun. Pourtant cela n'est pas un motif pour tuer un chinois pour le manger.
A force de voir des humains, les animaux s'habituent à eux, ils leur font
confiance, ils se laissent approcher et enfermer chaque soir. jusqu'au jour
où ils ne sortiront plus. Leur confiance aura été trahie.
Je ne sais pas comment les animaux considèrent les humains qu'ils voient
tous les jours leur donner à manger, en tout cas, ils n'iraient sûrement
jamais imaginer que les humains font ça pour finir par les égorger, manger
leur cadavre et faire le commerce de leur dépouille. Mais c'est bien ça qui
les attend.
Lorsque j'étais très jeune, je m'occupais de donner à manger aux animaux de
la ferme (oies, canards, poules, lapins et quelques autres), je les voyais
naître puis grandir, jour après jour, ils donnaient l'impression d'être
contents. J'avais de la sympathie pour eux, j'appréciais de les observer et
je m'amusais avec (pas toujours d'une façon intelligente d'ailleurs), puis
ils se faisaient tuer, plumer, vider, dépecer, découper.
Lorsqu'ils venaient de se faire trancher la gorge à vif, pendant quelques
secondes, ils ne devaient même pas comprendre ce qui leur arrivait car étant
tellement habitués au contact des humains, ils devaient un peu leur faire
confiance. Ils avaient été mis dans une sorte d'entonnoir où seul leur tête
et leur cou sortaient en bas. Ils n'avaient aucune possibilité de s'échapper
de cette position. Passées ces quelques secondes, ayant probablement compris
et sentant la douleur, ils s'agitaient, mais c'était trop tard, leur sang s'écoulait.
Leurs débattements et leur peur ne faisaient qu'accélérer la fuite de leur
sang au rythme des battements de leur coeur affolé. Le sang giclait un peu
partout autour de l'animal. Trois ou quatre minutes après, l'animal, la tête
en bas, n'était plus animé que de quelques convulsions qui allaient en s'estompant,
le sang finissait par ne presque plus couler. Voilà comment la vie de l'être
que je voyais tous les jours s'achevait. Et ensuite on le mangeait.
C'était pourtant de l'élevage " naturel ", " élevé en plein air " comme on
dit. Peut-être que l'animal, durant sa croissance, est dans un milieu plus
agréable pour lui que les animaux d'élevages intensifs. Il en souffre
probablement moins, mais de toute façon il finit quand même égorgé. L'élevage
" traditionnel " n'enlève rien à la cruauté de la consommation de viande, il
n'est pas plus " propre ", et il est peut-être plus traumatisant pour celui
qui le pratique car en vivant avec les animaux, c'est un peu comme si on
devait tuer ses amis. On connaît l'être qu'on tue (si certains ont des
animaux dit " domestiques ", ils comprendront peut-être mieux ce que je veux
dire). Si nous réfléchissons aux sentiments que nous éprouvons, nous pouvons
constater que nous sommes surtout sensibles à la mort de ceux que nous
connaissons le plus et de ceux auxquels nous sommes attachés affectivement,
quelle qu'en soit l'espèce. Des humains sont, généralement, plus peinés par
la mort de leur chien ou de leur chat que par la mort d'un humain qu'ils ne
connaissent pas.
Evidemment la transmission des valeurs traditionnelles fait disparaître tous
les étonnements qu'on peut avoir face à cette tuerie. Le milieu finit par
faire accepter cette pratique comme quelque chose de banal, et des fois, le
moment du meurtre est considéré comme une fête. C'est assez étrange, voire
inquiétant car on se rend compte que l'humain est capable de faire les pires
horreurs et de trouver ses pratiques agréables. Tout dépend de son milieu
culturel, même le dégoût est une impression relative. On peut facilement, à
ce moment-là, imaginer l'état d'esprit des cannibales, leur pratique leur
semble probablement banale et leur procure des moments de joie (enfin, quand
ce sont les autres qui sont tués, vidés, etc., c'est toujours pareil.).
Il n'existe pas de valeurs absolues, tout dépend de nos références
culturelles, c'est peu de chose, pourtant le résultat est terrifiant. Il
suffit de se souvenir que nous, qui ne sommes pas nés dans des familles
végétariennes ou végétaliennes, nous avons mangé tranquillement de la viande
d'animaux, préparée avec amour et délicatesse sans trouver ça trop
dégoûtant, tout est possible, hélas, dans notre monde, il n'y a pas d'autre
limite à la barbarie que l'imagination. Malheureusement si certains relèvent
ces actes comme étant ignobles, ils sont traités de cinglés, de rêveurs, d'hypersensibles.
Ce sont toujours les mêmes arguments qui sont utilisés, que ce soit pour
tuer des animaux ou des humains. On dit la même chose des pacifistes, ou si
dans un groupe d'humains, l'un d'entre eux trouve incorrect d'aller en
maltraiter d'autres, il lui sera reproché les mêmes choses : " trop de
sensibilité ", " pas assez dur ", " c'est normal d'agir ainsi ". Le problème
est juste que lorsqu'à son tour on se retrouve opprimé, on voudrait être
plus respecté et on ne comprend pas que les autres agissent envers nous,
comme nous, nous agissons envers les autres lorsque nous sommes en position
de force. Les humains voudraient être respectés alors qu'ils sont incapables
d'avoir l'intelligence de ne pas opprimer les plus faibles qu'eux : en
général, on récolte ce qu'on sème.
L'élevage industriel est, lui, plus dépersonnalisé, c'est une masse d'êtres
conscients entassés, de la matière première consciente, juste des protéines
végétales qu'il faut transformer, en masse, en protéines animales, comme si
cela concernait juste un processus chimique, non-conscient, identique au
règne végétal ou à une usine chimique. On n'a probablement pas le temps d'avoir
de sentiments pour cette masse d'êtres pourtant aussi conscients que nous.
On doit être quand même assez mal à l'aise devant l'amoncellement de toute
cette chair à souffrance vivante, tous ces yeux qui nous regardent, toutes
ces consciences qui attendent d'être tuées à la chaîne. Toutes ces
carcasses, tous ces os, tout ce sang. et autant d'indifférence. Des mares de
sang, des ouvriers travaillant dans des excréments et l'odeur de la mort,
couverts de sang, ne faisant plus attention aux cris, aux bruits des chairs
et des os qui se déchirent, à force de vivre dans ce cauchemar. Comment
certains humains peuvent-ils oser comparer ces tueries d'animaux au
découpage d'un légume ou d'un fruit sans se sentir pitoyablement ridicules ?
Ont-il seulement vu un animal se faire tuer ? J'en ai vu mourir égorgés un
nombre suffisamment grand pour savoir qu'ils sont conscients, qu'ils
souffrent et qu'ils ont peur. Et " malheureusement " mon histoire n'est pas
originale, j'ai pu rencontrer plusieurs autres personnes qui ont vu tuer des
animaux et qui sont devenues végétariennes ou végétaliennes suite à cela.
Même des bouchers sont devenus végétariens à force de dégoût devant autant
de carnage.
Il faut donc choisir pour sa consommation de viande entre le massacre de
masse ou le meurtre en intimité.
Bien sûr, il faut vivre, il y en a qui achètent de toute façon. Ce ne sont
pas forcément ceux qui font le " sale boulot " qui sont les plus à blâmer. C'est
facile de se donner bonne conscience en achetant tout prêt son bout de
viande et en cherchant par tous les moyens à ne pas voir ce qu'implique son
achat. C'est facile de gémir sur son sort et être incapable de faire le
moindre effort pour ne pas maltraiter les plus faibles. Désolé, mais je n'ai
pas envie de vivre du meurtre et du commerce des cadavres. Faire naître des
êtres, les élever et en prendre soin comme si c'étaient ses enfants, puis
les égorger pour se nourrir de leurs organes, c'est dégradant pour celui qui
le fait. Vous aimez manger de la viande ? Eh bien, faîtes le sale boulot
vous-même, prenez un couteau et allez tuer le petit que vous avez élevé, c'est
toujours mieux lorsqu'on fait les choses soi-même, au moins on sait qui on
mâche et on peut se rappeler comment il était content lorsqu'on s'occupait
de lui, comment il aimait barboter dans l'eau et s'étendre au soleil. La
viande a plus de saveur ainsi et au moins on sait qu'elle est saine.
Croyez-vous que le seul " plaisir " de manger de la viande puisse justifier
cette barbarie, alors que ce n'est pas nécessaire pour vivre et que du
plaisir peut être pris ailleurs, comme en mangeant des végétaux par exemple
? Vous pouvez toujours essayer de vous convaincre que vous êtes " normal "
en faisant ça, si vous y arrivez.
La normalité n'est rien d'autre que ce que fait une majorité de personnes.
Seulement, la " norme " évolue et elle l'a fait au cours des temps. A
certaines époques, la torture était normale, comme l'est encore aujourd'hui
l'excision dans certains pays. Pourtant ces pratiques ont été abandonnées et
la norme actuelle définie ces pratiques comme barbares. On peut facilement
imaginer que les premiers à dénoncer ces pratiques se sont fait insulter,
traiter de fous, d'hypersensibles, ou pire. Il en va ainsi de l'évolution
culturelle, les premiers à dénoncer une injustice sont toujours pris pour
des imbéciles et doivent en payer le prix.
PLUS JAMAIS
Rien qu'en France, plus d'un milliard d'animaux servent chaque année de
nourriture à des humains. Jamais massacre planifié aussi massif n'a existé,
et si les animaux n'étaient pas tant méprisés, la consommation de viande
apparaîtrait alors telle qu'elle est : abominable.
Mais justement, elle ne suscite que rarement l'indignation. C'est plutôt l'indifférence
qui est reine en ce domaine, alors même que les conséquences sanglantes de
la consommation de viande s'étalent au vu et au su de tout le monde, dans la
rue, sur les étals de bouchers, dans les pubs, les films, mais aussi dans
les prés ou dans les élevages en batterie. Et dans les assiettes... L'attention
des humains se limite trop couramment, lorsqu'elle daigne se pencher sur le
sort d'animaux, à la vivisection, la chasse ou la fourrure.
C'est que l'utilisation des animaux, comme nourriture, prouve aux humains,
de façon pratique, quotidienne, infiniment répétée, leur différence, leur
supériorité sur les " bêtes ", leur propre valeur. C'est pourquoi ils
tiennent tant à la perpétuer. Hormis les enfants qui se posent des questions
sur l'origine de la viande à un certain âge, et qu'on désinforme, souvent,
grossièrement, tout le monde connaît l'origine de la viande. Tout le monde
sait que les animaux souffrent, éprouvent de la douleur au même titre que
les humains. C'est pour nous la raison de cesser de les manger, ou de les
utiliser pour la vivisection (etc.). Il nous intéresse qu'on cesse de
considérer leur vie (et son contenu) comme insignifiant, et qu'on leur prête
la même attention, la même considération que l'on a envers les humains (du
moins au niveau du discours). Tant qu'on considèrera que " les humains d'abord
" est une affirmation qui va de soi, il ne pourra y avoir qu'une totale
déconsidération des intérêts des animaux. En ce qui concerne la consommation
de viande, il devrait être clair que les intérêts du mangeur et ceux du
mangé sont immensément disproportionnés.
Cette indifférence à l'égard de tous les animaux non-humains, et
particulièrement à l'égard des animaux " comestibles ", est due en partie,
au fait que tout et tout le monde nous renvoie sans cesse à cette vision. La
pression sociale qui s'exerce sur chacun et par chacun, la volonté de
consensus, la peur des conflits jouent un grand rôle dans cette acceptation.
Car si l'opposition à la chasse ou à la vivisection concerne un adversaire
lointain, clairement décelable, et à priori totalement étranger à soi, il n'en
va pas de même pour la boucherie : nous avons presque tous été amenés à
manger de la viande, et presque toujours notre entourage en mange.
A travers l'opposition à la vivisection (ou la chasse, la fourrure.), on
peut se permettre d'éprouver des émotions vis-à-vis des animaux et de les
prendre en compte partiellement, parce que cela remet peu en cause notre
mode de vie, ni notre univers mental, parce qu'on ne brise pas le consensus
avec le voisin (au contraire, on l'affermit : ce n'est pas lui, non plus, le
" monstrueux " vivisecteur) et parce que l'antivivisection trouve aussi
appui sur une peur diffuse, et donc sur des oppositions supplémentaires,
plus acceptables pour les humains qui mangent de la viande : opposition au
profit, à la technologie " démoniaque ", à la démiurgie de l'humain.
L'ORIGINE DE NOS IDEES & SE REMETTRE EN CAUSE
D'où viennent nos idées, nos désirs, tout ce qu'on définit comme étant "
soi " ? Nos idées ne viennent pas de notre " intérieur ", mais elles sont
issues de toute notre éducation et de toutes nos expériences. Ce que nous
considérons comme faisant partie de nous-mêmes n'est ni plus, ni moins,
quelque chose que d'autres nous ont apporté. L'humain est un être culturel :
sans l'apport culturel de ses congénères, l'humain ne développe pas de
langage ou d'idées particulièrement élaborées. Ce que nous sommes est
étroitement lié à notre milieu, même l'accent de nos paroles est influencé
par notre milieu et seuls ceux qui viennent d'une autre région se rendent
compte que nous avons un accent. Sans regard extérieur, nous ne nous en
rendons pas compte. En ayant conscience de tout ce qui nous influence, nous
pouvons arriver à prendre du recul sur ce que nous pourrions prendre comme
faisant partie intégrante de notre personnalité. Il est à ce moment plus
facile de se remettre en cause, sans avoir l'impression de perdre un bras ou
une jambe : on nous a donné nos idées, nous ne les avons pas forcément
choisies et si ces idées sont mauvaises, cela ne veut pas dire que nous
soyons, nous, mauvais. Nous sommes " mauvais " juste car nous avons trop
intégré, en nous, ces idées au point de nous identifier totalement à elles,
de les considérer comme étant une émanation de " soi ". Notre milieu nous
conditionne, et ceci est vrai pour tout le monde. Certains en ont plus ou
moins conscience ; de ce fait ils sont plus capables de prendre du recul et
d'avoir un esprit critique.
Beaucoup ne font, toute leur vie, que singer leurs semblables, que se soit
lorsqu'ils sont enfants en imitant leurs parents ou une fois adulte en s'identifiant
aux valeurs des groupes auxquels ils sont intégrés. Se remettre en cause,
admettre qu'on a tort est très dur. C'est une sorte de fierté que chacun
possède plus ou moins. Arriver à ce qu'une personne admette que son attitude
est oppressive et tyrannique, et qu'elle se motive à faire des efforts pour
l'éviter n'est pas évident. Des maris violents, des violents, des personnes
qui sont en position de force acceptent rarement, d'eux-mêmes de modifier
leur attitude. Il faut souvent une contrainte pour y arriver (pression de l'entourage,
coalition, personnes plus fortes, système judiciaire, travail thérapeutique,
etc.). On voit facilement la tyrannie d'un dictateur politique, ou la
tyrannie des autres qu'on subit, mais réfléchir sur sa propre tyrannie est
plus difficile pour la plupart des humains que de jouer les rapports de
force. Ce sera " excitant ", facile et rassembleur de monter une population
(à tort ou à raison) contre une autre personne (ou un groupe de personnes).
Avoir un ennemi commun permet de s'unir et de se positionner dans le camp
des " gentils ". Alors que se remettre en cause est moins mobilisateur.
Un problème est toujours " secondaire " lorsqu'on n'a pas à en souffrir et
encore pire, quand on sent bien que la cause du problème est soi-même - rien
n'est objectif. Qu'on ne s'étonne pas de la tyrannie des humains quand on n'est
pas capable soi-même de se remettre en cause juste à cause d'un plaisir qu'on
nous a appris à éprouver lorsqu'on mange de la viande d'animaux morts. Car
là aussi ce plaisir on nous l'a inculqué.
Quel tyran, quel violent, quel macho, quelle personne assoiffée de pouvoir
se préoccupe de la peine de ses victimes quand il n'en souffre pas lui-même
? Par contre, lorsque le tyran se retrouve à son tour dans la position du
faible, il réclame pitié pour lui. Ne serait-il pas plus simple de faire un
effort pour moins rechercher à écraser l'autre ? Chacun y trouverait son
compte.
LA VIOLENCE
Un jour une femme omnivore qui avait fait un reportage dans un abattoir a
refusé de me prêter les photos qu'elle avait réalisées car, d'après elle,
exposer ces photos aux non-végétariens était une violence trop forte envers
eux. Il ne faudrait donc pas parler de la réalité qui se cache dans les
abattoirs car cela rendrait la digestion moins agréable. La terreur et l'abattage
en masse subis par les animaux n'étaient pas par contre, pour elle, une
violence bien pire que la vue de cette réalité. Voir l'horreur sur des
photos serait-il plus douloureux que d'être les victimes sur les photos ?
Vouloir cacher ce spectacle est la meilleure preuve que cette pratique est
ignoble.
LES REACTIONS QUE NOUS RENCONTRONS
- " Si on arrêtait de tuer les animaux, nous serions envahis par leur nombre
et cela entraînerait la mort des écosystèmes " : Les seuls animaux qui se
reproduisent, d'eux-mêmes, en nombre dépassant leurs ressources sont les
humains. Dans la nature, les animaux sauvages obéissent à des mécanismes de
contrôle qui s'adaptent aux fluctuations des ressources. De plus, on peut
très bien imaginer contrôler leur nombre en utilisant des contraceptifs,
comme cela est fait pour contrôler les populations de pigeons (et d'humains.).
On nous parle aussi des écosystèmes, non en pensant aux animaux sauvages qui
ne seraient plus chassés, mais aux animaux d'élevage qui cesseraient
subitement d'être mangés et qui " retrouveraient " leur liberté. Que cela se
fasse très rapidement, ce n'est pas la peine d'y songer. Les humains n'arrêteront
jamais tous " du jour au lendemain " de manger de la viande, alors la masse
des animaux d'élevage, s'ajustera aux besoins du marché petit à petit. Si le
nombre de consommateurs de viande, d'oeufs et de lait diminue, le nombre d'animaux
mis au monde et maintenus en vie dans les élevages diminuera
proportionnellement.
De plus, les écosystèmes ne " mourraient " pas, ou en d'autres termes, ne
disparaîtraient pas, mais se transformeraient comme ils l'ont toujours fait,
et c'est d'ailleurs parce qu'ils ont été au préalable saccagés que l'" on "
pense maintenant " devoir " les réguler. De toute façon, les élevages,
industriels ou non, ont déjà des retombées sur l'environnement, de même que
toutes les autres industries.
D'autre part, et ce n'est pas un hasard, nos interlocuteurs réagissent
souvent en employant le pronom indéfini " on ", alors que nous nous
adressons, généralement, à quelqu'un de bien déterminé. Répondre " on ", est
déplacer et esquiver le problème posé initialement ; c'est substituer "
innocemment " une responsabilité collective indéfinie à une responsabilité
(au sens de causalité, et non de culpabilité) individuelle bien définie,
elle. Trop, sans doute, pour ceux qui préfèrent alors " on " à " je " . L'expression
" Ce n'est pas moi, c'est nous ! " a servi à justifier beaucoup d'atrocités
à travers l'histoire, et même, a souvent rendu leurs réalisations possible !
- " Les animaux se mangent entre eux, c'est là une loi naturelle ; et l'humain
n'échappe pas à cette loi " : Ceci est faux, une " loi " impliquerait une
conséquence obligatoire, comme une " loi " mathématique ou physique, par
exemple : 1 + 1 = 2, ce qui est irréfutable. Or, dans notre cas, l'humain
peut très bien vivre en étant végétalien. L'humain n'est pas le moins du
monde " obligé par une loi " à tuer des animaux pour se nourrir. S'il le
fait, c'est uniquement pour des raisons culturelles.
De plus, tous les animaux ne mangent pas de la viande, les animaux les plus
puissants et les plus résistants, l'éléphant, le taureau, le gorille, le
rhinocéros, l'hippopotame, sont des animaux végétaliens. Les animaux
exclusivement carnivores (moins nombreux qu'on ne le prétend) n'ont guère le
choix, quant aux omnivores (comme l'ours), ils consacrent la plus large part
de leur alimentation aux végétaux.
En tant qu'êtres humains, nous sommes fiers de notre capacité à choisir. A
nous de nous montrer dignes en rejetant une nourriture qui n'est pas la
nôtre, en optant pour une alimentation adaptée à nos besoins, respectueuse
de notre développement physique et psychique ainsi que de l'économie, de l'environnement
et de la souffrance que provoque aux animaux la consommation de viande.
Et d'ailleurs, aucune pseudo loi ne rend moralement acceptable un acte
cruel.
- " Les animaux ne souffrent pas de leur incarcération, car ils n'ont jamais
connu autre chose " : Les animaux d'élevage intensif (et ils le sont à 90%)
ne s'habituent jamais à leurs conditions de vie. Leur souffrance s'exprime
clairement par les nombreuses maladies qui les déciment. Leur survie jusqu'à
l'abattage n'est d'ailleurs possible qu'avec l'admission massive d'antibiotiques
et de tranquillisants. Salmonellose, listériose, brucellose, maladie de la
vache folle (transmissible à l'humain), " sida " bovin, peste porcine, peste
des volailles, tremblante du mouton, etc., longue est la liste des
conséquences de la surpopulation, de l'enfermement, de l'alimentation
volontairement carencée (veaux), de la contention (truies), des
modifications génétiques (poulets " de chair " et dindes) et de toutes ces
conditions de vie violentes que constituent l'élevage intensif. Il est,
pourtant, sans doute partiellement vrai que sans connaître quelque chose de
meilleur, nous ne sommes pas frustrés : incapables que nous sommes, souvent,
d'imaginer autre chose que ce que nous vivons, ne subissons-nous pas,
nous-mêmes, très facilement, résignés, une somme considérable de contraintes
? Mais cela ne nous empêche pas de ressentir, quand même, des souffrances
que nous n'arrivons pas à nier, banaliser. Sans compter les souffrances "
corporelles " qu'on ressent toujours (être à l'étroit, avoir trop froid,
être égorgé.). De plus, il est vraisemblable que les animaux ne peuvent pas
" jouer " comme nous avec la souffrance, l'escamoter selon leur bon vouloir.
- " Les animaux de boucherie sont faits pour ça " : Cela exprime l'opinion
obscène qu'ils ont été conçus, qu'ils existent, spécialement pour ce destin,
et qu'ils ne peuvent donc pas décemment souhaiter autre chose. Evidemment,
ceux qui prétendent ceci, sont ceux qui profitent du massacre des animaux.
Ce sont comme des racistes qui affirment que des races étaient faites pour
être assujetties à d'autres. Ceux qui sont en position de force cherchent
toujours à légitimer l'oppression qu'ils font subir aux autres. Que
diraient-ils si on tenait les mêmes propos sur eux ? On pourrait très bien
trouver une religion, un dieu ou une théorie qui légitimerait leur
soumission. Chaque être est fait pour vivre sa propre vie et non pour servir
de chair à souffrance à d'autres.
- " La législation assure aussi la protection des animaux de consommation "
: En France, les lois censées protéger les animaux familiers, chiens et
chats, sont déjà systématiquement bafouées. En ce qui concerne les animaux
dits de boucherie, ces lois sont très flexibles. Les animaux d'élevage sont
parqués, à l'abri des regards, et toutes enquêtes sur leurs conditions de
vie (et de mort) sont systématiquement découragées par l'industrie de l'élevage.
La surveillance sanitaire n'est même pas assurée : en témoignent les
enquêtes qui se suivent dans les médias sur le " trafic " de la viande. Pour
les élevages de poissons, la législation est inexistante et l'importante
pollution qui en résulte est passée sous silence.
- " Les éleveurs prennent soin de leurs animaux puisque leurs profits en
dépendent " : Le profit (sans cesse plus faible) des éleveurs provient
surtout des subventions. Leur marge de profit dépend en grande partie de la
productivité des animaux par Euros investis en locaux, équipement et main d'oeuvre.
En conséquence, c'est par l'entassement que les industriels de l'élevage
peuvent s'adjuger un meilleur profit. La productivité par animal doit sans
cesse augmenter : il y a cent ans une vache donnait en moyenne 650 litres de
lait par an, maintenant, elle en donne dix fois plus ; les truies sont
forcées génétiquement pour donner naissance à 15, voire 20 porcelets, les os
des pattes des poulets de " chair " se fracturent sous leur poids (le poids
moyen des poulets a doublé en 25 ans), les poules pondeuses sont " usées "
en moins d'un an, etc..
Lorsqu'il devient trop important pour permettre un bénéfice, le taux de
mortalité peut, seul, inverser cette situation. Même la mortalité précoce
des poulets, par exemple, devient source de bénéfices puisqu'on sait que l'industrie
recycle les os (aliments pour chiens, chats,. et bébés !), les plumes
(médicaments, shampoings) et même les excréments qui peuvent être incorporés
dans l'alimentation du bétail et des volailles.
- " Je ne mange pas d'animaux d'élevage en batterie ou n'ayant pas été tués
" humainement " " : Alors vous êtes. végétarien ! En effet, plus de 90% des
animaux dits de consommation proviennent d'élevages industriels. " Tuer " et
" humainement " sont des mots incompatibles. Savez-vous que dans les
abattoirs, même les employés connaissent des conditions de travail
particulièrement pénibles et un taux d'accidents très élevé (membres broyés
dans " l'éplucheuse " ou le " cutter ", brûlures dues aux fuites d'azote,
etc.). Salaires de misère, journées longues et dures, épuisement physique
(bruit des machines, cris des animaux, puanteur du sang et des carcasses),
épuisement psychique (voir autant d'atrocité), avec pour conséquence l'alcoolisme.
- " J'en fais assez pour la défense des animaux sans avoir à devenir
végétarien " : Le nombre d'animaux à sang chaud maltraités et abattus pour
la consommation est environ 30 fois celui tués pour l'industrie de la chasse
et celle de la fourrure, 500 fois celui des animaux tués dans les abattoirs
de la vivisection, 500 fois celui des animaux de compagnie tués dans les
fourrières. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que la vivisection travaille
pour / avec l'élevage, dans le domaine de la génétique, par exemple, et qu'un
végétarien n'est jamais chasseur, porte rarement de la fourrure et ne s'affiche
pas aux corridas.
- " Des êtres meurent chaque seconde sur la planète, alors pourquoi se
préoccuper de la mort des animaux ? " : La vie est effectivement étroitement
liée à la mort, elle n'est qu'un court passage. Seulement, il y a une
différence entre être directement responsable d'une mort inutile et le fait
que toutes vies se finissent un jour. A ce moment pourquoi ne tuer que les
animaux et pourquoi vous-même continuez-vous à exister ? Pourquoi refuser
aux animaux ce que vous vous attribuez à vous-même ?
- " Les plantes aussi sont vivantes, vous y pensez aux plantes ? Elles
souffrent, elles aussi ! " : C'est vrai que les plantes sont vivantes et c'est
pourquoi toute personne sensible à la " souffrance " des plantes se doit d'être
végétalienne : elle ne consommerait qu'une quantité de végétaux infime si on
la compare à celle qu'exige la production de viande, de lait et d'oeuf.
Certains disent que les plantes souffrent car elles réagissent lorsqu'on les
coupe, elles émettraient des ondes (non vérifié) et réagissent aux
conditions de leur environnement, alors d'après eux, cela serait pareil de
tuer une plante ou un animal : il est reconnu par les chercheurs
scientifiques que la souffrance n'existe que grâce à un système nerveux pour
transmettre les informations et un cerveau pour les analyser. Il semble
logique de dire que sans cerveau, la conscience et la souffrance n'existent
pas, d'ailleurs cette version est reconnue par l'ensemble des médecins car
ils considèrent qu'un humain est mort lorsque son cerveau ne montre plus d'activité,
même si son corps est maintenu artificiellement en fonctionnement. Ils
prélèvent, même, des organes sur ces humains pour des transplantations. On
prend aussi soin d'essayer d'assommer les animaux avant de les tuer pour
leur éviter des souffrances.
Dire que les plantes souffrent revient à affirmer la possibilité d'une
conscience sans cerveau. Les humains qui avancent cela n'imaginent pas ce
que cela remet en cause, d'autant plus qu'ils affirment cela par le seul
fait que les plantes réagissent à leur environnement (les expériences d'émissions
de signal par les plantes n'ont pas été vérifiées). Dans le même style, on
pourrait dire qu'une bilame (tige de métal constituée de deux plaques d'alliages
différents) souffre puisque lorsqu'on la chauffe, elle se tord de "
douleur ", on pourrait aussi dire qu'un robot, conçu pour réagir aux
conditions de son milieu, souffre. On peut dire que les plantes sont
vivantes mais pas du métal ou un robot : le problème n'est pas uniquement le
fait d'être vivant, mais le fait de pouvoir ressentir quelque chose. Un
atome est-il vivant ? Nous vous laissons réfléchir à la notion de "
vivant ".
Certains diront qu'ils savent par intuition que les plantes sont conscientes
: c'est toujours facile de l'affirmer, en s'expliquant juste par " l'intuition
". On peut dire ce qu'on veut, l'intuition c'est d'ailleurs ceci : dire ce
qui nous arrange, sans rien justifier. Alors que nous, il faut qu'on
justifie tout. Même en supposant que les plantes soient conscientes, cela
serait encore un argument de plus pour être végétalien, vu ce que la
consommation de viande détruit comme plantes, par un gaspillage
catastrophique : il faut des quantités énormes de végétaux pour nourrir les
animaux qui seront tués, et dans cette transformation de végétaux en viande,
les pertes en énergie et protéines sont très importantes. En consommant
directement des végétaux, on détruit moins de plantes. On peut aussi dire
que le problème ne se pose que pour certains légumes et les graines germées
car les céréales, légumineuses, oléagineux sont ramassés une fois séchés, et
les fruits ne demandent pas de tuer les arbres.
Mais d'ailleurs, que faites-vous pour améliorer le sort des plantes ? Car,
enfin, il est toujours amusant de voir sortir des arguments de ce type de la
bouche de personnes qui ne sont mêmes pas capables de commencer à éviter les
souffrances les plus flagrantes des animaux, en devenant végétariens ou
végétaliens. Ont-ils seulement tué de leur main un animal en le regardant
dans les yeux et coupé une fleur en la regardant ? Ont-ils seulement visité
un abattoir et une serre à légumes avant de dire que tuer un animal est
pareil que tuer une plante ? Et là, il n'y a pas besoin d'intuition pour
voir que les animaux souffrent. Comment osent-ils comparer ces deux actes ?
Comme osent-ils être d'aussi mauvaise foi ? Ils ne cherchent qu'à excuser
leur attitude, ni plus, ni moins. Si déjà, une majorité d'humains étaient
végétaliens, on pourrait réfléchir à ces questions. Etre végétalien n'est
déjà pas si facile, justement, à cause de ces personnes qui nous reprochent
de ne pas aller assez loin sans mettre en pratique ce qu'ils nous demandent
d'appliquer. Alors que d'un autre coté, ce seront les mêmes qui nous
traiterons d'extrémistes seulement car nous sommes végétaliens. Etre
démagogique est très facile, pour notre part, nous nous contentons de
demander aux autres de faire comme nous, pas plus.
- " Et les chaussures ? " : D'un point de vue écologique, l'industrie du
cuir est très contestable. Bien que le cuir soit lui-même biodégradable, les
procédés de tannage et de teinture des peaux entraînent des pollutions
considérables. Par exemple, le cuir importé du Brésil est tout autant
responsable de la déforestation que l'industrie de la viande. Représentant
jusqu'à 25% du produit financier de l'abattage, le cuir peut devenir une
incitation à l'abattage. En outre, l'industrie du cuir, largement installée
dans les pays non-industrialisés fait appel à la main-d'oeuvre enfantine.
Etre conséquent, c'est éviter le cuir, produit tiré de l'empire Boucherie.
- " Chez nous, l'élevage est une tradition " : L'élevage industriel ne peut
être une tradition chez nous, ni ailleurs. Le niveau actuel de consommation
de viande et de produits animaux est une " tradition " qui ne date que des
années 1950 ainsi que le montre la progression des maladies
cardio-vasculaires et des cancers des voies digestives depuis cette époque.
De toute façon, même si l'élevage non-industriel améliore probablement la
vie des animaux, il n'en reste pas moins que le sort qui leur est réservé
est le même : l'égorgement dès qu'ils ne sont plus rentables ou trop vieux.
Une tradition ne justifie rien du tout. L'important n'est ni de perpétuer
une chose, ni de la conserver mais de considérer l'intérêt des êtres
eux-mêmes.
- " Vous êtes des citadins ignorants des réalités de la campagne " : C'est
bien parce que nous sommes au courant (comme chacun peut l'être) que nous
dénonçons les élevages. Tout élevage signifie l'exploitation, voire la
torture et dans tous les cas la mort des animaux.
- " Vous vous attaquez aux exploitants agricoles en pleine période de
crise " : Au contraire, nous soutenons, par notre mode de consommation, les
agriculteurs qui servent l'humanité, respectent les animaux et la terre :
producteurs de céréales, d'oléagineux, de légumes, de fruits ; ainsi que
tous les artisans transformateurs en fruits secs, tofu, huile, pour donner
quelques exemples.
- " L'élevage participe à la préservation de nos ressources naturelles " :
Au contraire. On nous cache par tous les moyens le lien étroit entre la
production de viande et la destruction massive des forêts, la pollution des
eaux et de la terre, les inondations, autant que la sécheresse, l'épuisement
des ressources de la mer, l'effet de serre. Le bétail fabrique plus de
méthane que l'industrie : une étude du Ministère de l'Energie Américain a
déterminé que le bétail (principalement les 2,5 milliards de bovins de notre
planète) éructe ou rejette dans l'atmosphère 75 millions de m3 de méthane
par an, produit par la fermentation des déjections ou durant la digestion.
Ne pas manger de viande contribue à réduire la misère de l'humanité et à la
conservation de l'environnement, en prélevant une moindre part des
ressources du monde. Cela soulage aussi la misère animale en boycottant l'élevage
et l'abattoir. Le bétail ne produit pas de la nourriture : il la gaspille.
Il faut à un bovin 30 kg de nourriture pour fournir 1 kg de viande. Cette
nourriture est composée de précieuses protéines végétales (céréales et
légumineuses), voire animales (farines de viande et de poisson). L'accroissement
vertigineux de la consommation de viande et de produits laitiers, a comme
conséquences inéluctables la généralisation de l'élevage industriel, un
gaspillage d'énergie incroyable et une pollution exponentielle.
Au moins 50% des terres agricoles en France sont utilisées pour nourrir les
élevages. Il ne s'agit donc pas seulement de consommer ce que nous donnons
au bétail, mais d'utiliser nos sols pour nourrir l'humanité tout en polluant
le moins possible. Un demi-hectare de terre peut produire assez de soja pour
nourrir 61 personnes, assez de blé pour nourrir 10 personnes et du bétail
pour nourrir (mal) 2 personnes.
L'industrie de l'élevage produit moins de protéines qu'elle n'en utilise.
Pourtant l'industrie alimentaire et les gouvernements qui la soutiennent,
persistent à promouvoir aveuglément leur économie de famine et de souffrance
dans les pays développés ; pire encore, le modèle obsessionnel de nourriture
occidental envahit le Tiers-Monde, aggravant les inégalités sociales entre
la minorité qui adopte ce modèle et l'immense masse des affamés. Venir à
bout de la famine, c'est d'abord en comprendre les causes.
- " Renoncer à la viande causerait un chômage massif " : Quels emplois
disparaîtraient ? Pareur (qui dénerve la viande), désosseur, tâcheron
boucher, tueur d'abattoir, ou, masturbateur de dindons, castreur de porcs,
sexeur de poussins, équarrisseur, chercheur en contention de porc à l'INRA.
épandeur de pesticides et de lisier ?
Je ne suis guère plus sensible à cet aspect du problème qu'au chômage des
fabricants d'armes ou de centrales nucléaires. Toujours cette disproportion
effroyable entre les intérêts des uns et des autres. Les animaux ne comptent
pas dans ce calcul. De toute façon, des exemples de reconversion d'industrie
existent (métallurgie, agriculture, etc.), elles ont produit, certes, du
chômage à une période, mais l'activité humaine évolue et de nouvelles
activités sont apparues. On peut dire que l'apparition de l'âge du fer a mis
au chômage les tailleurs de silex dans le passé. Ne faut-il rien changer ?
Il est possible, socialement, d'organiser une répartition équitable du
travail et des richesses, pour que les évolutions soient profitables à tous.
- " Les végétariens doivent faire attention à ce qu'ils mangent " : Ils le
font, c'est pour cela qu'ils ont définitivement exclu la viande et même les
sous-produits animaux de leur alimentation. Les seules personnes que le
végétarisme inquiète sont les industriels de la viande, de la pharmacie et
les médecins à leur solde, qui profitent de la maladie et de la mort (des
humains et des animaux).
- " Il faut une alimentation équilibrée " : Un végétarien absorbe
quotidiennement une nourriture variée : céréales et légumineuses, légumes
frais et fruits de qualité, afin d'assurer un bon équilibre en glucides
(hydrate de carbone), protéines, lipides, vitamines et sels minéraux. La
viande, bien au contraire, déséquilibre l'alimentation par un excès de
graisses saturées et de cholestérol, entrave la digestion par son manque de
fibres et de vitamines et encrasse l'organisme par l'urée. A ceci s'ajoutent
les résidus de l'élevage industriel : métaux lourds, pesticides, hormones,
antibiotiques et divers médicaments, tous lourds de conséquences pour la
santé des animaux et de ceux qui les consomment.
- " L'organisme humain est adapté à l'assimilation de la viande " : Pas du
tout. Contrairement aux carnivores, nous avons une petite bouche, une
denture faite pour mastiquer et non déchirer : incisives bien développées,
molaires émoussées, une salive neutre, un estomac volumineux, un intestin
long (10 mètres), un colon à replis. Toutes caractéristiques impropres à une
alimentation carnée. Les plus célèbres naturalistes ont donné un message
très clair qui montre que la physionomie de l'humain n'est pas adaptée à la
consommation de viande :
John Ray (1628-1704) était appelé le père de l'Histoire Naturelle anglaise
et une association qui porte son nom a été fondée en son honneur : " The Ray
Society ". D'après John Ray : " Il n'y a pas de doute que l'humain n'est pas
conçu pour être un animal carnivore ". Et il déclare aussi : " Tout ce dont
nous avons besoin pour nous nourrir, nous restaurer, et nous régaler, est
abondamment pourvu dans le magasin inépuisable de la nature. Quelle vision
agréable, plaisante et innocente qu'une table frugale servie, et quelle
différence avec un repas composé de viande animale fumante et tuée. En
aucune façon, l'humain n'a la constitution d'un carnivore. Chasse et
voracité ne lui sont pas naturelles. L'humain n'a ni des dents acérées ni
des griffes pour tuer sa proie. Au contraire, ses mains sont faites pour
cueillir des fruits, des baies et des légumes, et ses dents sont appropriées
pour les mâcher. En résumé, nos vergers offrent tous les délices
imaginables, tandis que les abattoirs et les boucheries sont pleins de sang
coagulé et d'une abominable puanteur. ".
Georges Cuvier (1769-1832) naturaliste français, anatomiste et géologue : Il
fut professeur au Muséum National d'Histoire Naturelle, secrétaire de l'Académie
des Sciences et Chancelier de l'Université. Il créa la théorie de l'Anatomie
Comparée et la Paléontologie. Grâce à ses études nous avons pu reconstituer
les squelettes d'espèces qui avaient disparu. Cuvier reçut les distinctions
et titres de Baron et Grand Officier de la Légion d'Honneur, et fut honoré
par Napoléon 1er, Louis XVIII, et Louis-Philippe. Cuvier affirma dans son
ouvrage Leçon d'Anatomie Comparée, que : " L'anatomie comparée nous enseigne
qu'en toute chose, l'humain ressemble aux animaux frugivores, et en rien aux
carnivores. Ce n'est qu'en déguisant la chair morte rendue plus tendre par
des préparatifs culinaires, qu'elle est susceptible d'être mastiquée et
digérée par l'humain chez qui, de la sorte, la vue des viandes crues et
saignantes, n'excite pas l'horreur et le dégoût. ". Regardons quelques
constatations faites par Cuvier : " La nourriture naturelle de l'humain, au
regard de sa structure, devrait consister en fruits, racines et légumes. ".
" L'humain apparaît organisé pour se nourrir de fruits, racines, et des
parties succulentes des légumes. Ses mâchoires courtes, de force moyenne,
ses canines de même longueur que ses autres dents, et ses molaires
tubéreuses ne lui permettent pas de mâcher de l'herbe ou de dévorer de la
viande sans préparer ces nourritures en les cuisant. Ses organes sont formés
en accord avec la disposition de ses dents. Son estomac est simple et son
conduit intestinal est de longueur moyenne et très bien ancré à son gros
intestin. ".
Alexander Von Humbold (1769-1859), naturaliste allemand, explorateur et
géographe, effectua des études sur le magnétisme et soutint la théorie de l'origine
éruptive des roches. Il est considéré comme le fondateur de la climatologie
et de la biogéographie de la planète et des océans. Il écrivit un ouvrage de
trente volumes sous le titre " Cosmos et Voyages dans les régions
équinoxiales du Nouveau-Monde. ". Humbold statua ceci : " Se nourrir des
animaux n'est pas loin de l'anthropophagie et du cannibalisme. La même
quantité de terre utilisée pour paître et nourrir du bétail pour produire de
la viande pour alimenter un humain, pourrait nourrir dix personnes avec des
végétaux ; si de plus, nous la cultivions avec des lentilles, haricots en
grains ou petits pois, cela pourrait nourrir une centaine de personnes. Le
Bassin de l'Orénoque peut produire suffisamment de bananes pour nourrir l'humanité
entière confortablement ".
Richard Owen (1804-1892) un naturaliste anglais qui étudia avec Cuvier,
catalogua la collection de chasse du British Muséum et organisa le Muséum d'Histoire
Naturelle du Sud Kensington. Il étudia l'anatomie et la physiologie
comparée. Il écrivit " Cours d'Anatomie Comparée ", " Paléontologie et
Physiologie des Vertébrés ". Il dit : " Les anthropoïdes et tous les
quadrumanes dérivent leur alimentation des fruits, graines et autres
succulentes substances végétales et la stricte analogie entre la structure
de ces animaux et celle de l'humain démontre clairement leur frugivorisme
naturel. ". " Les singes dont la dentition est à peu près égale à celle de l'humain
vivent principalement de fruits, noix et d'autres variétés similaires de
textures savoureuses et de valeur nutritive élaborée par le règne végétal.
La profonde similitude entre la dentition des quadrumanes et celles des
humains démontre que l'humain était à son origine adapté à manger les fruits
des arbres. ".
Bien sûr, le plus célèbre de tous les naturalistes anglais fut d'accord avec
les autres naturalistes. Charles Darwin (1800-1882), à l'âge de 22 ans,
débuta un voyage à travers le monde qui dura 5 ans. Pendant ce voyage,
Darwin collecta du matériel qui servit à publier son plus célèbre livre en
1859 : " De l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle ".
Darwin fut membre de la Royal Society de Londres et, après sa mort, fut
enterré à l'Abbaye de Westminster avec d'importants honneurs funéraires et
la présence diplomatique de grandes nations. Darwin écrivit : " La
classification des formes, des fonctions organiques et des régimes a montré
d'une façon évidente que la nourriture normale de l'humain est végétale
comme celle des anthropoïdes et des singes, que nos canines sont moins
développées que les leurs, et que nous ne sommes pas destinés à entrer en
compétition avec les bêtes sauvages ou les animaux carnivores. ". Dans son
livre " l'Origine de l'Humain ", il nous dit : " Bien que nous ne sachions
rien avec certitude quant à l'époque ou l'endroit où l'humain vit se réduire
l'épaisse couche de poils qui le recouvrait, nous pouvons dire avec une
faible probabilité d'erreur qu'il a vécu dans une contrée chaude où les
conditions étaient favorables au frugivorisme ce qui, compte tenu des
analogies, doit avoir été la façon dont l'humain vivait. ". Et il rajoute
dans " De l'Origine des Espèces au moyen de la Sélection Naturelle " : "
Nous avons vu que les sens et les intuitions, les différentes émotions et
facultés, comme l'amour et la mémoire, l'attention et la curiosité, l'imitation,
la raison, etc., dont l'humain se vante, peuvent être trouvées à l'état
naissant, ou même pleinement développées chez les animaux inférieurs. Les
animaux, dont nous avons fait nos esclaves, que nous ne voulons pas
considérer comme nos égaux ".
Thomas Henry Huxley (1825-1895), docteur et anthropologue anglais, soutint
les théories de Darwin et devint le Président de la Royal Society. Parmi d'autres
livres, il écrivit " Evidences Zoologiques ", " La Place de l'Humain dans la
Nature " et " l'Anatomie Comparée ". Regardons quelques déclarations d'Huxley
: " L'humain vint avant la hache et le feu, il ne pouvait donc pas être
omnivore ". " La longueur de l'appareil digestif de l'humain est de 5-8
mètres et la distance entre la bouche et le coccyx est de 50 à 80
centimètres, ce qui nous donne un rapport de 10 comme pour les autres
animaux frugivores, et non pas de 3 comme les carnivores ou de 20 comme les
animaux herbivores. ". " Le seul animal qui existe ayant une morphologie
omnivore est l'ours, qui a quelques dents pointues et les autres plates. ".
Sir Arthur Keith (1866-1955) célèbre anatomiste et anthropologue anglais,
découvrit, avec Martin Flack, le noeud sinoauriculaire, où les contractions
cardiaques ont leur origine. Il fût recteur de l'Université d'Aberdeen et
écrivit : " Instructions pour l'Etude des Singes Anthropoïdes ", " Anciens
Types d'Humains " et " Essais sur l'Evolution des Humains ". Cet
anthropologue nous dit : " Les chimpanzés et les gorilles ont les mêmes
mécanismes digestifs que l'humain. C'est la preuve de l'Anatomie Comparée en
faveur d'un régime de crudité qui permet à la fermentation de produire
plusieurs selles quotidiennes, molles et sans putréfaction. ".
Nous pourrions arguer contre le végétarisme que les images de l'humain
préhistorique sur les roches des cavernes le montrent comme un chasseur.
Cependant, cela ne veut pas dire que la viande est la meilleure nourriture
pour l'humain. Nous devons prendre en compte que l'anthropologue Alan
Walker, de l'Université John Hopkins, en étudiant les empreintes de dents
fossilisées, trouva un assortiment d'aliments et affirma que nos premiers
ancêtres ne vécurent pas principalement de viande, de graines, de bourgeons,
de feuilles, ou d'herbe, pas plus qu'ils ne furent omnivores, mais il semble
qu'ils subsistèrent essentiellement d'un régime de fruits. Il n'a pas été
trouvé d'exceptions. Chaque dent fût examinée, et celles provenant des
hominidés d'il y a 12 millions d'années, ancêtres directs de l'Homo Erectus,
prouvèrent qu'ils étaient des mangeurs de fruits.
- " On a toujours mangé de la viande " : Faux. La consommation moderne de
viande et de sous-produits animaux est un phénomène sans précédent dans l'histoire
de l'humanité. En France, la consommation de viande a progressé de 500% en
un siècle. Obésité, goutte et rhumatismes, maladies du coeur, diabète,
ostéoporose ainsi que la plupart des cancers, maladies autrefois réservées à
la minorité la plus riche, frappent aujourd'hui " démocratiquement " tous
les consommateurs de produits animaux. De plus, l'ancêtre de l'humain était
végétarien. Dans tous les cas, l'argument consistant à dire " on a toujours
fait ainsi " ne justifie pas qu'il ne soit pas possible de faire autrement
et que la pratique soit moralement acceptable.
- " Les populations qui manquent de viande souffrent de malnutrition " : Les
personnes qui souffrent de malnutrition dans les pays non-industrialisés
sont privées des protéines et des glucides qu'ils sont contraints de
cultiver et d'exporter pour nourrir le bétail occidental. Par exemple, en
Thaïlande, le manioc, qui constitue la principale ressource du pays, est
exporté à 90%. En conséquence, les disponibilités locales en fécule et en
protéines régressent alors que 50 000 enfants (pour une population de 5,1
millions d'habitants) meurent chaque année principalement de malnutrition.
Parallèlement, les pays qui ont la plus forte consommation de viande (et de
sucre) par habitant (USA, Canada, France) sont également ceux qui ont le
plus de maladies et d'accidents cardiovasculaires, cancers et autres
maladies chroniques, dégénératives ou létales. Alors que les végétariens de
ces mêmes pays ont deux à trois fois moins de risques de contracter l'une de
ces maladies que le reste de la population : réduction de 50% de la
mortalité cardiovasculaire et de 40% des cancers.
- " Le végétarisme, d'accord pour les adultes, mais les enfants ? " : Comme
les adultes, les enfants ont besoins de protéines, de calcium et autres
minéraux. Pour leur croissance, ils ont aussi besoin d'une ration importante
de glucides, source d'énergie, et de vitamines, d'oligo-éléments et d'enzymes
pour coordonner le tout. Même si la viande contient des protéines et du fer
(bien moins que beaucoup de végétaux), cela ne signifie pas qu'ils soient
assimilables et / ou bénéfiques. Nous assimilons par contre les graisses
nocives des viandes. A sa période de croissance maximale, durant les
premiers mois, un bébé trouve une ration de protéines suffisante dans le
lait maternel qui n'en contient que 5% : moins que la plupart des végétaux
et bien moins que tous les oléagineux. Pauvre en magnésium, la viande
contribue, par ailleurs, à la décalcification. La majorité (70%) des enfants
français ont des caries dès la première dentition.
- " Mais où trouver les protéines ? " : Dans les pays industrialisés, nous
sommes, en fait, victime d'une sur-consommation de protéines à cause d'une
propagande lancinante qui nous assène à longueur de temps que nous "
manquons " de protéines. Même en s'abstenant de consommer des produits d'origine
animale, si nous nous nourrissons de céréales complètes, de légumineuses, et
d'oléagineux (noix, amandes,.) et autres végétaux, notre consommation de
protéines demeure supérieure à celle recommandée par l'O.M.S. et diverses
organisations mondiales de la santé. De plus, les végétariens évitent les
graisses saturées et le cholestérol lourd contenus dans la viande et les
autres produits d'origine animale qui surchargent le système digestif, le
foie et les reins en encrassant l'organisme.
- " Les protéines végétales ne sont-elles pas de qualité inférieure ? " :
Toutes les protéines sont de même qualité. Sur la base d'expériences
pseudo-scientifiques, car effectuées sur l'animal non-humain, on a longtemps
voulu nous faire croire qu'il fallait absolument absorber les 14 acides
aminés dont se compose notre corps. Nous savons maintenant qu'il n'en est
rien : notre organisme recompose les acides aminés dont il a besoin à partir
de toutes les protéines ingérées. Seule la surcharge lui est néfaste : elle
est, par exemple, cause de décalcification (l'ostéoporose est une maladie
inconnue en Afrique).
- " Mais les légumes contiennent autant de substances nocives que la viande
? " : Faux. Aucun fruit, légume ou céréale ne contient de cholestérol lourd
ou de graisses saturées. Quant aux divers résidus de l'élevage industriel
moderne, pesticides, antibiotiques, hormone de synthèse, etc., ils s'accumulent
dans la viande, d'où on ne peut les éliminer. Alors qu'en lavant simplement
les végétaux, on se débarrasse de certains des additifs toxiques. De plus,
rien ne vous empêche de consommer des fruits, légumes et céréales provenant
de l'agriculture non-industrielle pour éviter ces suppléments empoisonnés.
Les produits de l'agriculture biologique sont, en outre, plus riches en
vitamines, enzymes et sels minéraux.
- " Vous buvez du lait et mangez des produits laitiers, quand même ? " :
Certains le font, mais il est préférable de l'éviter. Le lait de vache (ou d'autres
mammifères) et tous ses dérivés, beurre, crème, yaourts, fromages, glaces,
etc., apportent trop de protéines et de minéraux, tout en étant carencés en
lipides vraiment utiles à l'organisme humain. Le lait est impliqué dans des
maladies les plus graves et les plus répandues : cancer du sein, tumeur de l'intestin,
rhumatismes, polyarthrite. Les protéines du lait sont à l'origine de
maladies allergiques réputées incurables comme l'asthme, ou l'eczéma, ainsi
que les rhinites à répétition et toutes les infections de la sphère O.R.L..
Les sucres du lait sont responsables de multiples disfonctionnements
digestifs. Les graisses provoquent diverses maladies cardiovasculaires par
encrassement artériel : infarctus de myocarde et accidents vasculaires
cérébraux en particulier. Et combien de peaux grasses et boutonneuses (et de
dermatologues) peuvent bénir l'industrie du lait.
- " Il faut pourtant du lait pour les bébés " : Pour un bébé, rien ne
remplace le lait de sa mère. Le lait de vache est très différent du lait de
femme. Par sa teneur en graisses et en sodium, il constitue un facteur d'hypertension
précoce, induit le diabète précoce (qu'on prétend héréditaire) et provoque
des carences en fer. On se souvient aussi de la campagne contre Nestlé " le
tueur de bébés " qui, en imposant les laits " maternisés " auprès des
populations mal informées des pays non-industrialisés, a fait mourir des
millions de nourrissons littéralement vidés par des diarrhées à répétition,
comme l'a dénoncé l'O.M.S..
- " Et le calcium alors ? " : Le mythe du calcium. Si vous avez déjà la
sagesse d'éliminer la viande, car l'excès de graisses et de protéines est
défavorable à l'assimilation du calcium, vous n'aurez pas de difficultés à
assurer votre apport calcique quotidien avec tous les légumes verts, choux
et brocolis, par exemple, les fruits secs, figues surtout, les graines
oléagineuses, notamment, sésame, amandes, ainsi que les algues, spiruline,
par exemple ; soja sous forme de " tofu " ou autres. Dans les végétaux, le
calcium est associé à d'autres minéraux qui en favorisent l'assimilation, ce
qui n'est pas le cas des produits laitiers. Il est essentiel pour le corps
que le pH du sang reste neutre. Ainsi, si un régime contient trop d'éléments
acidifiants (viande, poisson, produits laitiers, oeufs, sucre et farine
raffinée), l'organisme retire le calcium des os et s'en sert comme d'un
minéral alcalin pour équilibrer le pH sanguin.
L'observation du règne animal, et des mammifères végétaliens en particulier,
devrait nous faire réfléchir : ces animaux ont un squelette solide et une
force musculaire supérieure à la nôtre et pour certains, supérieure même aux
autres espèces, citons l'éléphant, le gorille, le rhinocéros ou l'hippopotame.
Ils arrivent fort bien à former et entretenir leurs os, en mangeant de l'herbe,
des fruits ou des feuilles, et jamais de lait d'une autre espèce à l'âge
adulte. L'humain est probablement la seule espèce à boire du lait toute sa
vie.
Actuellement, des instituts de recherche financés par l'industrie laitière
lancent plusieurs études pour valider la consommation de produits laitiers.
Ces études sont effectuées, sur des sujets à l'alimentation carencée au
départ, et tiennent compte, pour leurs résultats, de paramètres ponctuels,
qui ne reflètent pas la qualité de la fixation osseuse.
- " Il n'est pas nécessaire de tuer un animal pour avoir du lait " : Pas de
lait sans veau. Pour produire aujourd'hui ses 4000 à 6000 litres de lait
annuel, la vache est en lactation 10 mois par an, met bas tous les 9 mois
pour être inséminée artificiellement 3 mois après chaque vêlage. Son veau
lui est retiré quelques heures ou quelques jours après la naissance. Si c'est
un mâle, il sera abattu après quelques semaines de claustration dans l'obscurité
et de nourriture volontairement carencée pour produire le veau anémique
blanc à souhait. Si c'est une femelle, elle produira du lait pour finir de
toute façon à l'abattoir au bout de 4 ou 5 ans, au terme d'une exploitation
intensive où les supplémentations d'hormones (oestradiol, progestérone,
testostérone et d'autres) jouent un rôle grandissant, qu'elles soient
interdites ou non.
Derrière chaque tasse de lait, se cachent une côte de veau et une côte de
boeuf. L'industrie de la viande de " boeuf " s'approvisionne à 80% de vaches
laitières trop " vieilles ".
- " Vous voulez imposer vos idées " : Comment le pourrions-nous ?
Actuellement, c'est la consommation de viande qui est imposée. Très peu d'informations
circulent sur le végétarisme et le végétalisme. Ne pas manger des animaux, c'est
se retrouver dans le camp des minoritaires. Et même si nous voulions "
imposer " le végétarisme et le végétalisme pour défendre les animaux, qu'y
aurait-il de mal à défendre le faible contre le fort ? Chacun est d'accord
pour protéger une femme battue, pourquoi cela serait-il différent pour les
animaux ? Il n'y a pas si longtemps, peu de monde trouvait inacceptable que
les femmes soient battues. Il en est de même pour les animaux actuellement.
Peu de monde est choqué par le martyre qu'ils subissent et peu de monde
trouve utile de les défendre. Nous voulons juste que les animaux ne soient
plus maltraités.
- " Les animaux ne souffrent pas, n'ont pas de conscience " : Rien non plus
ne me prouve que ce n'est pas aussi le cas des autres humains. Je me base
sur des ressemblances avec moi-même pour penser qu'ils ont une conscience,
et je ne m'appesantis pas sur l'aspect machinal de la vie civilisée. Si j'étais
extra-terrestre, j'aurai apparemment de solides raisons de douter que les
humains soient conscients. De la même façon, je ne me place pas en
extra-terrestre par rapport aux animaux. De toute façon, conscient ou pas,
les animaux ressentent la douleur, et c'est ce qui importe ici.
- " La viande est vitale " : C'est ce que croient (ou veulent croire) encore
beaucoup de gens. C'est bien sûr totalement faux, les milliers de familles
végétariennes et végétaliennes à travers le monde prouvent le contraire.
- " Je donne la priorité aux problèmes des humains. Après, je me poserai la
question " : C'est là une manière de dire qu'on s'en fiche éperdument.
Toujours cette volonté de donner la priorité aux humains ! Mais pourquoi aux
humains spécialement, pourquoi pas aux français, ou aux coiffeurs (c'est ce
que font les nationalistes et les corporatistes) ? C'est qu'en donnant une
valeur particulière, sacrée même, aux autres humains, on a l'impression de s'en
donner une à soi-même. Alors qu'être végétarien ou végétalien ne demande pas
de temps et donne tout loisir à s'occuper d'améliorer le sort des humains
les plus faibles. Pourquoi chercher à opposer l'un à l'autre ? Qu'est ce qui
empêche d'être végétalien et de militer pour des causes humaines ? Cuisiner
des végétaux ne demande pas plus de temps que de préparer de la viande.
- " La viande donne des forces, elle est utile (entendez : nécessaire) aux
sportifs et aux bûcherons " : Il ne nous semble pas que la viande donne plus
de forces que n'importe quel légume tout mou. Ce sont, en général, des
hommes qui disent ça, et manger de la viande les renvoie, sans doute, à l'image
vivifiante de l'homme viril qui se bat pour survivre et nourrir sa femelle
et ses petits. L'idée que la viande donne des forces (jusqu'où ne
conforme-t-on pas la réalité et ses désirs !) viendrait de cette croyance
ancienne et un peu magique que manger de la cervelle, par exemple, rendrait
plus intelligent, ou que consommer de la poudre de corne de rhinocéros
(avant d'être réduite en poudre, elle était dure et pointait vers le ciel !)
décuplerait la virilité. " Quel punch le boeuf ! ", c'est de la pub pour
vendre du boeuf mort. Et le boeuf vivant, qui a tant de punch, il mange quoi ?
Du boeuf ? Non, de l'herbe. Derrière tous ces prétextes et justifications, il
y a l'envie de manger de la viande, n'importe quelle viande, de manger de l'animal
tué. De se sentir quelque part un tigre, même si on est traité " comme un
chien " par les autres humains.
- " La viande est bonne, meilleure, en tout cas, qu'un légume tout mou, tout
flasque, tout fade ! " : Mettre en balance ce supposé bon goût avec des vies
entières de souffrance montre précisément à quel point les animaux sont
méprisés, niés. De plus, la viande n'a pas particulièrement de goût, elle en
obtient un, uniquement, lorsqu'elle est préparée avec des épices, des
légumes et qu'elle est cuite. Les piments et les épices sont des végétaux et
ils ont énormément plus de goût que toutes les viandes, à part lorsque la
viande se décompose et se putréfie, ce qui ne sera pas vu par beaucoup d'humains
comme une " bonne odeur ".
- " Et puis, de toute façon, je n'en mange que très peu " : Nous avons fait,
un jour, un débat sur le thème des animaux ; étaient présents
essentiellement des militants progressistes, et tous, en guise d'introduction
à ce qu'ils allaient dire, nous ont sorti ça. Nous ne voyons pas bien en
quoi cela signifie être sensible à la souffrance des animaux, en quoi ils
avaient conscience du problème qui nous intéressait. C'est vrai que manger
de la viande une fois par semaine tue, sans doute, moins qu'en manger tous
les jours. Les animaux vivent, probablement, plus cette différence que nous.
Quelle réaction auraient-ils si quelqu'un leur disait qu'il bat peu sa femme ?
Par ailleurs, et puisqu'on parle de militants, il semblerait qu'il y ait
chez eux une gêne parce que les animaux ne sont pas une cause
révolutionnaire, qui puisse, en tant que telle, déboucher sur un changement
radical de société. On ne peut pas faire de démagogie aux animaux, alors que
si on se lamente sur le sort des ouvriers ou des enfants, on espère qu'en
retour, par gratitude ou par conscience de classe ou autre, ils nous
construiront le monde idéal dont on rêve.
- " Tout ce que nous mangeons est obtenu dans ce système par l'exploitation
des humains, des animaux ou des plantes ; on ne s'en sortirait pas si on
voulait faire attention à tout et il faut bien manger. " : Il n'y a pas de
solutions " tout ou rien ". Beaucoup disent préférer s'abstenir plutôt que
faire quelque chose qu'ils jugent imparfait. Ils oublient qu'ils font
quelque chose en mangeant de la viande, ce n'est aucunement une abstention,
ils ne font qu'accomplir une vie médiocre, dictée par la tradition, qui les
a habitué à manger de la viande malgré la barbarie que cet acte représente.
Pour moi, il ne s'agit pas d'essayer d'être parfait dans telle ou telle
direction, de rechercher un absolu quelconque, mais d'essayer de déterminer
une " solution imparfaite " qui soit la plus en accord avec les buts que je
me donne.
- " Tu ne serais pas là si tes ancêtres des cavernes n'avaient pas chassé
! " : Peut-être, mais les choses n'ont un sens que dans une situation
donnée, et c'est de la situation présente dont nous parlons, pas du passé.
De plus nos ancêtres ont été végétariens à une période, alors on pourrait
aussi bien dire " si nos ancêtres n'avaient pas été végétariens, nous ne
serions pas là ". Pourquoi se référer à une situation datant de millions d'années
pour justifier ses attitudes actuelles ? En effet, à ce compte-là, le
cannibalisme se trouve tout naturellement légitimé car nos ancêtres l'ont
aussi pratiqué. Le passé n'est pas un prétexte pour des pratiques cruelles :
manger ses semblables humains est devenu moralement inacceptable et petit à
petit il en deviendra de même de manger les autres animaux. Nos ancêtres
mangeaient de la viande. sortons de la préhistoire.
- " C'est un luxe de nanti de se poser le problème. Ne faites pas le
difficile, il y en a beaucoup qui aimeraient en manger et qui n'ont pas
cette chance ! " : Il est paradoxal de tenir un tel discourt alors qu'on est
nanti, qu'on s'adresse à un nanti, et pas au squelette moribond dont il est
question. Ne pas manger de viande n'est nullement " faire le difficile ", c'est
juste constater qu'il est possible de vivre sans tuer des animaux et de
préférer cette solution.
Je reviens à l'argumentation qui nous traite d'enfants gâtés. Elle me semble
fondée sur un double mépris. Le mépris de nos motivations d'abord : on ne
nous reproche pas de ne pas manger de viande, on nous reproche de le faire
pour des motifs peu sérieux. Illustration donnée : " Si tu étais paysan du
Sahel, tu ne ferais pas la fine bouche pour manger ta vache quand tu en
aurais besoin ". Peut-être. Si ma vie en dépendait, j'abattrais peut-être 15
personnes pour me sauver. Peut-être pas. Je me vois mal le dire d'avance.
Mais ça ne prouve ni qu'abattre 15 personnes ne soit pas grave, ni que tuer
une vache n'est pas grave. Je ne suis pas paysan du Sahel (et les gens en
face de moi qui s'indignent en leur nom, non plus), ma vie n'est pas en
danger, et dans mon existence quotidienne, j'évite d'abattre des gens et de
faire tuer des vaches.
Deuxième mépris : celui contre les gens du Tiers-Monde eux-mêmes. A force de
savoir qu'ils ne mangent pas à leur faim, on finit par croire qu'ils ne sont
que des ventres affamés. C'est un effet pervers du tiers-mondisme. On fait
abstraction de leurs pensées, de leurs différences individuelles, de tous
leurs désirs autres qu'alimentaires. On ne s'attend pas à ce qu'ils puissent
dire : " Nous avons faim mais ça nous gêne de manger de la viande ". On ne
comprend pas que certains Indiens refusent de manger la viande. Les gens
affamés ne sont pas censés réfléchir à un niveau moral ou philosophique. Et
si on " respecte leur culture ", c'est un peu comme on respecte la nature,
les animaux dans les réserves. Ils sont " comme ça ", une bonne fois pour
toutes, il ne faut pas intervenir, ce serait introduire un " élément
artificiel ". Ne pas parler aux Papous de la souffrance des animaux, les
observer simplement, écrire éventuellement une thèse dessus, échanger un peu
de nourriture contre une sagaie à mettre dans nos musées exotiques (je ne
sais pas en fait si les Papous mangent de la viande et font des sagaies, ce
qui m'intéresse ici est de dénoncer ce qui se passe dans la tête des gens).
Respecter les coutumes, même s'il s'agit de la chasse ou de l'excision du
clitoris (Ah non ! l'excision du clitoris, c'est différent, c'est un sujet
" sérieux ". L'excision du clitoris consiste à mutiler les parties génitales
des filles, cette pratique est courante, encore en Afrique. Beaucoup de gens
dans le monde ne trouvent pas ça horrible, comme beaucoup d'autres ne
trouvent pas la chasse horrible). Ne pas leur demander de penser, ni penser
avec eux.
Manque de chance, on ne voit pas bien en quoi prôner le végétarisme serait
une intrusion de la culture occidentale, vu que ça ne semble pas faire
partie de la culture de beaucoup de français ; et c'est justement dans les
pays qui sont aujourd'hui du Tiers-Monde qu'on trouve le plus souvent des
philosophies ou religions qui disent de ne pas manger de la viande pour ne
pas tuer les animaux. Pas partout, loin de là. J'aurais sans doute à peu
près autant de mal à convaincre la plupart des berbères que la plupart des
français à ne pas manger de viande pour ne pas tuer les animaux - mais pas
forcément tous, certains y ont peut-être pensé avant moi. ça n'interdit pas,
en tout cas, d'en parler. Penser, demander aux gens de penser est toujours
considéré comme un luxe artificiel, réservé aux riches oisifs. On veut voir
dans le Tiers-Monde des ventres qui ne pensent pas. Les occidentaux tombent
en fait eux-aussi sous le même mépris : consommateurs affamés de fric, de
bagnoles et de sports d'hiver. Tant qu'on participe au gueuleton, on échappe
aux critiques de ceux qui nous font les reproches dont je parle, car on se
montre pauvre aussi : pauvre en pensée. On se demande après ça où est la
supériorité supposée de l'humain, qui justement est censée justifier son
carnivorisme ! Et sous le couvert de leur " indignation morale ", les gens
qui nous font ces critiques ne montrent qu'une chose : leur désir de ne pas
remettre en question les choses dont ils bénéficient.
- " Je vous respecte, je suis tolérant, respectez-moi, soyez tolérants " : C'est
comme si un assassin demandait qu'on respecte son goût pour le meurtre pour
motif de " choix personnel ". On oublie, seulement, que la consommation de
viande n'implique pas qu'une seule personne, mais elle en implique au moins
deux : celle qui mange et celle qui s'est fait tuer. Un animal n'est pas un
objet, mais bien un être conscient, et manger de la viande n'est pas un acte
sans conséquence sur autrui. Les " choix personnels " des personnes ne sont
nullement neutres, ils sont les conséquences de toutes les influences du
milieu (histoire personnelle, culture, etc.). Si une personne fait souffrir
une autre personne, rien ne peut justifier de ne pas y donner une réponse
collective pour l'empêcher. Toutefois, chacun peut évoluer, nous avons, nous
aussi mangé de la viande. Nous essayons de respecter chaque être, mais cela
ne nous empêche pas de trouver que la consommation de viande est un acte de
cruauté.
- " L'humain n'est-il pas supérieur aux autres animaux puisqu'il est
différent de tous les autres et qu'il est le seul à pouvoir faire certaines
choses (fabriquer et créer des produits complexes par exemple) ? " : Il est
clair que l'humain est différent de tous les autres animaux, comme d'ailleurs
le chien ou l'oiseau sont différents de tous les autres animaux. Chacun a
ses caractéristiques propres qui permettent de le différencier de tous les
autres, mais cela ne lui donne aucun motif de supériorité. L'humain est très
habile pour fabriquer des outils car il arrive à transmettre un patrimoine
culturel important au travers des générations, mais l'humain est incapable
de voler comme un oiseau ou d'avoir un odorat autant développé que le chien.
Pourquoi prendre comme référence de supériorité une particularité et pas une
autre ? Le fait d'être plus habile, de toute façon, ne donne pas le droit de
tuer ceux qui sont moins doués. Dans cette logique, pourquoi ne pas en faire
autant des handicapés mentaux ? Ce prétexte de supériorité a souvent été
pris d'ailleurs dans l'histoire humaine pour faire des génocides.
- " Faut-il condamner le lion qui tue des animaux ? " :
L'humain n'est pas un lion, alors pourquoi les comparer ? Pourquoi chercher
dans l'attitude des autres animaux quelque chose pour justifier l'attitude
des humains ? Les lions mangent des fois des humains, est-ce que cela
légitime le cannibalisme ? Que ce soit un humain ou un lion qui tue, cela n'enlève
rien au fait que l'acte est cruel. Il est juste plus simple, en pratique, de
demander aux humains de ne plus manger de viande, que de rendre végétaliens
les lions de la planète.
LA VOITURE
Des centaines de milliers d'animaux se font écraser par des voitures,
camions, motos, etc., la plupart du temps par accident. A défaut de pouvoir
se passer de transports mécanisés, le minimum qui peut être fait, est de
conduire prudemment et à vitesse raisonnable. Il est possible aussi de
demander la construction de passages sous les routes pour animaux et des
bordures de protection pour les empêcher de passer n'importe où.
CANNIBALISME ET CONSOMMATION DE VIANDE ANIMALE
La comparaison des explications tenues pour justifier la consommation de
viande animale et les raisons avancées qui ont soutenu le cannibalisme,
permet de remarquer des similitudes troublantes.
Deux textes sur les pratiques cannibales sont assez édifiants. Le premier
expose le cannibalisme pratiqué par des peuplades et admis culturellement
par ces sociétés. Le deuxième est un fait divers récent.
1) Extraits de " l'entraide, un facteur de l'évolution ", livre écrit par
P.Kropotkine en 1897 :
A propos des tribus d'Australie " Quant à leur moralité, nous ne pouvons
mieux faire que de résumer les réponses suivantes, faites aux questions de
la Société Anthropologique de Paris par Lumholtz, missionnaire qui séjourna
dans le Nord du Queensland : les sentiments d'amitié existent chez eux à un
haut degré. Ils subviennent d'ordinaire aux besoins des plus faibles ; les
malades sont soignés attentivement et ne sont jamais abandonnés ni tués. Ces
peuplades sont cannibales, mais elles ne mangent que très rarement des
membres de leur propre tribu (ceux qui sont immolés par principe religieux,
je suppose) ; ils mangent seulement les étrangers. ". A propos des Papous
" Ils ont soins des malades et des vieillards ; les vieillards ne sont
jamais abandonnés, et en aucun cas ne sont tués - à moins qu'il ne s'agisse
d'un esclave déjà malade depuis longtemps. Les prisonniers de guerre sont
parfois mangés. Les enfants sont très choyés et aimés. Les prisonniers de
guerre vieux et faibles sont tués, les autres sont vendus comme esclaves. ".
A propos du cannibalisme " Si nous tenons compte des faits qui ont été mis
en lumière pendant une récente discussion sur ce sujet à la Société
Anthropologique de Paris, ainsi que les remarques accessoires disséminées
dans les ouvrages qui traitent des sauvages, nous sommes obligés de
reconnaître que cette habitude, aussi, doit son origine à la pression de la
nécessité. Plus tard elle fut développée par la superstition et la religion,
jusqu'aux proportions affreuses qu'elle a atteint aux îles Fidji et au
Mexique. Il est établi, jusqu'à ce jour, que les sauvages se voient parfois
réduits à dévorer des cadavres dans un état de putréfaction très avancé et
qu'en cas d'absolue disette certains ont dû déterrer des cadavres humains
pour se nourrir, même en temps d'épidémie. Ce sont là des faits vérifiés.
Mais si nous nous reportons aux conditions que l'humain eut à affronter
durant la période glaciaire, dans un climat froid et humide, n'ayant que
très peu de nourriture végétale à sa disposition ; si nous tenons compte des
terribles ravages que le scorbut fait encore parmi les primitifs
insuffisamment nourris ; et si nous nous souvenons que la chair fraîche et
le sang sont les seuls reconstituants qu'ils connaissent, il nous faut
admettre que l'humain, qui fut d'abord un animal granivore, devint un
carnivore durant la période glacière. Il trouvait des rennes en quantité à
cette époque, mais les rennes émigrent souvent dans les régions arctiques,
et quelquefois ils abandonnent entièrement un territoire pour plusieurs
années. En ce cas les dernières ressources de l'humain disparaissaient. Dans
d'aussi terribles épreuves, des Européens eux-mêmes ont eu recours au
cannibalisme : c'est ce qu'ont fait les sauvages. Jusqu'à l'époque actuelle,
ils dévorent parfois les cadavres de leurs propres morts : ils ont dû alors
dévorer les cadavres de ceux qui allaient mourir. Des vieillards moururent,
convaincus que par leur mort ils rendaient un dernier service à la tribu. C'est
pourquoi le cannibalisme est représenté par certains sauvages comme ayant
une origine divine, comme quelque chose ordonné par un message du ciel. Mais
plus tard le cannibalisme perdit son caractère de nécessité et survécut en
tant que superstition. On mangea ses ennemis pour hériter de leur courage. A
une époque encore postérieure, on mangeait, dans le même but, l'oeil ou le
coeur de l'ennemi, tandis que parmi d'autres peuplades ayant de nombreux
prêtres et une mythologie développée, des dieux méchants, altérés de sang
humain, furent inventés et des sacrifices humains furent demandés par les
prêtres pour apaiser les dieux. Dans cette phase religieuse de son
existence, le cannibalisme atteignit ses caractères les plus révoltants. Le
Mexique en est un exemple bien connu ; et aux îles Fidji, où le roi pouvait
manger n'importe lequel de ses sujets, nous trouvons aussi une caste
puissante de prêtres, une théologie compliquée et un développement complet
de l'autocratie. Le cannibalisme, né de la nécessité, devint ainsi, à une
époque postérieure, une institution religieuse, et sous cette forme, il
survécut longtemps après qu'il eut disparu chez des tribus qui l'avaient
certainement pratiqué à des époques précédentes, mais qui n'avaient pas
atteint la phase théocratique de l'évolution. "
Il ressort de ces études que comme pour la consommation de viande animale,
le cannibalisme est pratiqué en prenant comme victime " l'étranger ", celui
qui sera différent de nous, qui n'aura pas la même forme de corps et
couleur, qui ne fait pas partie de la communauté, ou celui qui a été vaincu,
qui est considéré comme un esclave. Les animaux sont mangés par beaucoup d'humains
car ils sont différents d'aspect des humains. L'humain considère qu'il les
domine et que les animaux ne font pas partie de sa communauté. La
consommation de viande est toujours un acte de domination sur l'autre, on
enlève le droit d'exister à la victime pour assouvir ce qu'on considère
comme son intérêt.
Il est donné des vertus extraordinaires à la viande : rendre plus fort, plus
performant en s'appropriant les capacités de la victime. Comme actuellement
les personnes qui croient qu'en mangeant et en faisant manger de la cervelle
à leur enfant, ils deviendront plus intelligents, ou qu'en mangeant du boeuf
ils deviendront plus forts, etc.. Ces croyances ne se basent sur aucune
expérience scientifique comparative, qui déterminerait qu'un végétalien
aurait moins de force, moins d'intelligence, etc. qu'un omnivore. Ces
croyances ne sont que du mysticisme. Un aliment, qu'il soit végétal ou
animal (humain compris) fournit des molécules semblables. Un acide aminé
apportera la même énergie, quelle qu'en soit son origine.
La consommation de viande animale est aussi une religion : elle a ses
prêtres - une partie du milieu médical - qui prétendent, malgré l'évidence,
que la consommation de viande est vitale. Elle a sa théologie, qui prétend
que les animaux sont inférieurs à l'humain (ce qui " permet " qu'ils soient
mangés) et que dieu les a mis sur terre pour que nous les mangions. Elle a
ses adeptes qui en bonne conscience, et sans être des monstres car ils
peuvent, par ailleurs, se montrer solidaires envers des êtres qu'on leur a
appris à respecter (leurs enfants, des humains en difficultés), perpétuent
la croyance sans se poser de questions.
Il est facile de voir ce qui ne va pas dans la culture de peuplades dont
nous ne faisons pas partie. Il est moins aisé de savoir prendre du recul par
rapport aux pratiques de sa propre société. On peut très bien accomplir les
pires horreurs sans la moindre sensation de faire un acte barbare, sans
chercher à être méchant et on peut être, par ailleurs, quelqu'un d'aimable,
attentionné sur d'autres points. Notre milieu de vie conditionne beaucoup
nos sensations et nos idées.
On peut aussi apprendre que l'humain était granivore à l'origine et
nullement omnivore.
2) Article paru dans le journal " La Dépêche " le 30 juin 1989 : " L'horreur.
Steak. tartare. Les amis d'Alexei Soukletine conserveront longtemps un goût
amer dans la bouche : eux qui aimaient tant fréquenter sa table pour la
bonne viande qu'il y servait ont appris l'année dernière qu'ils
consommaient, en fait, de tendres jeunes filles. Ce cas extraordinaire de
cannibalisme s'est déroulé en 1987 et en 1988 en Tartarie (centre de la
Russie). Soukletine a avoué l'assassinat de sept jeunes filles dont la plus
jeune avait seulement 11 ans, rapporte le dernier numéro du magasine
soviétique " Smena " (" La Relève "). Dans un article destiné à défendre le
maintien de la peine de mort en U.R.S.S., l'auteur dévoile, pour la première
fois, cette affaire dont la presse n'avait jamais parlé. Cet homme d'une
quarantaine d'année vivait avec une jeune femme de 25 ans, Madina Chakirova
qui participait à ses crimes. Il violait ses victimes qu'il avait entraîné
chez lui, les tuait à coups de couteau puis les découpait avant d'en
enterrer une partie et de consommer le reste. Il lui est même arrivé de
vendre cette viande à bas prix à des connaissances pour préparer des
chachliks. Soukletine s'est lui-même découvert en se vantant de manger de la
chair humaine lors d'une soirée de beuverie. La rumeur est finalement
parvenue à la milice qui ne voulait pas y croire, mais une enquête et une
perquisition chez lui ont immédiatement établi la terrible évidence.
Soukletine a été jugé l'année dernière, condamné et fusillé, Madina
Chakirova et un autre complice ont été condamnés à quinze ans de prison. ".
Cet article, une fois de plus, démontre que la consommation de viande est un
acte de domination, au même titre que le viol ou le sexisme. La victime peut
être maltraitée, tuée et mangée car elle est considérée comme plus faible ou
inférieure. Sa vie est purement et simplement niée. Celui qui commet cet
acte se sent plus fort. Il retire un sentiment de puissance à manger de la
viande (au point de s'en vanter) ou à maltraiter quelqu'un.
De plus on voit bien que la viande humaine n'a pas de différence avec la
viande des autres animaux au niveau du goût et de l'aspect. La différence n'est
que culturelle : si les gens croient manger de la viande d'un animal
non-humain, ils vont saliver, avoir une sensation d'appétit, de bonne odeur
et ils prétendront prendre beaucoup de plaisir à en manger. Par contre, s'ils
apprennent que c'était de la viande humaine, ils auront envie de vomir et
seront peut-être traumatisés d'avoir pu manger cette viande, de l'avoir eue
dans leur assiette, portée à leur bouche et d'avoir mâché des morceaux d'un
humain en y prenant plaisir. C'est aussi comme ces humains qui veulent
continuer à consommer de la viande animale, en faisant tous les efforts qu'ils
peuvent pour ne pas penser aux horreurs que représente, pour les animaux, l'assouvissement
de leur petit plaisir personnel. Beaucoup arrêteraient d'en manger si on
leur faisait visiter des abattoirs ou s'ils devaient tuer eux-mêmes les
animaux qu'ils mangent sans aucune nécessité.
La consommation de viande se perpétue dans une logique identique à celle du
cannibalisme, et dans quelques siècles, il est probable que cette pratique
sera considérée avec autant d'horreur que l'est actuellement le
cannibalisme.
LE NATUREL
Beaucoup de personnes se réfèrent au " naturel " pour justifier diverses
choses parfois contradictoires entre elles. Mais qu'entend-t-on par ce terme
? Certains critiqueront l'usage de la voiture ou des recherches génétiques
mais accepteront l'usage du fusil pour tuer. Un fusil étant bien sûr très
" naturel ". Comme sont encore " naturels " une arbalète, un arc, une lance
ou un couteau. Ces outils sont des productions d'humains alors pourquoi un
couteau serait-il plus " naturel " qu'une usine chimique étudiée pour ne pas
polluer ? Et un vélo qui ne pollue pas, qu'a-t-il de " naturel " ? Pourquoi
les adeptes du " naturel " s'habillent-ils ? Les habits ne sont pas
particulièrement " naturels ", ni les fourchettes et les cuillères, ni tous
les produits que transforme l'humain. Pourquoi les accepter et justifier sa
consommation de viande en utilisant cet argument pseudo-" naturel " et à
côté accepter bon nombre de pratiques qui impliquent des techniques
complexes fabriquées par l'humain ? Ceci est un double langage, ni plus ni
moins, pour excuser une pratique.
Ceux qui se réfèrent au " naturel " ne devraient ni s'habiller, ni utiliser
aucun outil, l'humain étant par " nature " adapté à une fonction définie par
les capacités uniques de son corps. Bon nombre de faits " non-naturels "
sont acceptés sans difficultés simplement car ils confortent les gens dans
leurs idées. D'un côté, par exemple, ils diront que ce n'est pas " naturel "
qu'un chien et un chat domestiques soient végétaliens, que c'est jouer les
apprentis sorciers (comme si avoir des animaux domestiques était "
naturel ".). Pourtant se sont les mêmes qui accepteront les médicaments,
transfusions, chirurgie et la recherche médicale qui n'ont rien de "
naturel ".
Le naturel serait ne rien changer à un " ordre naturel " : mais qui a défini
les caractéristiques de cet ordre ? Aucune observation n'est impartiale : se
référer à la période où l'ancêtre de l'humain a consommé de la viande pour
dire que manger de la viande serait naturel, n'est pas neutre car on peut
très bien se référer à la période juste avant où l'ancêtre de l'humain était
végétarien pour dire, que par nature l'humain n'est pas fait pour en manger.
D'ailleurs, les anthropologues disent que par " nature " l'humain est
végétarien...
Le terme " naturel " est une notion culturelle comme le sont tous concepts
et toutes idées que l'humain peut imaginer. Une situation donnée est définie
comme " naturelle " et il est considéré qu'il ne faut pas la modifier, ne
rien toucher, ne faire aucune remise en cause. Dans cette logique il est
facile de justifier un peu tout ce qui arrange divers humains. Il suffit d'y
attacher le qualificatif " naturel " pour que ce soit forcément bon.
Ce qui nous préoccupe n'est pas la sauvegarde d'entités culturelles telles
que la " nation ", la " tradition ", l'" espèce ", la " nature ", mais les
individus réels. Les idées n'éprouvent rien, les individus oui. Par exemple,
vouloir réintroduire, dans la montagne, des espèces particulières comme l'ours
sous prétexte qu'il y avait des ours, 100 ans plus tôt, est, à notre avis,
aberrant du point de vue de l'intérêt des ours : qu'ont-ils à y gagner si ce
n'est se faire tuer par des humains ? L'espace est colonisé par les humains
et l'équilibre des écosystèmes se passe bien des ours jusqu'à preuve du
contraire. D'ailleurs, avec cette logique, pourquoi ne pas ne pas vouloir
réintroduire les dinosaures? Il existait bien des dinosaures en Europe,
quelques millions d'années plus tôt.
De plus, la moindre manifestation, pour défendre 3 ou 4 ours, tue beaucoup
plus d'animaux par la consommation de viande des manifestants, que le nombre
d'ours qu'ils veulent défendre. Ils ne sont ni végétariens, ni végétaliens
pour la plupart. Ils ne se préoccupent des animaux que parce qu'ils sont en
voie de disparition ou disparus. Par contre, les millions d'animaux tués
dans les abattoirs, qui sont des établissements qui n'ont pourtant rien de
" naturel " : aucun intérêt pour eux.
Nous sommes plus intéressés par manifester pour l'arrêt des élevages, de
brebis ou autres, car si ce ne sont pas les ours (ou les chiens : on dit
très peu que les chiens tuent plus d'animaux d'élevage que les ours) qui
tuent les troupeaux, ce seront les humains qui les élèvent qui le feront
pour nourrir, entre autres, les manifestants qui veulent défendre les ours.
Pour un animal d'élevage, être tué par un ours, un chien ou un humain, cela
doit paraître bien similaire. Nous pouvons comprendre que des humains
défendent les ours, mais nous trouvons incohérent qu'ils ne soient pas
végétariens ou végétaliens, car pour nous, une brebis vaut autant qu'un
ours. N'oublions pas que ce sont les éleveurs qui produisent du lait, de la
viande, du cuir et de la laine avec leur élevage qui veulent tuer les ours,
et que se sont eux qui ont supprimé les ours dans le passé. Alors ne pas
être végétarien ou végétalien soutient les éleveurs qui tuent les ours (et
les brebis, moutons, etc.).
La quantité de pollution que provoque une production n'est en rien un gage
de définition du " naturel " ou du " non-naturel ". On peut très bien
imaginer que les fabrications des humains soient un jour totalement
recyclables et que ne seront utilisées que des énergies renouvelables. Un
ordinateur, symbole de la science humaine et qui peut difficilement être
prétendu " naturel ", pourra ne pas être plus producteur de déchets lorsqu'il
sera périmé que des produits organiques. Alors que la consommation de viande
est, elle, productrice d'une pollution catastrophique, et que même en
considérant des méthodes de production alimentaire artisanales, celles qui
sont les moins polluantes sont celles qui sont végétaliennes. Les excréments
d'animaux, qui sont définis comme " naturels ", représentent une pollution
dramatique dès qu'ils sont en quantité importante. Alors pourquoi les "
écolos " ne privilégient-ils pas le végétalisme ? Leur logique à géométrie
variable s'adapte bien à ce qui les remet le moins en cause. Pour eux, il
faut que l'humain continue d'exercer son autorité sur l'ensemble des animaux
en les massacrant.
De plus, en ce qui concerne la pollution, des phénomènes non-issus des
productions humaines provoquent des pollutions catastrophiques comme les
irruptions volcaniques. Et la nature a beaucoup évolué dans l'histoire, des
espèces se sont modifiées ou ont disparu. La nature n'est pas figée comme
certains voudraient le croire.
Sauvegarder une espèce n'a pas d'intérêt en temps que tel pour nous, ce qui
nous intéresse est l'individu lui-même et pas " l'espèce ". Ceux qui s'intéressent
juste à sauvegarder les espèces ne s'inquiètent pas que des animaux soient
tués lorsqu'ils ne sont pas menacés de disparition. On peut faire des
massacres, mais surtout que l'espèce ne disparaisse pas totalement. Drôle de
logique ! Que dirait-on si le massacre des français était permis à condition
d'en laisser quelques-uns en vie pour se donner bonne conscience et montrer
qu'on n'a pas déséquilibré la " nature " ? Nous trouvons regrettable de
devoir tuer un être, qu'il soit un humain ou un autre animal, nous pensons
que dans tous les cas des alternatives devraient être cherchées, même si
ceci est loin d'être facile, on peut toujours tendre vers ce but.
En définitive le naturel est synonyme de tradition : une chose existe donc
elle devrait exister pour l'éternité. Il est bon d'être prudent face au
changement, d'en mesurer les conséquences, mais ceci peut très bien
conduire, par excès, à un fascisme : il a été arbitrairement défini un ordre
et puis il ne faut plus rien y changer. L'arnaque est de définir cet ordre
comme " naturel ", ce qui sous-entendrait qu'il a existé depuis toujours, qu'il
est immuable, comme si une divinité l'avait défini lors d'une création de l'univers.
Cet ordre ne fait qu'arranger les intérêts de certains humains, rien de
plus. Si votre pseudo " ordre naturel " consiste à se massacrer les uns les
autres pour l'éternité, nous vous le laissons et ne le reconnaissons pas du
tout. Notre idéal est de vivre en paix et en harmonie, pas de perpétuer le
meurtre et la boucherie.
Notre but n'est pas de conserver une situation définie arbitrairement par
certains humains comme " naturelle ". Des traditions sont moralement
inacceptables (excision, rites violents, sexisme, nationalisme, goût du
pouvoir, etc.) car elles provoquent des morts et des souffrances, elles
doivent donc disparaître.
Toutefois, oeuvrer pour développer des techniques recyclables, les moins
dépensières en énergie, les énergies renouvelables, les espaces verts et
boisés, et le contrôle du développement de la population humaine, est
important car cela va dans le sens de moins d'oppression et de souffrance
pour les humains et les animaux. Nous sommes d'accord que l'air, l'eau, les
espaces de verdure et les arbres doivent rester accessibles à tous (il faut
déjà payer pour avoir de l'eau potable, à quand l'air payant ?). Seulement,
nous n'acceptons pas que des pratiques cruelles prennent comme prétexte le
terme " naturel " pour être justifiées car d'une part chacun définit ce
terme de la façon dont cela l'arrange le plus, et d'autre part, l'élément
que nous prenons en compte est la personne (humaine et animale).
IL FAUT CHOISIR
Certains nous reprochent de ne pas penser à la " souffrance " des végétaux
que nous mangeons, d'autres nous reprochent d'être trop radicaux car nous
sommes végétariens ou végétaliens. " Pas assez loin ", " trop loin ", le
point commun de ces personnes est qu'elles ne veulent tout simplement pas se
remettre en cause. Celles qui nous reprochent de ne pas aller assez loin ne
sont pas des personnes qui appliquent les idées qu'elles nous reprochent de
ne pas pratiquer. Elles n'en ont déjà rien à faire de leur consommation de
viande, de la mort des animaux et du gaspillage de végétaux que cela
provoque. C'est facile à ce moment de nous critiquer, tout en se maintenant
soi-même dans un plat conformisme sécurisant, alors que d'autres nous
traitent de fous rien que parce qu'on parle de végétarisme pour ne pas tuer
des animaux.
Dans une situation où des personnes ont des attitudes différentes, ce sera
toujours l'autre qui sera défini comme radical. Définir le végétarisme et le
végétalisme comme une radicalité serait considérer que se nourrir juste avec
des végétaux serait très difficile. Comme si dans l'alimentation omnivore il
n'y avait que de la viande de consommée. D'où souvent les réactions de
surprise " mais que mangez-vous ? ". La viande est tellement valorisée, que
les humains ne voient plus le reste. Se nourrir avec de la viande peut très
bien être vu comme un acte radical : tuer un animal pour se nourrir de sa
dépouille ou le tuer juste pour le " plaisir ".
Si certains nous voient comme des radicaux, c'est juste car nous avons le
courage d'essayer, autant que nous le pouvons, de tendre vers notre idéal d'existence,
malgré notre faible nombre. Si le fait d'être végétarien ou végétalien était
plus généralisé (comme au Royaume-Uni), personne ne nous considèrerait comme
radicaux.
Notre attitude est loin d'être idéale, nous en avons conscience (d'ailleurs
qui se croit parfait ?), mais nous avons le mérite d'essayer de faire
évoluer la culture vers moins de cruauté, et ceci n'est pas du goût de ceux
qui devraient faire un effort personnel de remise en cause.
L'INSTINCT DE CONSERVATION
Les personnes, qui travaillent dans des abattoirs, ont souvent une répulsion
face à autant d'horreur (comme certains soldats à la " boucherie "
militaire). Seulement, elles s'y habituent plus ou moins, il faut vivre et
ne pas être faible, refouler ses émotions (ou risquer de perdre son emploi
ou de devenir fou). Elles ne pourront plus jamais accepter mentalement que
tuer un animal est mauvais car cela les placerait dans une position trop
culpabilisatrice, trop dure à supporter pour leur propre estime. Comment
vivre en ayant sur sa conscience des milliers de morts égorgés, dépecés et
taillés en morceaux. Idem pour ceux qui mangent de la viande, comment
admettre que celui qu'on mâche et qu'on digère est comme nous, sans voir s'effondrer
toute l'image positive qu'on peut avoir de soi ? C'est passer du statut d'une
personne gentille à un monstrueux cannibale. Le blocage est comparable à un
instinct de survie : " ce n'est pas possible que je puisse être aussi
mauvais. Ils se trompent, ils disent n'importe quoi, c'est absurde ". Les
individus cherchent à refouler toute cette vision de cauchemar, peu
glorieuse pour eux, au plus profond d'eux-mêmes. Ces mécanismes d'autodéfense,
face à un problème très grave ou très chargé émotionnellement, sont assez
complexes et souvent inconscients. On se cherche des excuses, des
justifications, jusqu'à, des fois, perdre en partie la raison. On peut se
rappeler cette femme politique qui s'est réfugiée dans le mysticisme (elle
prétendait discuter avec des divinités), après avoir été jugée responsable
de la mort de dizaines d'humains, suite à l'utilisation de sang porteur du
SIDA pour des transfusions dans les années 1980. La charge émotionnelle
était tellement forte qu'elle a tout refoulé.
Des militants végétaliens, au Royaume-Uni notamment, passent des années en
prison pour avoir détruit des laboratoires pratiquant la vivisection, des
boucheries, des abattoirs, etc.. Ils " sacrifient " leur vie à ce " problème
sans importance ". Certains refusent de s'asseoir dans des fauteuils en cuir
ou de tenir dans leur main un sandwich au jambon. Pour eux c'est une
barbarie sans nom d'utiliser la peau d'un cadavre (d'animal non-humain) pour
en faire un meuble ou de mettre un organe de ce cadavre entre deux tranches
de pain. Le décalage est tellement grand lorsqu'on accepte de prendre
conscience de la barbarie faite aux animaux, c'est tellement énorme ! De la
folie pure. D'ailleurs, plus un problème est important, plus on y est
plongé, et moins on a la capacité de prendre du recul. Les gens mangent de
la viande tous les jours, c'est tellement banalisé, alors comment arriver à
leur faire prendre suffisamment de recul par rapport à ce qu'ils consomment
chaque jour, ce qu'ils voient partout dans des assiettes et des bouches ? C'est
tellement gros, tellement énorme, que (presque) personne n'y prête
attention. Le choc émotionnel peut être fort, il faut savoir relativiser.
Pour les mêmes raisons, il est beaucoup plus facile aux personnes qui
mangent de la viande, d'imaginer devenir végétariennes ou végétaliennes pour
des raisons de santé car ceci les fait beaucoup moins culpabiliser par
rapport à leur consommation de cadavres d'animaux et elles n'ont pas de
remise en cause à faire par rapport à leur sentiment de supériorité face aux
animaux. Avec tous les scandales actuels concernant l'alimentation omnivore
(vache folle, listériose, dioxine, hormones, salmonelle, etc.) beaucoup d'humains
finissent par s'inquiéter de ce qu'ils ont dans leurs assiettes, et à y
regarder de plus près, peut-être finiront-ils par voir ce qui est dans leur
assiette : un animal mort. S'il n'est pas rare que des humains deviennent
végétariens pour leur santé, peut-être le resteront-ils en s'apercevant de
ce que cela implique pour les animaux.
Souvent, si la discussion est dédramatisée, la plupart des humains omnivores
reconnaissent très facilement que la consommation de viande n'est " pas très
jolie ", qu'il faut tuer des animaux et que c'est bien différent,
moralement, que cueillir un fruit ou un légume. Ils le reconnaissent très
bien si le problème est exposé de façon à ne pas les mettre en accusation
(en parlant de notre expérience personnelle par exemple). Seulement, ça ne
les motive pas à évoluer. Nous ne voudrions faire culpabiliser personne.
Nous avons, nous aussi, mangé de la viande et nous n'en sommes pas très
fiers. Qui est responsable ? On nous a mis de la viande dans la bouche dès
notre sevrage, et si des fois, lorsque nous avons fait le rapprochement
entre ce qu'on nous faisait manger et les animaux qui illustraient nos
livres, nos animaux domestiques ou nos peluches en forme d'animaux, on nous
a fait refouler nos sentiments. Les parents les plus ouverts ont accepté
que, très tôt, nous arrêtions de manger des animaux. Les autres nous ont
réprimés. Non par méchanceté, eux aussi ne faisaient que répéter ce qu'on
leur avait appris, eux aussi ne faisaient que transmettre les traditions que
leurs propres parents leur avaient données. La plupart croient qu'il est
impossible de vivre sans viande, que c'est dangereux, ils essaient juste de
refouler les sentiments de leurs enfants par peur que ceux-ci ne tombent
malades. Nous ne faisons généralement que répéter ce que nous avons entendu,
ce qu'on nous a appris. Ces pensées, nous les avons tellement intégrées, qu'on
les voit comme notre identité, alors qu'elles ne viennent pas de nous-mêmes.
Nous ne voulons pas vous faire passer pour des criminels, si cela était le
cas, sachez, je le répète, que nous aussi nous en avons mangé et que jusqu'à
ce que nous réfléchissions sur ce problème, nous n'avions pas du tout
conscience de faire quelque chose de mal en mangeant de la viande. Nous
trouvions, comme la plupart des non-végétariens que la viande avait bon goût
(on nous avait appris à le trouver bon). Mais nous avons vu qu'il était
possible de bien vivre sans tuer des êtres qui nous ressemblent trop : leur
cerveau, leur coeur, leur langue, leurs muscles, leurs os et leurs entrailles
ressemblent trop aux nôtres pour que nous puissions continuer à en manger en
toute tranquillité. Nous voyons bien qu'ils éprouvent des sentiments et des
sensations, que lorsqu'ils sentent qu'on va leur faire mal et les tuer, ils
sont terrifiés.
Notre tâche n'est pas facile, il faut que nous arrivions à motiver les
non-végétariens à changer leurs habitudes sans les faire culpabiliser. Si
nous savions quoi dire pour y arriver, nous le ferions et nous ne dirions
que ces phrases magiques. Seulement, nous ne savons pas comment faire pour
éveiller les consciences sur ce problème sans que certaines personnes
omnivores ne se sentent agressées (toutes ne réagissent pas par la
défensive. Certaines cherchent vraiment à discuter et à regarder le problème
en face). Si nous ne parlons pas du sujet, les animaux continueront à se
faire massacrer, les gens n'y prêteront pas attention. L'importance d'une
chose est seulement fonction de la valeur qu'on lui accorde. Par exemple, la
mort d'une personne nous touche lorsque nous la connaissions et que nous
étions liés avec, alors que la mort d'un inconnu nous indiffère presque.
Dans les deux cas des êtres conscients sont concernés, mais nous ne
réagissons pas pareil. Pour le sort des animaux, le but est de faire passer
les personnes indifférentes aux morts que provoque leur consommation de
viande, à la prise en compte des conséquences de leur acte.
Nous savons que beaucoup seraient volontiers végétariens ou végétaliens s'ils
avaient une information correcte sur ces alimentations, si l'organisation
sociale donnait le choix des repas dans les entreprises, les cantines
scolaires et les restaurants. Faire évoluer les moeurs est difficile lorsque
chaque jour on nous rabâche le contraire de ce que nous disons, que la
culture qui vous a été transmise par la tradition vous pousse à nier toute
considération aux animaux non-humains. Que faut-il faire pour que vous
preniez en compte les animaux autrement que pour les manger ? Donnez-nous
des solutions !
COMMENT PRODUIRE DES MILLIARDS D'OEUFS ? L'EXPLOITATION DES POULES PONDEUSES
Une vie de frustration, de douleurs et de stress. C'est à cela que se résume
l'existence d'une poule de batterie ; à cela et aux souffrances multiples
qui en sont le corollaire. Il s'agit d'une évidence confortée par de
nombreuses études scientifiques et du comportement.
A l'origine le terme " élevage en batterie " n'était utilisé que pour les
poules, réparties dans des batteries de cages, empilées sur plusieurs
rangées. C'est l'archétype du " hors-sol ", système productiviste qui nie l'existence
de l'animal en tant qu'être sensible, sacrifiant sans la moindre hésitation
le bien-être de centaines de millions d'individus à la seule rentabilité
économique. Pourquoi les laisser bouger ? Etendre une aile ? Faire un nid ?
Picorer comme n'importe quelle poule de basse-cour ?
Et pourtant c'est, de tous les problèmes, le plus facile à résoudre. Il vous
suffit de choisir des oeufs de poules ayant vécu en plein air. Sur la moyenne
d'oeufs achetés annuellement par un français, cela ne vous coûtera que 20
Euros de plus par an !
- Voyage au bout de l'horreur : Les oeufs fécondés destinés à la production
de poules sont placés en couvoirs industriels. En ce qui concerne les poules
pondeuses, les femelles représentent moins de 50% des éclosions. Les mâles
ne pondent pas et ne deviennent jamais des poulets de chair car il ne s'agit
pas des mêmes races. Ils sont donc inutiles et leur destruction est
programmée. Poussin d'un jour, ils vont, par dizaines de millions, sur des
tapis roulants soit jusqu'à une broyeuse où la mort les attend, soit dans de
grands sacs en plastique où ils étoufferont lentement, soit, jetés vivants
dans des bennes à ordures et sont ensevelis sous les déchets, soit, gazés,
écrasés au bulldozer ou enterrés vivants, ...
- Une industrialisation à outrance : Les poules, elles, arrivent à l'âge de
21 jours dans les élevages, dont la capacité est passée de 10 000 à 30 000
poules il y a quelques années à 150 000 à 300 000 poules actuellement. Dans
les immenses hangars de cages en batterie, qui peuvent contenir 80 000
poules, un éclairage complètement artificiel sert à accélérer la ponte.
Jamais les poules n'ont le repos que leur accorde normalement le rythme des
jours et des saisons. Tout est automatisé : deux tapis roulants évacuent
chacun les fientes et les oeufs, un autre apporte la nourriture. Personne n'approche
du fond du hangar pour éviter les mouvements de panique souvent mortels chez
ces animaux totalement perturbés. Par contre, si une poule - ou dix ou
cent - meurt tout au fond, personne ne voit rien de son agonie ou de son
déchiquetage par les congénères : on risquerait de perdre plus d'animaux,
donc d'argent, en allant les surveiller. Et si le nombre d'oeufs est
globalement constant, pourquoi se déranger ?
Il faut que les oeufs ne cassent pas - d'où l'extrême finesse des grillages
sur lesquels reposent les pattes des gallinacés. Le grillage est en pente
pour laisser rouler les oeufs vers l'extérieur, et les poules doivent
constamment bloquer leurs pattes. Il en résulte plus qu'un inconfort
permanent : une forte et constante douleur dans les pattes. Sur ces treillis
métalliques fins et insalubres, les poules souffrent de fissures, de lésions
et d'hyperkératose (corne envahissante). En dehors des maladies, les pattes
sont la principale source de souffrance physique des poules pondeuses.
- Le manque d'espace : Pour une rentabilité maximale, il faut faire tenir le
maximum d'oiseaux dans le minimum d'espace " vital ". La taille habituelle d'une
cage est de 45 par 50 cm, pour cinq ! Et l'envergure moyenne (les deux ailes
étendues) d'une poule est de 75 cm. En clair, voler, non. Etendre ou battre
une aile, non plus. Même en vertical, les mouvements de tête habituels sont
limités par la hauteur moyenne de 35/40 cm. Il est également peu
envisageable de marcher. Parfois des poules restent bloquées dans un coin,
près de la nourriture. A tel point que leurs ongles se referment autour des
fils de métal. Elles ne peuvent plus dégager leurs pattes et sont arrachées
du grillage lors du ramassage pour l'abattoir.
Ici, en cas d'agressions - très nombreuses vu le stress - il n'y a pas d'espace
pour fuir. Les poules s'ennuient, elles piquent donc tout ce dont elles
peuvent se saisir, comme une petite barbule de plume, au risque de blesser
leurs voisines jusqu'au sang. Cela ne se produirait jamais en liberté. La
fausse solution qu'ont trouvée les éleveurs industriels au manque d'espace
et à l'inactivité, c'est le débecquage - il existe aussi chez les poulets
" de chair ". On coupe une partie du bec avec une lame chauffante dont la
température est très élevée ; ça brûle toujours, intensément. Mais si la
lame n'est pas assez chaude, ça cautérise mal. Parfois les becs sont
arrachés lors de cette atroce opération.
L'odeur est pestilentielle. Quel que soit le mode d'évacuation des fientes,
des déjections restent collées au grillage avec des fragments de plumes - d'où
les maladies respiratoires et les blessures et infections des pattes. Cette
méthode d'élevage ne permet pas de nettoyage complet, sauf quand le hangar
est " vidé ", toutes les 72 semaines. Ce qui donne un tableau facile à
imaginer. Et le bruit est infernal : des dizaines de milliers de
caquètements en permanence.
- Ennui et rationnement : Une poule n'a ni sol à gratter, ni graine à
picorer, ni espace, ni matériau pour construire un nid. Cette frustration
permanente exacerbe l'agressivité et la folie. La nourriture uniforme et
industrielle arrive automatiquement. Elle est à base de céréales (en
principe, les farines de cadavres ne sont plus autorisées), plus des
produits chimiques et médicaments préventifs, antibiotiques et
anti-dépresseurs notamment ! Elle est réduite au minimum : économies !
Pendant toute leur vie en cage, les poules peuvent ne recevoir que 70% de la
quantité normale de nourriture. On les affame parfois un jour sur deux et on
rationne leur eau. De l'aveu des aviculteurs, ces privations provoquent
aussi un stress !
- Les maladies : Les médicaments n'empêchent pas les poules de souffrir
potentiellement d'une vingtaine de maladies. Dans de telles conditions d'entassement
et de salubrité douteuse, qui s'en étonnerait ?
L'aération est capitale dans un hangar où sont entassés des dizaines de
milliers d'animaux. Mais en cas de fortes chaleurs, elle peut ne pas
suffire. En France, durant l'été 1994, plus d'un million de poules sont
mortes du manque d'aération !
- Des oeufs sains ? : Les scientifiques ont noté l'augmentation des
salmonelloses dues à des problèmes sanitaires, dans la production d'oeufs
notamment. Le journal " Le Monde " du 8 mars 1997 annonçait que quatre
antibiotiques soignant la salmonellose n'avaient plus d'effet sur l'humain.
Dans les élevages, de trop grandes quantités ont été administrées aux
animaux en prévention des maladies ou pour accélérer leur croissance, et
absorbées ensuite par des consommateurs dans la viande et les oeufs. L'ingestion
répétée de ces doses infimes (mais parfois cancérigènes) a rendu l'antibiotique
équivalent inefficace sur l'humain.
La ponte se fait à un rythme infernal : 265 oeufs par an et par poule, contre
une moyenne " normale " de 170 et une douzaine pour les espèces sauvages.
Les poules pondeuses sortent des cages épuisées et très amaigries.
Et il y a une promiscuité forcée. Les scientifiques ont remarqué que les
poules se retiennent de pondre jusqu'à une demi-heure à chaque oeuf. Ce
phénomène très douloureux est motivé par la peur des autres poules et l'impossibilité
de protéger sa progéniture.
- La fin du calvaire : Le ramassage brutal opéré par les équipes
spécialisées va très vite. Comme elles n'ont pas eu d'exercice pendant leur
captivité, les pondeuses ont peu de muscles efficaces et des os friables. A
l'arrivée à l'abattoir, trois poules sur dix ont des fractures, d'autres des
déboîtements d'ailes, des luxations et blessures diverses. Elles sont
accrochées par les pattes sur une chaîne mobile, plongées dans de l'eau
électrifiée pour les étourdir puis égorgées manuellement ou à l'aide d'une
machine automatique, et une fois que le sang a cessé de couler, elles sont
plongées dans de l'eau bouillante pour faciliter le déplumage. Le tout prend
un peu plus de 6 mn, et celles qui " attendent " leur tour ont tout loisir d'observer
ce qui se passe. Mais, soit que les oiseaux sont trop petits, soit que le
niveau du bac électrifié est trop bas, soit que le voltage utilisé est trop
faible, un certain nombre sont égorgées conscientes. D'autres, trop petites
ou trop grandes, seront tranchées au niveau des yeux ou du gosier. D'autres
encore " ratent " simplement l'égorgeur automatique. Ce sont chaque jour des
centaines d'oiseaux qui plongent donc vivants dans l'eau bouillante.
Vu leur état pitoyable, les carcasses des poules pondeuses ne sont pas
présentables pour la consommation. Les morceaux de viande récupérables
deviennent donc des bouillons cube " à la poule ", des soupes au poulet,
remplissages de raviolis, saucisses de volailles, etc..
La tuerie se passe de la même façon pour les canards, les dindes, les
pintades.
Les poulets " de chair ", sélectionnés essentiellement pour leur vitesse de
croissance, sont élevés en 7 à 8 semaines, au cours desquels leur poids sera
multiplié par 50 ou 60. Ces conditions d'élevage provoquent la mort avant
terme de 20 millions de poulets chaque année au Royaume-Uni, malgré l'utilisation
massive d'antibiotiques et d'antiparasitaires.
- Ce que vous pouvez faire, à défaut de devenir végétalien :
* Achetez exclusivement des oeufs de poules élevées en " plein air " et "
libre parcours ", ce qui garantit de meilleures conditions de vie. Ne vous
laissez pas leurrer par les labels rusés : " de ferme ", " oeufs frais ", "
oeufs datés ".
* Persuadez d'autres personnes de vous imiter.
* Au restaurant, refusez les plats avec des oeufs et dites pourquoi. La
pression économique est inefficace si elle n'est pas exprimée et expliquée.
* Faites attention aux aliments industriels tels les pâtes aux oeufs frais
(la plupart des pâtes alimentaires sont à 100% à base de blé dur),
mayonnaises, pâtisseries, gâteaux secs, flans et autres desserts. A eux
seuls, ils représentent plus du tiers des oeufs de batterie consommés en
France. Portez-en quelquefois jusqu'à la caisse, puis " réalisez " soudain
qu'il y a des oeufs de batterie dedans et expliquez pourquoi vous ne les
achetez pas. Faites de même chez votre pâtissier.
* Enfin, écrivez aux fabricants - leurs services consommateurs sont inscrits
sur les emballages - pour motiver votre rejet définitif, sauf s'ils décident
de changer d'approvisionnement et le signalent clairement. Il faudra du
temps et de la persévérance mais nous pouvons les faire changer.
* Il y a de plus en plus d'oeufs " libres " en rayon, qu'ils soient bio ou
pas. Et plus la demande sera forte, plus les prix baisseront.
* le plus efficace reste toutefois de devenir végétalien .
LES COCHONS
Les truies passent l'essentiel de leur vie enceinte. Elles ont deux portées
par an soit environ 18 porcelets qu'elles allaitent pendant deux semaines
(au lieu de huit semaines normalement). Une semaine après qu'on leur ait
retiré leur portée, on les immobilise et on les met en présence d'un verrat.
Elles restent dans des châssis de fer nuits et jours pendant 16 semaines
jusqu'à ce qu'elles mettent bas. Le sol de la partie arrière est fait de
lattes pour que les excréments et l'urine passent à travers, cela leur fait
mal aux pattes arrières ; pour l'éviter, elles sont amenées à se mettre dans
des positions telles qu'elles boitent et ont des douleurs de la colonne
vertébrale.
A l'accouchement, elles sont transférées dans des cages spéciales dans
lesquelles elles ne restent que 7 jours, après quoi c'est reparti pour un
tour.
Les porcelets, eux, lorsqu'ils atteignent 2 à 3 semaines, sont transférés
dans des cages en batterie sur trois rangées superposées. Ce sont de toutes
petites boîtes où ils ne peuvent guère bouger. Selon certaines méthodes d'élevage,
ils y resteront jusqu'à ce qu'on les convoie à l'abattoir.
Les cochons sont réputés pour être des êtres sociables, mais à cause des
conditions de surpopulation, parce qu'ils sont privés d'espace suffisant, d'exercice
et de confort, ils en arrivent à se mordre les uns les autres, la queue
notamment. Alors on la leur coupe.
Ils souffrent de stress à cause du confinement, et souvent en meurent. C'est
connu sous le nom de " syndrome de stress porcin " : rigidité, peau
pustuleuse, halètement, anxiété et souvent - mort subite.
LE LAIT, LA VACHE ET LE VEAU
Pour pouvoir survivre, l'industrie laitière perpétue deux mythes. Le premier
est qu'on ne prend à la vache que le surplus de lait, lorsque le veau est
rassasié. Le deuxième est que le lait de vache est nécessaire pour la santé
des humains
- Lait riche. pauvre vache
Pour fournir, au marché non-végétalien, le lait, le fromage, la crème et le
beurre, on enlève le veau à sa mère à peine quelques jours après sa
naissance, et parfois immédiatement. Souvent la vache pleure et cherche son
veau pendant des jours (idem pour le veau). Mais après qu'on lui ait pris
son petit, elle va devoir donner encore.
Si la vache fournit continuellement du lait, c'est parce qu'elle est soumise
à une grossesse chaque année. La première a lieu à (plus ou moins) 2 ans, et
chaque grossesse dure 9 mois. Après avoir donné naissance, elle sera traite
durant 10 mois, mais dès le troisième mois, elle sera de nouveau fécondée,
le plus souvent par insémination artificielle (65 à 75% des conceptions). C'est
seulement 6 à 8 semaines après qu'elle n'ait plus de lait qu'elle devra de
nouveau donner naissance. Donc, durant 6-7 mois chaque année, la vache est
traite alors qu'elle est enceinte.
Véritable machine à lait, elle sera forcée à fournir jusqu'à 6000 litres par
an, soit 5 fois plus qu'une vache dans les années 50. Traite 2 et parfois 3
fois par jour, ses mamelles pleines peuvent peser l'équivalent de 50 paquets
de sucre, et dans des cas extrêmes il arrive qu'elles traînent sur le sol.
Son estomac, conçu pour digérer de l'herbe, ne peut pas supporter les
grandes quantités nécessaires pour un tel rendement, alors pour augmenter la
production, on lui donne également des pastilles concentrées de protéines de
céréales, importées ou non. Malgré cela, sa production risque de dépasser
son appétit, et elle devra " prendre sur ses propres réserves ", ce qui est
souvent cause de maladies et de malnutrition. On estime que 25% des vaches
sont traitées pour boiteries et maladies des pattes, causées par la mauvaise
alimentation et souvent aggravées par l'environnement des fermes
industrielles, où de grands troupeaux passent de longues périodes sur le
béton, avec leurs pieds immergés dans les excréments. Avec 60 à 100 vaches,
représentant le nombre " classique " d'un troupeau sur un élevage,
produisant chacune 40 litres d'excréments par jour, il se crée un foyer d'infection
et seule une grande quantité d'antibiotiques, drogues et suppléments
nutritionnels permet d'éviter les maladies, fièvres, pneumonies, etc..
La vache laitière sera poussée jusqu'à sa limite. Quand, après 3 années de
souffrance et d'exploitation (en moyenne, alors que son espérance de vie est
de 20 ans), son rendement baissera, elle sera immédiatement envoyée à l'abattoir,
et finira entre deux tranches de pain ou en boite. Près de 80% de la viande
de " boeuf " est en fait issue de sous-produit de l'industrie laitière
(vaches laitières ou veaux tués).
- Et que devient le veau ?
Certains veaux seront séparés de leur mère dès le premier jour de leur vie
(en liberté, le veau téterait pendant près d'un an, mais l'industrie
laitière se fiche de cela), d'autres resteront quelques jours. Mais tous
devront subir l'un des quelques sorts possibles :
- Les veaux les plus faibles seront abattus presque immédiatement : pour
fournir de la viande pour animaux, farine animale, et autres aliments ; ou
pour extraire la présure, qui provient de l'estomac, utilisée pour fabriquer
presque tous les fromages.
- Certaines femelles seront nourries de substituts de lait et subiront un
développement forcé pour devenir à leur tour vaches laitières, et entreront
à l'âge de 18-24 mois dans le cycle des grossesses continuelles.
- Certains seront destinés à produire de la viande de boeuf, envoyés dans des
parcs à engraisser puis abattus après 11 mois, souvent sans avoir connu les
pâturages. Beaucoup sont envoyés dès l'âge d'une ou deux semaines dans des
unités d'engraissement intensif où ils seront gavés principalement de
céréales jusqu'à l'obésité et maintenus à l'étroit pour éviter la moindre
perte de poids.
- Quelques-uns seront sélectionnés pour devenir des taureaux reproducteurs,
et passeront leur vie confinés dans l'isolement, fécondant des vaches ou,
plus probablement, des éprouvettes pour l'insémination artificielle. Les
taureaux âgés sont souvent castrés avant d'être enfermés et engraissés pour
la boucherie.
- Les autres seront destinés à la viande de veau, passant leur misérable vie
dans d'étroits boxes (60 cm x 150 cm), sur des lamelles de bois, sans
paille. Ils n'ont même pas la place pour se retourner ou se nettoyer. Ils
sont exclusivement nourris d'un liquide à base de substitut de lait ; on
leur crée volontairement des carences en fer et en fibres qui provoquent l'anémie,
afin que leur chair ait la couleur blanche exigée par la mode ; pour
chercher à satisfaire leur système digestif de ruminants, ils rongeront le
bois de leurs boxes et mangeront leurs propres poils. On ne leur donne pas
de paille car ils la mangeraient. On leur administre de grandes quantités d'hormones
et d'antibiotiques pour accélérer leur croissance et prévenir les nombreuses
maladies causées par le stress du confinement et la malnutrition, mais ils
souffriront cependant de pneumonies, diarrhées, carences en vitamines,
ulcères et abcès, teignes, septicémies. Après 14 semaines, les pattes à
peine capables de les supporter, ils seront conduits à travers de longues et
pénibles distances jusqu'à l'abattoir.
- Nécessaire pour les humains ?
Si le lait apporte effectivement certains éléments nécessaires à la vie,
tous ces éléments peuvent être trouvés dans les végétaux. L'humain est
pratiquement le seul animal qui boit du lait après son sevrage. Il n'est pas
très bien adapté à cette consommation, le lait restant peu digeste pour de
nombreuses personnes. La consommation de lait n'est pas une pratique
ancestrale, l'humain est resté sans des centaines de milliers d'années. Il a
été établi que 90% de la population mondiale ne peut pas le digérer
correctement à cause d'une déficience d'enzyme lactase, nécessaire pour la
digestion des sucres du lait (lactose). Cette déficience est presque anodine
pour ceux qui ne boivent pas de lait mais dans le cas contraire, cela peut
entraîner des diarrhées chroniques ou occasionnelles, des boursouflures, des
flatulences, des douleurs abdominales et des possibilités pour les femmes
âgées d'ostéoporose (infection des tissus osseux plus ou moins généralisée).
L'intolérance au lait est la plus fréquente des allergies alimentaires. Les
symptômes incluent l'asthme, l'eczéma, les éruptions cutanées, les gènes
nasaux et sinaux chroniques, les angines, les colites ulcéreux, les
irrégularités intestinales, l'hyperactivité, la dépression, les migraines et
certaines formes d'arthrite. Le lait des vaches peut causer des saignements
gastro-intestinaux chez les enfants, menant à l'anémie ; il y a aussi un
lien prouvé entre la consommation de lait et les cataractes chez les
personnes âgées. Près de 16 millions de français souffriraient d'une
allergie au lait (toutes causes confondues), ce qui représente 27% de la
population. L'allergie au lait toucherait jusqu'à 7% des enfants des pays
européens, et 35% des bébés dans le monde. Même les laits " maternisés "
peuvent déclencher des allergies de ce genre.
Une étude de M. Tember et A. Tamm " Absorption de lactose et infarctus du
myocarde " (British Medical Journal, 09/01/88) a conclu que les gens qui
boivent 3 verres de lait par jour ont 4 fois plus de risque d'infarctus du
myocarde (" crise cardiaque ") que ceux qui en boivent moins, indépendamment
de l'hypertension, de l'excès de poids, du fait de fumer et des antécédents
familiaux. Les acides gras saturés sont bien connus pour être néfastes
(maladies du coeur, obésité, etc.) ; les produits laitiers constituent la
moitié de l'apport en graisses saturées, l'autre moitié provenant
principalement de la viande.
Selon le docteur Alexandre Minkowski, professeur en néonatalogie à Paris, le
lait de vache expose le nourrisson à des troubles métaboliques marqués,
notamment par des concentrations trop élevées de deux acides aminés dans le
sang : la tyrosine et la phénylalanine, ce qui constitue un danger potentiel
pour le cerveau (risque de retard mental). D'autre part, les courbes de
croissance d'enfants nourris au lait de vache sont plus ascendantes que
celles de bébés nourris au sein (croissance trop rapide). Rappelons les
conséquences possibles de cette croissance accélérée du squelette :
anomalies osseuses, et formation d'un terrain préostéoporotique.
Les veaux et les vaches endurent toute cette souffrance pour produire pour
les humains une nourriture qui ne leur est pas nécessaire. Si les bébés
humains étaient nourris du lait de leur mère, les veaux pourraient l'être
aussi ! Pour les enfants et les adultes qui le désirent, des laits végétaux
à base de soja, de noisette, d'amande, de riz, d'avoine, etc. existent.
LE TRANSPORT
Les animaux de boucherie arrivent entassés par trains ou par camions jusqu'au
lieu de sacrifice. Certains subissent de très longs trajets de transport,
avec tout ce que cela peut comporter de souffrance (être enfermés et
entassés sans possibilité de se mouvoir, avoir chaud ou froid, faim et / ou
soif, stationner dans les excréments). A titre indicatif, un boeuf perd en
moyenne une trentaine de kilos pendant le transport et l'attente précédant l'abattage.
Le déchargement des animaux se fait dans des conditions déplorables qui
entraînent des fractures et des lésions diverses.
Pour leur éviter le stress qui agit négativement sur la qualité de la
viande, on leur administre des calmants (ce n'est pas par pitié pour les
animaux, il ne faut pas rêver.), ce qui exige un délai pour l'abattage de 24
heures. qui entraînent des frais et réduisent d'autant les profits. Et ici,
comme ailleurs, le profit passe avant toute autre chose.
L'ABATTOIR
La loi fait obligation de tuer les " animaux de boucherie " dans des
abattoirs (sauf dérogations pour les égorgements rituels musulmans ou
juifs). Et aussi de les étourdir avant de les tuer (les animaux non tués en
abattoir reçoivent 4 à 5 coups de bâton sur la nuque pour être "
assommés "). Pour cela, on utilise le plus souvent des tenailles électriques
de 90 volts (pour les porcs, les veaux, les moutons) ou bien encore un
appareil électrique en forme de fer à cheval ressemblant à un gros aimant
(pour les veaux, les vaches, les moutons) ou bien un " pistolet à retenue "
où un cylindre de métal vient percuter très violemment la tête de l'animal.
Les animaux deviennent fous lorsqu'ils s'aperçoivent, quand ils le peuvent,
que leurs congénères sont battus et électrocutés. Il est scandaleux que des
personnes puissent prétendre que les animaux en abattoir sont tués sans
souffrance.
Les animaux sont étourdis pour que leur coeur continue à battre et aide ainsi
le sang à s'écouler après l'égorgement. Il s'écoule alors par un conduit et
est recueilli dans un bac - rien ne se perd. Les employés en tenue bleue ou
blanche, selon leur poste, s'affairent sur des tables de travail, suspendent
des quartiers de viande à des crocs. Ils scient, découpent, désossent. Les
ouvriers ne font même plus attention à ce décor. Ici, pas de
sentimentalisme, ni laisser-aller, c'est l'industrie et le travail à la
chaîne.
Les boyaux sont traités à part, vidés. Les peaux sont étendues sur le sol et
salées : elles seront transformées en sacs à main, valises et chaussures.
Les os sont broyés pour faire - entre autre - des engrais. Tout cela a été
organisé rationnellement avec tapis roulant, rails garnis de crochets. Les
carcasses défilent à une grande vitesse. Direction : le frigo de stockage en
attendant l'expédition. Certaines sont conservées entières, d'autres
désossées. L'expédition des carcasses ne doit être faite qu'après le délai
légal de réfrigération, appelé " ressuage " (24 heures).
L'abattoir est une machine à tuer les animaux industriellement, d'une façon
planifiée. On a peine à imaginer que ce sont des êtres conscients qui sont
traités de la sorte. Pourtant la réalité est bien là :
Témoignage d'une étudiante en médecine vétérinaire en stage dans un
abattoir. Vécu et écrit par C. M. Haupt.
" Seuls les animaux transportés conformément à la Loi sur la protection des
animaux (LPA) et possédant une marque d'identification en règle sont
acceptés ". C'est l'inscription qui figure au-dessus de la rampe en béton.
Au bout de cette rampe gît raide et blafard un cochon mort. " Oui, certains
meurent déjà durant le transport. Par collapsus cardiaque ".
J'ai emporté une vieille veste ; bien m'en a pris. Pour un début d'octobre,
il fait un froid glacial. Ce n'est pourtant pas pour cette seule raison que
je frissonne.
J'enfonce les mains dans mes poches, m'efforce de montrer un visage avenant
pour écouter le directeur de l'abattoir m'expliquer qu'on ne procède plus
depuis longtemps à un examen complet de chaque bête, seulement à une
inspection. Avec 700 cochons par jour, comment cela serait-il possible ?
" Ici, il n'y a aucun animal malade. Si c'est le cas, nous le renvoyons tout
de suite, avec une amende salée pour le livreur. S'il le fait une fois, il
ne le fera pas une deuxième ". Je baisse la tête comme pour m'excuser -
tenir, simplement tenir, tu dois tenir ces six semaines - que deviennent les
porcs malades ?
" Il y a un abattoir tout à fait spécial ". Je possède une certaine
expérience concernant les règlements relatifs au transport et sais à quel
niveau la protection des animaux est à présent reconnue. Ce mot, prononcé
dans un tel endroit, a une résonance macabre. Dans l'intervalle, un gros
camion d'où s'échappent des cris stridents et de lugubres grognements est
venu se ranger face à la rampe. Dans la pénombre du matin, on distingue mal
les détails ; toute la scène revêt un aspect irréel et rappelle quelque
sinistre reportage de guerre montrant des rangées de wagons gris et les
visages blêmes et terrorisés d'une masse de gens humiliés, sur la rampe de
chargement, embarqués par des hommes en armes. Tout d'un coup, je m'y trouve
dedans, et c'est comme quand on fait un cauchemar dont on se réveille
couvert de sueurs froides : au milieu de ce brouillard, par un froid
glacial, dans ce demi-jour sale du bâtiment immonde, bloc anonyme de béton,
d'acier et de catelles blanches, tout derrière, à la lisière du bois
recouvert d'une légère gelée ; ici se passe l'indicible, ce dont personne ne
veut rien savoir.
Les cris, c'est la première chose que j'entends chaque matin lorsque
j'arrive pour obtenir mon certificat de stage de pratique. Un refus de ma
part d'y participer aurait signifié pour moi cinq années d'études perdues et
l'abandon de tous mes projets d'avenir. Mais tout en moi - chaque fibre,
chaque pensée - n'est que refus, répulsion et effroi, et la conscience d'une
insurmontable impuissance : devoir regarder, ne rien pouvoir faire, et ils
vont te forcer à coopérer et te souiller de sang. De loin déjà, quand je
descends du bus, les cris des cochons me transpercent comme un poignard.
Pendant six semaines, des heures durant, sans répit, ces cris retentiront à
mes oreilles. Tenir. Pour toi, cela aura une fin. Pour les animaux, jamais.
Une cour déserte, quelques camions frigorifiques, des moitiés de cadavres de
cochons pendus à des crochets, aperçus à travers une porte, dans un
éclairage aveuglant. Tout ici est d'une propreté méticuleuse. Cela, c'est la
façade. Je cherche l'entrée ; elle est située de côté. Deux bétaillères
passent devant moi, ses phares jaunes allumés dans la brume matinale. La
lumière blanche des fenêtres éclairées me montre le chemin. Après avoir
monté quelques marches, je me retrouve à l'intérieur, où tout est carrelé en
blanc. Pas d'âme humaine en vue. Ensuite un corridor, blanc lui aussi, et le
vestiaire pour les dames. Il est bientôt 7 heures, et je me change : du
blanc, du blanc, du blanc ! Mon casque d'emprunt oscille d'une façon
grotesque sur mes cheveux raides. Mes bottes sont trop grandes. Je retourne
dans le corridor et me range du côté des vétérinaires. Aimables salutations.
" Je suis la nouvelle stagiaire ". Avant de continuer, les formalités. "
Enfilez un vêtement chaud, allez chez le directeur et remettez-lui votre
certificat de santé. Le Dr XX vous dira alors où vous commencerez ".
Le directeur est un homme jovial, qui me parle d'abord du bon vieux temps où
l'abattoir n'était pas encore privatisé. Puis s'interrompant à regret, il
décide de me faire visiter personnellement les lieux. C'est ainsi que
j'arrive sur la rampe. A ma droite des enclos de béton fermés par des barres
en fer. Quelques-uns sont prêts, remplis de cochons. " Nous commençons ici à
5 heures du matin ". On les voit se bousculant ici ou se traînant là ;
quelques groins curieux arrivent à passer à travers la grille ; des petits
yeux méfiants, d'autres fuyants ou en plein désarroi. Une grande truie se
jette sur une autre ; le directeur se saisit d'un bâton et la frappe
plusieurs fois sur la tête. " Autrement, ils se mordent méchamment ".
En bas de la rampe, le transporteur a abaissé le pont du camion, et les
premiers cochons, apeurés par le bruit et la raideur de la pente, se
poussent vers l'arrière ; mais entre-temps un convoyeur est monté à
l'arrière et distribue des coups de trique en caoutchouc. Je ne m'étonnerai
pas, plus tard, de la présence de tant de meurtrissures rouges sur les
moitiés de cochons.
" Avec les cochons, il est interdit d'utiliser le bâton électrique "
explique le directeur. Certains animaux tentent quelques pas hésitants, en
trébuchant parfois. Puis les autres suivent. L'un d'entre eux glisse et sa
patte se coince entre la rampe et le pont ; il remonte et continue en
boitant. Ils se retrouvent à nouveau entourés de barres de fer qui les
mènent inévitablement à un enclos encore vide. Lorsque les cochons, se
trouvant à l'avant, arrivent dans un coin, ils s'y entassent en bloc et s'y
cramponnent avec fermeté, ce qui fait pousser à l'employé des jurons de
colère et cravacher les cochons de l'arrière qui, pris de panique, essaient
de grimper par-dessus leurs compagnons d'infortune. Le directeur hoche la
tête : " écervelé, simplement écervelé. Combien de fois ai-je déjà dit qu'il
ne servait à rien de frapper les cochons se trouvant à l'arrière ! ".
Pendant que j'assistais, pétrifiée, à cette scène - rien de tout cela n'est
réel, tu rêves - le directeur se retourne pour saluer le convoyeur d'un
autre transport, arrivé en même temps que le précédent et qui s'apprête à
décharger. La raison pour laquelle tout est allé ici beaucoup plus vite,
mais avec beaucoup plus de cris, je l'ai tout de suite vu : derrière les
porcs qui trébuchent, un deuxième homme apparu dans l'aire de déchargement
assène, pour accélérer l'opération, des chocs électriques. Je regarde
l'homme, ensuite le directeur : " Vous savez pourtant que c'est interdit
avec les porcs ". L'homme regarde étonné, puis range l'instrument dans sa
poche.
Par derrière, quelque chose se frotte à moi à la hauteur des genoux ; je me
tourne et j'aperçois deux yeux bleus vifs. Je connais de nombreux amis des
animaux qui s'enthousiasment pour les yeux animés de sentiments si profonds
des chats, pour le regard indéfectiblement fidèle des chiens. Mais qui parle
de l'intelligence et de la curiosité perceptibles dans les yeux d'un cochon
? Bientôt, j'apprendrai à les connaître, ces yeux, mais d'une autre manière
: muets de peur, abattus de douleur, puis vidés, brisés, exorbités, roulant
sur un sol maculé de sang.
Une pensée me traverse l'esprit comme un couteau acéré, et elle me reviendra
des centaines de fois au cours des semaines suivantes : Manger de la viande
est un crime - un crime...
Après un tour rapide de l'abattoir, je me retrouve dans la salle de pause.
Une fenêtre qui s'ouvre sur la salle d'abattage laisse voir des cochons
couverts de sang, suspendus, défilant dans une chaîne sans fin.
Indifférents, deux employés prennent leur petit déjeuner. Du pain et du
saucisson. Leurs tabliers blancs sont couverts de sang. Un lambeau de chair
est accroché à la botte de l'un d'eux. Ici, le vacarme inhumain qui
m'assourdira lorsque je serai conduite dans la salle d'abattage est atténué.
Je reviens en arrière, car une moitié de cadavre de cochon a tourné le coin
à vive allure et a heurté la moitié suivante. Elle m'a frôlée, chaude et
molle. Ce n'est pas vrai - c'est absurde - impossible.
Tout me tombe dessus en une fois. Les cris perçants. Le grincement des
machines. Le bruit métallique des instruments. La puanteur pénétrante des
poils et des peaux brûlés. L'exhalaison de sang, et d'eau chaude. Des éclats
de rire, des appels insouciants des employés. Des couteaux étincelants
passant au travers des tendons pour pendre aux crochets des moitiés
d'animaux sans yeux dont les muscles sont encore palpitants. Des morceaux de
chair et d'organes tombent dans un caniveau par où du sang s'écoule en
abondance, et ce liquide écoeurant m'éclabousse. On glisse sur des morceaux
de graisse qui jonchent le sol. Des hommes en blanc, sur les tabliers
desquels le sang dégouline, avec, sous leurs casques ou leurs képis, des
visages comme on peut en voir partout : dans le métro ou au supermarché.
Involontairement, on s'attend à voir des monstres, mais c'est le gentil
grand-père du voisinage, le jeune homme désinvolte qui déambule dans la rue,
le monsieur soigné qui sort d'une banque. On me salue aimablement. Le
directeur me montre encore rapidement la halle d'abattage des bovins, vide
aujourd'hui. " Les bovins sont là le mardi ". Il me confie alors à une
employée en déclarant qu'il a à faire. " Vous pouvez tranquillement visiter
seule la halle d'abattage ". Trois semaines s'écouleront avant que je trouve
le courage d'y aller.
Le premier jour n'est encore pour moi qu'une sorte de quart d'heure de
grâce. Je vais m'asseoir dans une petite pièce à côté de la salle de pause
et heure après heure, je découpe en petits morceaux des chairs provenant
d'un seau d'échantillons qu'une main tachée de sang remplit régulièrement
dans la halle d'abattage. Chacun de ces petits morceaux - un animal. Le tout
est alors haché et réparti en portions, auxquelles on ajoute de l'acide
chlorhydrique et que l'on fait cuire, pour le test de trichine. L'employée
qui m'accompagne me montre tout. On ne trouve jamais de trichine, mais le
test est obligatoire.
Le jour suivant, je me rends donc seule dans une partie de la gigantesque
machine à découper les morceaux. Une rapide instruction - " Ici, retirer le
reste des os du collier de l'arrière-gorge et séparer les noeuds des glandes
lymphatiques. Parfois, un sabot pend encore à une patte, il faut
l'enlever ". Alors, je découpe, il faut faire vite, la chaîne se déroule
sans répit. Au-dessus de moi, d'autres morceaux du cadavre s'éloignent. Mon
collègue travaille avec entrain, tandis que dans le caniveau tant de liquide
sanguinolent s'accumule que j'en suis éclaboussée jusqu'au visage. J'essaye
de me ranger de l'autre côté, mais là une énorme scie à eau coupe en deux
les corps des cochons ; impossible d'y rester, sans être trempée jusqu'aux
os. En serrant les dents, je découpe encore, mais il faut que je me dépêche,
pour pouvoir réfléchir à toute cette horreur, et par-dessus le marché il
faut que je fasse diablement attention de ne pas me couper les doigts. Le
lendemain, j'emprunterai d'une collègue stagiaire qui a terminé son stage
une paire de gants en métal. J'arrête de compter les cochons qui défilent
devant moi, ruisselants de sang. Je n'emploierai plus de gants en
caoutchouc. Il est vrai qu'il est répugnant de fouiller à mains nues dans
des cadavres tièdes, mais si l'on se retrouve plein de sang jusqu'aux
épaules, le mélange poisseux des liquides corporels pénètre de toute façon à
l'intérieur des gants et rend ces derniers superflus. Pourquoi tourner des
films d'horreur, quand tout cela se trouve ici ?
Le couteau est bientôt émoussé. " Donnez-le-moi, je vais vous l'aiguiser ".
Le brave grand-père, en réalité un ancien inspecteur des viandes, me lance
un clin d'oeil. Après m'avoir rapporté le couteau aiguisé, il se met à faire
la causette ici et là, me raconte une blague puis se remet au travail. Il me
prend désormais un peu sous son aile et me montre quelques trucs qui
facilitent quelque peu le travail à la chaîne. " écoutez, ici tout cela ne
vous plaît pas. Je le vois bien. Mais cela doit se faire ". Je ne peux pas
le trouver antipathique. Il se donne beaucoup de mal pour me rassurer. La
plupart des autres aussi s'efforcent de m'aider ; ils s'amusent certainement
à observer ces nombreux stagiaires, qui vont et viennent ici, qui sont
d'abord choqués, puis qui poursuivent en serrant les dents leur période de
stage. Toutefois, ils demeurent bienveillants. Il n'y a pas de chicaneries.
Il me vient à penser que - à part quelques exceptions - les personnes qui
travaillent ici ne réagissent pas de façon inhumaine ; elles sont juste
devenues indifférentes, comme moi aussi avec le temps. C'est de
l'autoprotection. Non, les vrais inhumains sont ceux qui ordonnent
quotidiennement ces meurtres de masse, et qui, à cause de leur voracité pour
la viande condamnent les animaux à une vie misérable et à une lamentable
fin, et forcent d'autres humains à accomplir un travail dégradant qui les
transforme en êtres grossiers.
Moi-même, je deviens progressivement un petit rouage de ce monstrueux
automatisme de la mort. Au bout d'un certain temps, ces manipulations
monotones commencent à devenir automatiques, mais elles restent aussi très
pénibles. Menacée d'étouffement par le vacarme assourdissant et
l'indescriptible horreur omniprésente, la compréhension reprend le dessus
sur les sens hébétés et se remet à fonctionner. Faire la différence,
remettre de l'ordre, essayer de discerner. Mais cela est impossible.
Lorsque pour la première fois - en fait, le deuxième ou troisième jour -
j'ai pris conscience que le corps saigné, brûlé et scié de l'animal,
palpitait encore et que sa petite queue remuait toujours, je n'étais plus en
mesure de me mouvoir. " Ils... ils bougent encore. ", dis-je, même si en
tant que future vétérinaire j'avais appris que c'était les nerfs. J'entends
marmonner : " Mince alors, il y en a un qui a fait une faute, il n'est pas
tout à fait mort ". Un frémissement spectral agite de partout les moitiés de
bêtes. C'est un lieu d'horreur. Je suis glacée jusqu'à la moelle.
Rentrée à la maison, je me couche sur mon lit, les yeux au plafond. Passer
les heures, les unes après les autres. Chaque jour. Mon entourage réagit
avec irritation. " N'aie pas l'air si renfrognée ; fais donc un sourire. Tu
voulais absolument devenir vétérinaire ". Vétérinaire, oui, mais pas tueuse
d'animaux. Je ne peux pas me retenir. Ces commentaires. Cette indifférence.
Cette évidence de meurtre. Je voudrais, je dois parler, dire ce que j'ai sur
le coeur. J'en étouffe. Je voudrais raconter ce que j'ai vu sur le cochon qui
ne pouvait plus marcher, progressant tant bien que mal sur son train
arrière, jambes de côté ; sur les cochons qui reçoivent des coups de trique
et de pied jusqu'à ce qu'ils finissent par entrer dans le box d'abattage. Ce
que j'ai vu en me retournant : comment l'animal est scié devant moi et
accroché en oscillant : morceaux de muscles partagés en deux parties égales
à partir de l'intérieur des cuisses. Nombre d'abattages par jour 530, jamais
je ne pourrai oublier ce chiffre. Je voudrais parler de l'abattage des
bovins, de leurs doux yeux bruns, remplis de panique. De leurs tentatives
d'évasion, de tous les coups et les jurons, jusqu'à ce que la misérable bête
soit finalement prisonnière de l'enclos fermé par des barres de fer et une
serrure à double tour, avec vue panoramique sur la halle où ses compagnons
d'infortune sont dépouillés de leur peau et coupés en morceaux ; puis
l'avancée mortelle, et dans le moment qui suit la chaîne que l'on accroche à
une patte arrière et dont l'animal tente vainement de se débarrasser en la
projetant vers le haut, tandis que, déjà, par en dessous, sa tête est
tranchée. Des flots de sang qui giclent à profusion du corps sans tête,
tandis que les pattes se recroquevillent. Raconter à propos des bruits
atroces de la machine qui arrache la peau du corps, du geste du doigt,
circulaire et automatisé, pour ôter le globe de l'oeil de son orbite - artère
sectionnée, saignante, coulant à flot à l'extérieur - et le jeter dans un
trou à même le sol, où il disparaîtra parmi tous les " déchets ". Le bruit
provenant des envois sur le dévaloir en aluminium usé, des abats retirés du
cadavre décapité et qui ensuite, sauf le foie, le coeur, les poumons et la
langue - destinés à la consommation - sont aspirés dans une sorte de
collecteur d'ordures.
C'est vrai que je voudrais raconter qu'il arrive toujours qu'au milieu de
ces montagnes visqueuses et sanguinolentes se trouve un utérus gravide, et
que j'ai vu des petits veaux déjà tout formés, de toutes les tailles,
fragiles et nus, les yeux clos, dans une enveloppe utérine qui n'est plus en
mesure de les protéger - le plus petit aussi minuscule qu'un chat
nouveau-né, et quand même une vache en miniature, le plus grand au poil
tendre et soyeux, d'un blanc cassé, avec de longs cils autour des yeux, dont
la naissance devait avoir lieu quelques semaines plus tard. " Est-ce que ce
n'est pas un miracle, ce que la nature crée ? " constate le vétérinaire de
service cette semaine-là, en jetant l'utérus avec le foetus ensemble dans le
gargouillant moulin à déchets. J'ai maintenant la certitude qu'aucun dieu ne
peut exister puisque aucun éclair ne vient du ciel pour punir tous ces
forfaits commis ici-bas, et que ceux-ci se perpétuent interminablement. Ni
pour soulager la vache maigre et pitoyable qui, à mon arrivée à 7 heures le
matin, se traîne à bout de force, au prix d'efforts désespérés, dans le
couloir glacé, plein de courants d'air, et s'allonge juste devant le box de
la mort ; pour elle, il n'existe aucun dieu, ni personne d'ailleurs, pour
lui donner une petite tape pour l'aider. Avant tout, il faut traiter le
reste des animaux prévus pour l'abattage.
Quand je quitte à midi, la vache est encore couchée et tressaille ;
personne, en dépit d'instructions répétées n'est venu la délivrer. J'ai
alors desserré le licou qui lui tranchait impitoyablement la chair et lui ai
caressé le front. Elle m'a regardé avec ses grands yeux, et j'ai alors
appris en cet instant que les vaches pouvaient pleurer.
Mes mains, ma blouse, mon tablier et mes bottes sont barbouillés du sang de
ses congénères : pendant des heures, je suis restée à la chaîne, en train de
couper des coeurs, des poumons et des foies. J'ai déjà été prévenue : " Avec
les bovins on est toujours totalement immergé ! ". C'est cela que je
voudrais communiquer, afin de ne pas porter seule le fardeau, mais dans le
fond il n'y a personne qui veuille m'écouter. Ce n'est pas qu'au cours de
cette période on ne m'ait pas souvent assez posé la question : " Et à
l'abattoir, comment ça va ? Moi, en tout cas, je ne pourrais pas le faire ".
Avec mes ongles enfoncés dans les paumes des mains je gratte les lunules
jusqu'au sang pour ne pas frapper ces visages apitoyés, ou pour ne pas jeter
le téléphone par la fenêtre ; pleurer, voilà ce que je voudrais faire, mais
depuis que j'ai vu ce spectacle quotidiennement, chaque cri s'est étouffé
dans ma gorge. Personne ne m'a demandé si je pouvais tenir.
Les réactions à des réponses si parcimonieuses trahissent le malaise à ce
sujet. " Oui, cela est tout à fait terrible, aussi nous ne mangeons plus que
rarement de la viande ". Souvent je m'encourage : " Serre les dents, tu dois
tenir, bientôt tout cela sera derrière toi ". Pour moi, que le massacre
continue jour après jour est l'une parmi les pires manifestations
d'indifférence et d'ignorance. Je pense que personne n'a compris que ce ne
sont pas ces six semaines à surmonter qui sont importantes, mais bien ce
monstrueux meurtre de masse, qui se renouvelle des millions de fois, et dont
sont responsables tous ceux d'entre nous qui mangent de la viande. En
particulier, tous ceux qui se prétendent amis des animaux et mangent de la
viande : ils ne sont pas dignes de confiance.
" Arrête, ne me coupe pas l'appétit ! ". C'est aussi avec ce type de
réaction que plus d'une fois je suis restée muette. Parfois le ton monte :
" Mais tu es une terroriste, toute personne normale doit rire de toi ".
Comment s'en sortir seule dans de tels instants ? Il m'arrive d'aller
regarder le petit foetus de veau que j'ai ramené à la maison et que j'ai mis
dans du formol. " Memento mori ". Et laisser en rire les " gens normaux ".
Les choses deviennent abstraites quand on est entouré de tant de morts
violentes ; la vie à titre individuel apparaît alors comme infiniment dénuée
de sens. Quand je regarde les rangées anonymes de cochons transportés sous
la même forme à travers la halle, je me demande : " Les choses
seraient-elles différentes si à la place de cochons, il y avait des humains
? ". D'autant plus que l'anatomie de la partie arrière de l'animal, épaisse,
parsemée de pustules et de taches rouges, rappelle étrangement ce que l'on
peut voir sur les plages ensoleillées des vacances : des amas de graisse
débordant des maillots de bain trop étroits. En outre, les cris qui
retentissent interminablement dans la halle d'abattage quand les animaux
sentent approcher la mort pourraient provenir de femmes et d'enfants. Ne
plus faire la différence devient inévitable. Il y a des moments où je pense
: Arrêter, cela doit s'arrêter. Pourvu qu'il fasse vite avec la pince
électrique, pour qu'enfin cela s'arrête. " Beaucoup d'animaux ne crient
pas " a dit une fois l'un des vétérinaires, " alors que d'autres se figent
comme des statues en se mettant à crier sans aucune raison ". Je me demande
pour ma part comment ils peuvent rester immobiles et " crier sans aucune
raison ". Plus de la moitié du temps de stage est écoulé lorsque je pénètre
enfin dans la halle d'abattage pour pouvoir dire : " j'ai vu ". Ici se
termine le chemin qui débute à la rampe de déchargement. Le lugubre corridor
sur lequel débouchent tous les enclos se rétrécit jusqu'à une porte ouvrant
sur un box d'attente ayant une capacité de 4 ou 5 cochons. Si je devais
décrire en image le concept de " peur ", je le ferais en dessinant des
cochons blottis les uns contre les autres contre une porte fermée, et je
dessinerais leurs yeux. Des yeux que plus jamais je ne pourrai oublier. Des
yeux que chacun d'entre nous qui voulons manger de la viande devraient avoir
regardé. Les cochons sont séparés à l'aide d'une trique en caoutchouc. L'un
d'entre eux est poussé en direction d'un espace fermé de tous côtés. Il
crie, et comme souvent le gardien a encore autre chose à faire, l'animal
essaye de reculer et s'évader par l'arrière jusqu'à ce qu'enfin, à l'aide
d'un clapet électrique, il puisse verrouiller l'issue. Par une pression sur
un bouton, le sol de l'enclos est remplacé par une sorte de traîneau mobile
sur lequel le cochon se retrouve à califourchon, ensuite une deuxième
coulisse s'ouvre devant lui et le traîneau avec l'animal glisse vers l'avant
dans un autre box. Là une brute de boucher chargé de l'abattage - je l'ai
toujours appelé en moi-même Frankenstein - branche les électrodes. Une
tenaille d'étourdissement à trois points, comme le directeur me l'a
expliqué. On voit dans le box le cochon qui tente de se cabrer, puis le
traîneau est brusquement retiré et la bête, palpitante, s'affaisse dans un
flot de sang en agitant nerveusement les pattes. Ici l'attend une autre
brute de boucher, qui sûr de sa cible, enfonce le couteau en dessous de la
patte avant droite du cochon ; un flot de sang foncé gicle et le corps
s'affaisse vers l'avant. Quelques secondes plus tard, une chaîne de fer se
referme sur une des pattes arrière de l'animal qui est hissé vers le haut ;
la brute de boucher dépose alors son couteau, s'empare d'une bouteille de
cola souillée, déposée à même le sol recouvert d'une couche de sang d'au
moins un centimètre, et en boit une gorgée.
Je décide de suivre les cadavres qui, balancés à leur crochet, et saignant
abondamment, sont dirigés vers l'" enfer ". C'est ainsi que j'ai dénommé la
pièce suivante. Celle-ci est haute et noire, pleine de suie, de puanteur, de
fumée. Au terme de plusieurs virages au cours desquels le sang se déverse
encore à flots, la rangée de cochons arrive à une sorte d'immense four.
C'est là que la soie du porc est éliminée. Les corps des animaux tombent par
une sorte d'entonnoir à l'intérieur de la machine. On peut y voir à
l'intérieur. Les flammes jaillissent et, pendant quelques secondes, les
corps sont secoués de tous côtés, et semblent accomplir une danse grotesque
et trépidante. Ils sont ensuite largués de l'autre côté sur une grande table
où ils sont immédiatement attrapés par deux grosses brutes de bouchers qui
commencent par enlever les parties de la soie qui n'ont pas été éliminées,
puis grattent les orbites oculaires et séparent les sabots des pattes. Tout
cela se déroule très rapidement, le travail s'effectue en plein accord.
Pendues aux crochets par le tendon des pattes postérieures, les bêtes mortes
sont alors dirigées vers un châssis métallique contenant une sorte de
lance-flammes. Dans un bruit assourdissant, le corps de l'animal est soumis
à un jet de flammes qui l'espace de quelques secondes l'enveloppe tout
entier. La chaîne mobile se met alors à nouveau en mouvement et emporte les
corps dans la halle suivante, celle-là même où je me suis trouvée durant les
trois premières semaines. Là les organes sont retirés et apprêtés sur la
bande mobile supérieure. La langue est palpée, les amygdales et l'oesophage
détachés et jetés, les ganglions lymphatiques coupés, les poumons mis aux
déchets, la trachée-artère et le coeur ouverts et les échantillons pour
l'examen de trichine prélevés, la vésicule biliaire extirpée, et le foie
examiné à cause de la présence possible de poches de vers. Beaucoup de porcs
ont des vers et si leur foie en est rempli, il doit être jeté. Tous les
autres organes, comme l'estomac, les intestins, l'appareil génital, sont
envoyés au rebut. Sur la bande mobile inférieure, le reste du corps est
apprêté : divisé en morceaux; les articulations coupées; l'anus, les reins
et les parties graisseuses entourant les reins enlevés; le cerveau et la
moelle épinière retirés, etc., et ensuite une marque est imprimée sur
l'épaule. Le cou, le bas du dos, l'abdomen et les cuisses sont préparés pour
la pesée, puis dirigés vers la chambre froide. Les animaux jugés impropres à
la consommation sont " provisoirement écartés ". Pour le marquage, qui est
une opération effectuée dans la sueur sur des cadavres tièdes et visqueux
qui pendent très haut en fin de bande, il faut faire très vite quand on n'a
pas l'habitude: on risque de se faire assommer par les moitiés de bêtes qui
arrivent en force devant la balance et s'entassent les unes sur les autres
avec violence.
Je ne dirai pas le nombre de fois où j'ai laissé mon regard errer sur
l'horloge murale de la salle de pause ! Mais ce qui est sûr, c'est qu'en
aucun autre endroit au monde le temps ne passe plus lentement qu'ici. Un
temps de pause est octroyé au milieu de la matinée, et c'est essoufflée que
je me précipite aux toilettes, et que tant bien que mal je me nettoie du
sang et des lambeaux de chair ; c'est comme si cette souillure et cette
odeur allaient s'accrocher à moi pour toujours. Sortir, seulement sortir
d'ici. Je n'ai jamais pu avaler quoique ce soit comme nourriture dans ce
bâtiment. Soit je passe mon temps de pause, aussi froid qu'il puisse faire
dehors, à courir jusqu'à la clôture en fils de fer barbelés et regarde au
loin les champs et l'orée du bois, et j'observe les corneilles. Ou alors je
traverse la rue et me rends au centre commercial où je peux me réchauffer en
buvant un café dans une petite boulangerie. Vingt minutes après, on est de
nouveau à la chaîne. Manger de la viande est un crime. Jamais plus ceux qui
mangent de la viande ne pourront être mes amis à nouveau. Jamais, jamais
plus. Je pense que tous ceux qui mangent de la viande devraient être envoyés
ici, et voir ce qui s'y passe, du début à la fin. Je ne suis pas restée ici
parce que je veux devenir vétérinaire, mais parce que les gens veulent
manger de la viande. Et pas seulement cela : mais parce qu'en plus ce sont
des poltrons. Leur escalope blanchie, stérile, achetée au supermarché, n'a
plus les yeux qui déversent des flots de larmes de frayeur devant la mort,
pas plus qu'elle ne hurle quand le couteau va frapper. Vous tous qui vous
nourrissez des cadavres de la honte, cela vous est soigneusement épargné,
vous qui dites : " Non, moi, cela je ne pourrais pas le faire ".
Un jour, un paysan est venu, accompagné de son fils, âgé de 10 ou 11 ans,
pour faire analyser un échantillon de viande pour la trichine. En voyant
l'enfant aplatir son nez contre la vitre, j'ai pensé que si les enfants
pouvaient voir toute cette horreur, tous ces animaux tués, il y aurait
peut-être un espoir de changement. Mais j'entends encore l'enfant crier à
son père : " Papa, regarde, là, quelle énorme scie ! ".
Le soir, à la télévision, on annonce aux informations : " mystère non encore
résolu à propos du meurtre perpétré sur une jeune fille, assassinée et
coupée en morceaux " et je me rappelle la frayeur générale et le dégoût de
la population devant cette atrocité. Je dis : " Des atrocités semblables,
j'en ai vu 3700 rien qu'en une semaine ".
Maintenant, je ne suis plus seulement une terroriste, mais encore je suis
malade, là-haut, dans ma tête. Car je ressens non seulement de l'effroi et
de la répugnance envers le meurtre commis sur un être humain, mais aussi
envers ceux commis sur des animaux des milliers de fois en une seule semaine
et dans un seul abattoir. Etre un humain, cela ne signifie-t-il pas dire non
et refuser d'être le commanditaire d'un meurtre à grande échelle - pour un
morceau de viande ? étrange nouveau monde. Il est possible que les tous
petits veaux trouvés dans l'utérus déchiré de leur mère, et qui sont morts
avant même d'être nés, ont encore connu le moins mauvais sort d'entre nous
tous.
D'une manière ou d'une autre, le dernier de ces interminables jours est
enfin arrivé et j'ai reçu mon certificat de stage, un chiffon de papier,
cher payé si tant est que j'ai jamais payé cher quelque chose. La porte se
referme ; un timide soleil de novembre m'accompagne depuis la cour de
l'abattoir jusqu'à l'arrêt du bus. Les cris des animaux et le bruit des
machines s'estompent. Je traverse la rue alors qu'un gros camion à remorque
amenant du bétail prend le virage pour entrer dans l'abattoir. Il est rempli
sur deux étages de cochons, serrés les uns sur les autres. Je pars sans un
regard en arrière car j'ai porté témoignage et, à présent, je veux essayer
d'oublier et de continuer de vivre. A d'autres de lutter maintenant ; moi,
ce sont ma force, ma volonté et ma joie de vivre qui m'ont été pris et
remplacées par un sentiment de culpabilité et de tristesse paralysante.
L'enfer est parmi nous, des milliers et des milliers de fois, jour après
jour. Une chose nous reste pourtant, et pour toujours, à chacun : Dire Non.
Non, non et encore non !
LES ANIMAUX MARINS (POISSONS, CRUSTACES, ETC.) SOUFFRENT AUSSI !
Malgré ce que les apparences nous poussent à croire, le monde des animaux
aquatiques est d'une grande complexité. Les poissons, tout comme les humains
ou les autres animaux terrestres, perçoivent, ressentent, souffrent,
communiquent.
La plupart des poissons produisent des sons (malheureusement seulement
audibles grâce à un hydrophone) lorsqu'on les touche, lorsqu'on les tient,
lorsqu'on les poursuit.
Leurs sensations, qu'elles soient visuelles, olfactives, gustatives ou
tactiles sont aussi très développées, souvent beaucoup plus que chez la
majorité des autres animaux. Leur système nerveux présente les mêmes
récepteurs à la douleur que les nôtres.
Ils ressentent aussi la peur : comme chez l'humain, leur fréquence cardiaque
augmente, ainsi que leur rythme respiratoire ; une décharge d'adrénaline est
libérée lorsqu'ils sont traqués, par exemple. Il a été démontré que les
perches apprennent rapidement à éviter les hameçons en voyant d'autres
poissons se faire prendre.
Les poissons ressentent donc la douleur, la peur, la privation de liberté ou
le stress dus aux stimuli sensoriels violents. Les maintenir enfermés en
aquarium les prive de leurs besoins fondamentaux, les soumet quotidiennement
aux chocs que sont les bruits, la lumière, les polluants domestiques
(fumées, parfums). Nombre d'entre eux meurent ou sont blessés lors de la
capture (dynamite, bombe de cyanure, anesthésiant, prise au filet). Ceux qui
survivent souffrent d'ennui, de stress, et / ou de troubles divers.
Des milliers de milliards de poissons meurent aussi pour le commerce
agroalimentaire, leur mort n'est alors ni rapide, ni indolore (l'agonie
pouvant durer plusieurs jours). Dans les filets, les poissons meurent
étouffés, écrasés. Lorsqu'on les remonte, les frottements leur mettent les
flancs à vif, la décompression fait exploser leur vessie natatoire, sortir
les yeux de leurs orbites, ou l'oesophage et l'estomac par la bouche.
Beaucoup sont congelés ou vidés vivants, on les extrait souvent du filet au
moyen de crochet. Outre les poissons, de nombreux mammifères, tortues,
oiseaux sont pris dans les filets et meurent.
La pêche de loisirs, elle, ne tue les poissons que par " amour " du sport.
La douleur infligée par l'hameçon perforant les chairs, déchirant la bouche,
provoque de vives manifestations de panique : le poisson se débat, crache,
coule. Ensuite, il est jeté à terre où il est brûlé et asphyxié lentement
par l'oxygène de l'air. Relâcher les poissons, parfois avec l'hameçon encore
accroché aux branchies ou aux organes intérieurs, s'ils l'ont avalé, revient
à leur infliger une incapacité temporaire ou permanente à s'alimenter, à se
déplacer, voire une agonie interminable. Certains poissons sont mutilés pour
servir d'appât afin d'en pêcher d'autres.
Des millions de poissons pêchés chaque année dans les cours d'eau sont issus
de la reproduction artificielle et consanguine : dégénérés, si peu craintifs
qu'ils ne savent même plus se protéger.
Les poissons comme beaucoup d'autres animaux sont assimilés par l'humain à
des objets : on peut les empoisonner, assécher leur plan d'eau, on peut les
mutiler, les frapper, les éventrer, les capturer, les décapiter, aucune
importance, notre incapacité à percevoir leur terreur et leurs souffrances
nous invite à penser qu'ils n'en éprouvent aucune !
Même si nous ne ressentons généralement que peu de compassion pour les
animaux aquatiques, refuser de pêcher, de manger ou de tenir des poissons
enfermés dans des aquariums, c'est prendre conscience de leur capacité à
éprouver des émotions et des sensations douloureuses.
LE FOIE GRAS : UN CONCENTRE DE SOUFFRANCES
Traditionnel ou industriel, le gavage n'est pas un simple excès de
nourriture, mais un vrai supplice qui mène irrémédiablement à l'agonie et à
la mort les oies et les canards au bout de deux à trois semaines.
On croit parfois que le gonflement du foie, bien qu'exagéré, est naturel. Il
n'en est rien : c'est une maladie forcée (stéatose hépatique nutritionnelle
donnant un énorme organe malsain) qui débouche sur la mort si le gavage se
poursuit. Mais avant la mort viennent de multiples souffrances.
- Le tuyau de l'entonnoir est enfoncé très profondément. La douleur est
souvent accentuée par des accidents de gavage (perforation du cou ou du
jabot, brûlures internes par le maïs trop chaud.).
- Le foie, multiplié par 8, 10, ou 12, presse sur les poumons de ces oiseaux
qui n'ont pas de diaphragme et rend leur respiration très difficile. Ils
halètent péniblement pour trouver de l'air.
- Le confinement est tel que les canards ne peuvent pas bouger dans leur
cage de gavage (25 cm par 15 !) : imaginez une cellule de prison où vous ne
pourriez pas écarter les bras du corps !
- Dans les parcs collectifs, la surpopulation est une autre source de
stress. Pour éviter les agressions, on pratique le débecquage : le bec est
coupé par une lame chauffée à blanc, il restera profondément douloureux
toute la vie.
- L'insalubrité accentue le développement des maladies. Les diarrhées, l'impossibilité
de bouger due aux chocs de gavage finit par rendre les oiseaux, qui étaient
propres et beaux avant le gavage, souillés d'excréments et malades. Au bout
de quelques jours de gavage les oiseaux ne peuvent plus émettre de son et un
silence de mort règne dans les parcs. Juste leur respiration est
perceptible.
- Ces oiseaux mâles (les femelles sont tuées à la naissance) au comportement
de couple fidèle souffrent cruellement de leur isolement forcé.
- Ils ont tendance à fuir le gaveur qui leur prend le coup. Au moment du
gavage, leur stress intense dû à l'appréhension de la douleur est très
perceptible.
Officiellement, 4 à 10% des canards meurent avant l'abattage. De l'aveu même
des gaveurs : " Beaucoup ne tiennent pas le choc. ". Imaginez-vous, recevant
deux fois par jour, en cinq secondes, l'équivalent de 15 kilos de spaghettis !
Douleur et anxiété, privations des moindres besoins comportementaux, sociaux
et physiologiques : voilà la réalité du gavage, indéniable.
LA LAINE ET LES MOUTONS
On se pose rarement des questions sur l'élevage des moutons pour leur laine,
on se dit qu'on leur rend service en les tondant de temps en temps, et on ne
trouve pas non plus beaucoup d'informations sur ce sujet.
Actuellement, la plus grande partie de la laine est importée d'Australie où
les moutons sont élevés à l'air libre mais de façon presque intensive. En
moyenne, plus de 2 000 moutons par éleveur, et des troupeaux de 8 à 10 000
ne sont pas rares (au Royaume-Uni, ce nombre ne dépasse guère 500). 80% de
la laine utilisée dans le monde provient d'Australie, qui totalise 148
millions de moutons.
Les moutons ont beau évoluer sur de larges espaces, il y a tout de même
surpopulation et impossibilité, de par leur nombre, de les surveiller,
soigner, entretenir. Du coup, 20% des agneaux meurent la première année.
Et puis, ils paissent dans les régions semi-arides de l'Australie centrale,
où des pluies torrentielles succèdent à de longues périodes de sécheresse,
avec de grandes variations de température. De nombreux fermiers
entretiennent un troupeau trop important et lorsqu'une sécheresse advient,
il n'y a pas assez de nourriture ni d'eau, et ils sont laissés à eux-mêmes
pour survivre ou mourir. D'où famine et longues agonies (même si c'était
plus économique de tuer ceux qui agonisent, peu le feraient, car la pluie
peut toujours tomber le lendemain et en sauver quelques-uns).
D'autre part, beaucoup d'opérations de " routine ", comme la castration ou
la coupe de la queue sont faites sans anesthésiques et sans soins
particuliers. On leur découpe aussi une large bande de chair autour de la
région anale, ceci afin d'éviter, vainement d'ailleurs, les infestations
parasitaires.
Enfin, et toujours pour des raisons de profit et de facilité, les fermiers
ont de plus en plus tendance à tondre au début de l'hiver, et beaucoup de
moutons en meurent (le nombre est estimé à un million de morts) ; leur
température normale est de 39°C, ce qui est un avantage lorsqu'il fait
chaud, mais ce qui les rend très sensibles au froid. Les tondre en hiver
signifie aussi qu'ils supportent leur épaisse toison tout l'été, car les
variétés actuelles, contrairement aux moutons d'origine non encore
domestiqués, ne muent pas.
Et lorsqu'ils cessent, avec l'âge, d'être productifs, les moutons sont
transportés sur de longues distances vers les parcs de vente, où ils restent
jusqu'à 2 jours sans nourriture ni eau, puis sont encore transbahutés
jusqu'à l'abattoir. Bon nombre sont expédiés vers des abattoirs du Moyen
Orient. Ils sont chargés sur de gigantesques bateaux de 14 étages. La
traversée dure trois semaines ou plus, durant lesquelles ils croupiront dans
leurs excréments. A l'arrivée, ceux qui ne sont pas morts pendant le voyage
sont menés à l'abattoir, où on les égorge en pleine conscience (aucune forme
d'insensibilisation). Les malades et les agneaux nés pendant la traversée
sont jetés à la mer.
Comme la production de lait ou d'oeufs, la production de la laine est en l'état
actuel des choses étroitement liée à celle de la viande. Cautionner l'une, c'est
cautionner l'autre, et c'est cautionner des souffrances et des morts
machinales, de masse. Cela est valable non seulement pour les unités de
production industrielles et / ou concentrationnaires, mais aussi pour toutes
les exploitations artisanales, à " échelle humaine " qui, moins horribles
dans le détail, n'en aboutissent pas moins au même résultat. Nous pouvons
tous faire quelque chose : en évitant la laine, les articles en peau de
mouton, la lanoline (extraite des toisons). Il existe des alternatives à la
laine en matières végétales (coton, chanvre, lin) ou synthétiques
(acrylique, polaire.).
LE CUIR, LA FOURRURE
- La fourrure : Chaque année plus de 25 millions d'animaux sont condamnés à
une mort lente et cruelle pour la production de fourrure. Pourquoi des
humains veulent-ils porter la fourrure d'animaux tués et dépecés ? Pour
satisfaire un goût de luxe inutile. La fourrure ne sert à rien de plus .
Les animaux destinés à ce commerce passent leurs vies dans de minuscules
cages électrifiées, pour empêcher les animaux de se frotter contre les
barreaux de ces cages, afin qu'ils n'abîment pas leur fourrure. Pour éviter
que les fourrures ne soient endommagées, les fourreurs utilisent également
des méthodes de mise à mort extrêmement lentes et douloureuses telles que la
suffocation, l'électrocution, la strangulation, etc..
Nombre d'animaux tués pour fabriquer un manteau de fourrure : Visons : 60 à
80, Renards : 15 à 20, Ratons laveurs : 40, Lynx : 15, Opossums : 25,
Guépards : 6 à 12, Léopards : 3 à 5, Castors : 10 à 20, Chinchilla : 130 à
200, Hermine : 180 à 240, Loutre : 10 à 16, Martre : 40 à 50, Opossum : 30 à
40, Zibeline : 60 à 70.
- Le cuir : Le cuir comme la fourrure est la peau d'un animal vivant qui a
été tué. Le cuir est utilisé pour les vêtements, les chaussures, pour le
luxe et la vanité. Au XXIième siècle, l'industrie du cuir est très rentable.
Des milliards d'Euros lient étroitement l'industrie du cuir, de l'élevage,
et l'industrie de la viande. Beaucoup de gros producteurs de viande ont d'ailleurs
leurs propres tanneries de cuir. Chaque année, plus de 230 millions de
boeufs, 350 millions de moutons, 175 millions de chèvres et 700 millions de
cochons sont tués à travers le monde pour leur chair et leur peau. Les plus
gros producteurs de peaux sont la C.E.I. (ex URSS), les USA et l'Inde. L'Inde
et la Chine produisent la plupart des peaux de chèvres. La plupart des peaux
de moutons proviennent de Nouvelle-Zélande et d'Australie. Les plus gros
exportateurs de cuir fini sont la France, l'Angleterre, l'Allemagne, l'Italie,
les USA et le Japon.
Les peaux de millions d'animaux sont produites dans la souffrance et l'horreur
des fermes industrielles (surpopulation, empoisonnement, privation,
castrations non-anesthésiées, marquage au fer rouge, coupage de la queue et
des cornes, traitement cruel durant le transport et l'abattage, etc..).
Les producteurs de viande et les éleveurs peuvent ainsi faire de l'argent
avec n'importe quelle partie de l'animal. En effet, le profit de l'industrie
de la viande est largement dépendant des ventes de " sous-produits " (le
cuir, le lait, la gélatine, .). Le négoce du cuir rapportait en France, en
1983, plus de 3 milliards d'Euros. Quand un jeune boeuf d'environ 450 kilos
est abattu, on obtient 200 kilos de viande, le reste de la carcasse part
dans la fabrication des sous-produits. Cela consiste à récupérer les os, les
cornes, les sabots pour fabriquer la gélatine et le papier de verre, les
poils pour faire des brosses et des couvertures grossières, le sang, la
viande et les organes " impropres à la consommation humaine " transformés en
farine pour nourrir du bétail (en principe ceci est interdit maintenant, les
farines sont brûlées dans des crématoires), pour l'agriculture, pour les
aliments pour chiens et chats. La peau compte, quant à elle, pour 50% du
total de la valeur des sous-produits du bétail ... Le succès économique des
abattoirs et des fermes laitières dépend directement de la vente de ces
sous-produits.
- Les victimes du cuir : La plupart du cuir produit et vendu à travers le
monde provient de la peau du bétail et des veaux mais aussi des chevaux, des
moutons, des agneaux, des chèvres et des cochons abattus pour la viande.
Cependant dans le monde de nombreuses autres espèces sont aussi chassées et
tuées spécialement pour leurs peaux : les mules, les zèbres, les buffles,
les sangliers, les kangourous, les opossums, les éléphants, les tigres, les
léopards, les autruches, les cerfs, les anguilles, les requins, les
baleines, les dauphins, les marsouins, les phoques, les morses, les tortues,
les alligators, les crocodiles, les lézards, les serpents, .
Approximativement 1/3 des cuirs " exotiques " proviennent d'animaux menacés
qui sont braconnés et dont le meurtre et l'importation sont des crimes d'après
les lois. De plus, les braconniers n'hésitent pas à utiliser un animal pour
en tuer un autre d'une espèce différente (appât).
Dans le sud de l'Afrique, un abattoir procède au meurtre de 700 autruches
par jour. Pendant ce temps, la plupart des crocodiles et des alligators sont
capturés à l'aide de crochets géants ou sont massacrés à coup de gourdin.
Les serpents sont souvent embrochés sur des pieux et écorchés vifs. Les
chevreaux peuvent être bouillis vivants afin de confectionner des gants pour
enfants. La peau des veaux et agneaux non-nés (certains sont avortés et d'autres
viennent de brebis et vaches abattues) ainsi que celles des brebis sont
considérées comme très luxueuses.
- Les toxines dans le processus de tannage : Dans le passé, la peau de l'animal
était salée, séchée et tannée avec des produits de tannage végétaux ou des
huiles. Aujourd'hui, pour passer de la peau brute de l'animal au cuir fini,
les producteurs de cuir utilisent beaucoup de substances dangereuses telles
que des sels minéraux (chrome, aluminium, fer et zirconium), d'autres
substances (phénol, crésyl, naphtalène) et une variété d'huiles, de
teintures et de conservateurs dont quelques-uns ont des bases de cyanure. La
plupart des tanneries rejettent ces substances toxiques dans les rivières,
fleuves avoisinants. Des centres de contrôle des maladies ont révélé que le
taux de malades de la leucémie est 5 fois plus élevé que la moyenne, à
proximité des tanneries et qu'il n'est pas rare que les gens qui y
travaillent meurent de cancers causés par des expositions aux nombreux
produits toxiques. Selon une étude faite par le New York State Health
Department (USA), plus de la moitié des victimes du cancer des testicules
travaillent dans des tanneries.
- Alternatives : Il existe des alternatives aussi bien au cuir, qu'à la
fourrure ou qu'à la laine. Il n'est pas nécessaire de fabriquer des ballons
de football, des ceintures, des vestes, des chaussures ou d'autres choses
avec du cuir. Il n'est pas obligatoire de torturer des animaux et de les
tuer pour leur fourrure. Il n'est pas obligatoire de porter des vêtements,
des couvertures en laine (d'ailleurs beaucoup de personnes y sont
allergiques). De très nombreuses alternatives à ces produits existent, elles
sont aussi solides, facilement lavables, souvent moins chères, plus
écologiques, . comme par exemple les produits à base de coton, de lin, le
lorica (matière recyclée), ou toute sorte de matière synthétique, de
caoutchouc. Des chaussures (style Doc Martens, chaussures de ville, .)
ressemblant à s'y méprendre à du cuir (texture, solidité,.), et n'étant
composées que de matières non-animales, sont disponibles depuis déjà
longtemps (voir contacts page 99). D'autre part, il est facile de se
procurer des couvertures, pulls, tricots, vestes, blousons, manteaux en
matières synthétiques. En France, il est facile de trouver des chaussures en
synthétique ou en toile dans la majorité des grandes surfaces et des
magasins de sport.
LE DOUX ANGORA
L'angora est exclusivement la fibre textile du lapin blanc à poil long du
même nom. Depuis longtemps la France occupe la première place mondiale des
producteurs, elle " produit " environ 200 tonnes par an. Tous les trois mois
environ, le lapin (ou plus souvent la lapine, car elle est plus "
productive ") est épilé et fournit jusqu'à 1 kg de mèches par an. Il est
communément admis maintenant que la fourrure est un commerce de souffrance
et de mort, malheureusement un grand nombre de gens préfèrent ne rien savoir
des autres produits animaux (cuir, laine, etc.) qui sont obtenus en échange
de la vie de millions d'animaux.
LA SOIE
La soie est obtenue par déroulement du fil du cocon du ver à soie, après
avoir ébouillanté celui-ci dans un bain de vapeur ou d'eau portée à
ébullition. Cent cinquante chenilles sont ainsi sacrifiées pour obtenir 10
grammes de ce textile de luxe.
CHASSE, PECHE ET PREDATION
En France chaque année, près de 1,5 millions de chasseurs tuent 50 millions
d'animaux, provoquent 300 accidents de chasse impliquant des blessés humains
et tuent une 50aine d'humains. A 90%, les victimes humaines sont des
chasseurs.
L'humain n'est pas fait physiquement pour être un prédateur comme peut l'être
un renard, un ours, un loup, un aigle. Sans ses armes, l'humain n'est qu'un
piètre chasseur, il peut juste à la rigueur tuer quelques petits animaux, ou
manger des charognes. La chasse ne s'est développée dans l'espèce humaine qu'à
partir du moment où il s'est mis à fabriquer des outils. Un fusil (mais
aussi un arc, une lance) n'a rien de " naturel " et quelques milliers de
tonnes de plomb toxiques sont déversés tous les ans, par eux, dans l'environnement.
Il en est de même pour les pêcheurs, ce qui est tout sauf écologique.
Essayez donc de tuer un sanglier à mains nues ou de rattraper un lièvre. L'humain
n'en est pas capable, pas plus que son ancêtre. Les sens de l'humain sont
tellement peu adaptés à la chasse, qu'il utilise des chiens pour dénicher
des proies : sans eux, il pourrait très bien passer à côté d'animaux sans
les voir (les animaux ont une fourrure ou un plumage qui leur sert de
camouflage). Lorsque le chien du chasseur fait s'enfuir un animal, l'humain
n'a alors qu'à braquer son fusil et tirer. C'est ça qu'ils prétendent être
du sport.
Certains prétendent que la chasse que pratiquent les humains régule les
espèces. Seulement, il faut savoir que les chasseurs sont obligés de faire
des élevages de gibier, comme des lièvres et des faisans pour pouvoir tuer
quelque chose. Ils les lâchent juste avant l'ouverture de la chasse et il n'est
pas rare de voir dans la nature vers cette période, des faisans et des
lièvres qui ne s'enfuient même pas à la vue des humains : les chasseurs les
tuent à bout portant. Et si ce ne sont pas eux qui les tuent, ces animaux d'élevage
meurent car ils ne savent pas se débrouiller tout seul. Pour la pêche c'est
la même chanson, avant l'ouverture, des poissons d'élevages sont introduits
dans les rivières. L'environnement a été tellement pollué et la place
tellement réquisitionnée par les humains que les animaux n'ont plus d'espace
viable pour se développer. Quel est le but ? Que chacun puisse continuer à
tuer pour satisfaire son petit ego, avoir une sensation de puissance en
tuant des êtres ? Nous faire croire que la chasse et la pêche sont
nécessaires ? Veut-on nous faire croire que des actes, qui consistent à
tuer, développent les bons côtés de l'humain ? Cultiver un jardin permet d'apprendre
sur l'environnement d'une façon bien plus positive. Et si les sentiers ne
sont plus entretenus par les chasseurs qu'est-ce que cela fait ? Croit-on
aussi que les sentiers sont naturels ? Ce qui est naturel, c'est que des
arbustes et des fougères fassent disparaître ces chemins.
Même dans l'hypothèse où un contrôle des populations animales soit
nécessaire, pourquoi chercher à tuer ? On peut très bien imaginer des
contraceptifs qui pourraient être répandus dans la nature ou injectés dans
les animaux. Ces méthodes existent déjà d'ailleurs pour les pigeons ou pour
des espèces protégées comme les éléphants. Il s'agit juste d'avoir la
volonté de développer ces méthodes, même si c'est moins facile et moins dans
les moeurs actuelles que de tuer.
La prédation, même si certains la qualifient de naturelle, n'en reste pas
moins cruelle et non-acceptable moralement. A l'heure actuelle, aucune
solution simple n'existe pour éviter que les animaux se tuent entre eux (à
part les animaux " domestiques " comme les chats et les chiens qu'il est
facile de nourrir d'une façon végétalienne). Cette question est, pour le
moment, réservée aux philosophes éthiques.
FILM PHOTO
Tout d'abord, il y a le support ; soit en papier pour les tirages, ou
acétate, ou acétate de cellulose, ou en polyester. Sur ce support, est
couché une gélatine contenant des cristaux de bromure d'argent et, en plus
pour certains films couleur ou papier, des colorants.
La gélatine est une substance protéique. Elle est obtenue par traitement
spécial de différentes substances animales : os, peau, tendons.
Suivant les régions de provenance des déchets d'animaux, la gélatine aura
des propriétés très différentes (c'est pour cette raison que certains
fabricants photographiques ont leurs propres troupeaux). Cette gélatine sert
de liant pour retenir les cristaux de bromure d'argent. La gélatine
photographique n'est ni plus, ni moins la même qu'on trouve chez le
charcutier, en sachant que la gélatine photographique est de meilleure
qualité que celle utilisée dans l'alimentation.
A noter que la rumeur qui prétendait que Fuji n'utilisait plus de gélatine
pour ses pellicules est fausse.
La seule alternative possible est d'utiliser des appareils photos numériques
ou des camescopes. Leur prix devient de plus en plus abordable et ils sont
de plus en plus performants.
POUR LES BESOINS DU CINEMA
Les films qui comportent des scènes de violence, de torture et de meurtre
sur des animaux nous proposent des images très réelles. Et pour cause, quand
il s'agit d'animaux, le trucage consiste à faire croire, trop souvent, aux
spectateurs, que les animaux sont mutilés, souffrent et meurent " pour de
faux ".
Les animaux dressés spécialement pour la figuration sont loués pour des
sommes qu'une majorité de producteurs de films ne peuvent et / ou ne veulent
pas débourser. Aux USA et en Europe (officiellement) les " animaux de
cinéma " sont protégés. Mais rien n'empêche un producteur de les utiliser
dans des séquences révoltantes, dès l'instant qu'il tourne dans des pays où
les animaux ne sont pas (ou peu) protégés (exemple classique : Espagne,
Italie, Mexique,.). Des chevaux, des chats, des chiens, des oiseaux (ou d'autres
animaux si besoin est) sont mutilés et tués après bien souvent une longue et
douloureuse agonie.
LA VIVISECTION : CRUELLE ET INUTILE
Utiliser des animaux comme modèle pour des expériences est le plus souvent
trompeur et parfois dangereux. Les conclusions sont complexes mais la
souffrance, le gâchis financier et technique sont bien réels.
1. " Chaque découverte médicale majeure est le fruit de l'expérimentation
animale. "
Non. Depuis la création du Prix Nobel de physiologie et de médecine en 1901,
deux tiers des prix ont été attribués à des scientifiques utilisant des
techniques substitutives à l'expérimentation animale.
La progression de l'espérance de vie est essentiellement due aux changements
de mode de vie et aux progrès sanitaires. Et les études cliniques et
épidémiologiques (études du développement naturel des maladies au sein des
populations humaines) ont eu l'impact le plus important sur la santé
publique. Le lien entre le cholestérol et les maladies cardiaques fut établi
grâce à l'épidémiologie, qui fut aussi le meilleur indicateur des facteurs
du développement du cancer. La corrélation entre la cigarette et le cancer
fut découverte longtemps avant que le public ne soit averti des dangers du
tabagisme, car la vivisection n'était pas arrivée aux mêmes conclusions !
Dans bien des cas, les résultats de la vivisection ont retardé les
découvertes : celles de la transfusion sanguine (de 200 ans) ou des
transplantations de cornées, par exemple. En 1984, Sabin, l'inventeur du
vaccin antipolio, déclara : " Le travail de prévention contre la polio fut
retardé par une conception erronée de la nature de la maladie humaine,
fondée sur le mauvais choix de modèle expérimental qu'était le singe. " Et
pour les transplantations cardiaques, le professeur Barnard - pionnier dans
ce domaine - affirme avoir perdu deux ans en travaillant sur les chiens, qui
ne présentent pas de phénomène de rejet. L'être humain si !
Les cancers, avec environ 25% des décès, sont le deuxième tueur occidental
après les maladies cardio-vasculaires. On poursuit l'expérimentation animale
depuis plus d'un siècle dans ce domaine sans avancée majeure. Les souris,
très fréquemment utilisées, sont loin de correspondre à un modèle idéal :
elles ont tendance à souffrir de formes de cancers différentes de celles des
humains. Les recherches modernes in-vitro en cancérologie se concentrent,
elles, sur le cycle vital des cellules humaines cancéreuses, et sur la façon
dont s'opèrent les changements, notamment en matière de multiplication
aberrante.
2. " Quels sont les progrès survenus sans le recours aux animaux ? "
Ils sont légion. La compréhension de la circulation sanguine, des groupes
sanguins et du facteur rhésus. Pour les anesthésiques, le chloroforme, l'éther
et l'oxyde nitreux. En chirurgie, l'ablation de l'appendice, l'extraction
des calculs rénaux, la technique d'opération des enfants bleus, les
réparations d'anévrismes cardiaques et d'hernie inguinale, l'opération de la
cataracte, l'ablation des ovaires en cas de tumeurs et les techniques
stériles en matière d'asepsie opératoire. En épidémiologie, la découverte du
lien entre cancer et tabac, des causes des maladies cardiaques et de
nombreuses autres affections. Pour les hormones, l'identification de l'insuline
et sa purification pour lutter contre le diabète. Parmi les médicaments, les
beta-bloquants pour la pression sanguine, la digitaline en cas d'infarctus,
la morphine contre la douleur, la quinine contre la malaria, et l'acide
acétylsalicylique, ingrédient actif de l'aspirine. La hanche artificielle
fut inventée par John Chamley, lequel refusait d'expérimenter sur les
animaux. Sa prothèse est encore la référence pour les chirurgiens
orthopédistes. Les premiers médicaments efficaces contre les leucémies
infantiles aiguës apparurent dans les années 40 grâce à des études cliniques
sur les patients. L'un de ces médicaments, le Methotrexate, est encore très
utilisé dans le traitement de ces leucémies et d'autres cancers. Le
cromoglycate de sodium (Intal), pour prévenir l'asthme, fut découvert par un
médecin, sans expérimentation animale.
3. " Existe-t-il des produits qui n'agissent pas de la même façon chez les
animaux et l'être humain ? "
Voici quelques uns des plus connus : La pénicilline, l'antibiotique si utile
pour les humains, tue les cobayes. La morphine est un calmant pour les
humains et les rats mais produit un état d'excitation maniaque chez les
chats et les souris. L'aspirine, d'usage si courant, produit des
malformations foetales chez les rates et les chattes. L'usage du chloroforme
fut longtemps retardé en raison de sa grande toxicité pour les chiens. La
digitaline, utile pour les maladies cardiaques, fut trouvée dangereuse pour
les chiens sur lesquels elle fut testée.
Quelques exemples naturels : le persil est mortel pour les perroquets et l'abus
de sel pour tous les oiseaux, l'amanite phalloïde ne dérange ni les limaces
ni les écureuils, mais est mortelle pour l'humain.
Voici en microgrammes de produit par kilo de poids vif les résultats du test
DL50 (qui détermine le dosage requis pour tuer 50% des animaux) de dioxine
sur différents animaux : Rat femelle, 45 microgrammes par kilo de poids vif.
Rat mâle, 22 mg / kilo. Cobaye, 1 mg / kilo. Hamster, 5000 mg / kilo. Parmi
des animaux aussi proches, les grandes différences de toxicité démontrent à
quel point il est irrationnel d'exploiter ces données pour les êtres
humains. Toutefois, certains produits chimiques fonctionnent pour tous les
mammifères de façon similaire : le cyanure de potassium est un poison pour
tous. Mais, en matière de santé, compter sur le hasard ne peut suffire.
4. " Cela veut-il dire que certains produits inoffensifs pour l'animal
présentent un risque pour l'homme ? "
Oui. Les tests sur animaux ne sont pas un bon indicateur de ce qui peut se
passer chez les humains. Des milliers de médicaments mis en vente se sont
révélés dangereux à l'usage alors que les études sur animaux n'avaient pas
signalé de risque.
La Teropterine était censée traiter des leucémies infantiles aiguës, mais
les enfants mouraient encore plus vite que s'ils n'avaient rien pris. Pour
la mettre au point, le projet avait pourtant sacrifié 18000 souris.
Destinée à soigner des problèmes cardiaques, l'Eraldine avait été largement
expérimentée sur les animaux et avait satisfait toutes les autorités de
contrôle. Aucun de ces tests n'avait laissé entrevoir les effets secondaires
chez les humains : cécité, tumeurs, troubles stomacaux, douleurs
articulaires.
L'Opren, médicament anti-arthritique, franchit " haut-la-main " tous les
tests sur animaux. On ne le retira qu'après 70 décès et, chez 3500 autres
personnes, de graves effets secondaires dont des troubles de circulation et
des lésions à la peau, aux yeux, au foie et aux reins.
La Thalidomide, donnée aux femmes enceintes pour prévenir les nausées
matinales, fut la cause d'environ 10000 naissances anormales - les photos d'enfants
mal formés ont fait le tour du monde.
Le Clioquinol, médicament anti-diarrhéique, est à l'origine de 30000 cas de
graves affections au Japon. Il a causé des cécités, des paralysies et des
milliers de morts dans le monde entier.
L'Osmosine était un médicament anti-inflammatoire : on lui doit 650 cas de
graves effets secondaires et 20 décès.
Enfin, citons l'exemple " déroutant " du Tamoxifène. C'était un contraceptif
très efficace chez les rats. Mais donné aux femmes, il a accru leur
fertilité. Des essais cliniques ultérieurs ont montré son utilité contre le
cancer du sein, bien qu'il fût cause de cancers du foie chez les rats.
Enfin, il s'est révélé être un carcinogène humain à long terme et fut retiré
du marché.
5. " A part les différences entre espèces, il n'y a pas d'autres
problèmes. "
Faux. L'expérimentation animale complique et brouille les données. L'animal
n'est pas un bon " matériel d'expérience ". Le stress et la détresse des
animaux enfermés dans un laboratoire peuvent affecter les résultats, de même
que des différences d'âge, de sexe, de régime alimentaire, et même de type
de litière ! Les résultats d'un test strictement identique peuvent varier d'un
laboratoire à l'autre, et même d'une heure à l'autre !
Les anesthésiants perturbent aussi les réponses, notamment en toxicologie.
Mais là, les chercheurs ont trouvé la parade : en dépit de la loi qui les
rend obligatoires sauf exceptions (les tests sur la douleur et les
antalgiques), on s'en passe, de façon discrète. Et si les animaux souffrent,
qui ira le raconter ?
Enfin, point capital, la vivisection induit les maladies de façon
artificielle. Un cancer déclenché de toutes pièces ne correspond pas à celui
qui surviendrait de lui-même.
6. " Quelles méthodes substitutives évitent d'utiliser les animaux ? "
La recherche fondée sur la vivisection est une science du passé. Les
chercheurs ont à leur disposition plusieurs techniques modernes moins
coûteuses et plus fiables. Les études in vitro, les cultures de cellules et
tissus, la modélisation par ordinateur et l'analyse biologique moléculaire
approfondie présentent beaucoup d'avantages : des résultats rapides et des
paramètres expérimentaux faciles à contrôler. Elles se concentrent sur les
niveaux cellulaires et moléculaires du processus de la vie et offrent donc
des informations plus utiles sur la façon dont les produits chimiques et les
médicaments peuvent fonctionner ou causer des dégâts (étude sur l'ADN).
L'intérêt de l'utilisation expérimentale d'unicellulaires dans les méthodes
de recherche en toxicologie par exemple, provient du fait qu'il s'agit en
quelque sorte d'une " duplication " absolument identique d'un même type de
cellule ; ce qui permet donc d'obtenir toutes les données statistiques
basées sur la loi des grands nombres. exactement de la même manière que dans
l'expérimentation animale habituelle ; mais là, sans devoir sacrifier un
seul animal ! De plus, les cellules utilisées offrent même une plus grande
" adaptabilité " aux diverses conditions de culture d'une part, et d'expérimentation
ultérieure d'autre part ; ainsi, les réponses obtenues d'une substance
testée sont beaucoup plus fiables du fait qu'il n'y a plus ici, d'interférences
qui étaient jusqu'ici rencontrées chez l'animal : le stress normal et dû au
milieu carcéral de l'expérimentation, le poids, la nature, l'origine de l'animal.,
ceci amenait à l'aberration de répéter quantitativement toujours la même
expérience. en sacrifiant toujours un plus grand nombre d'animaux. La
culture de ces unicellulaires peut en outre s'effectuer dans toutes les
conditions possibles, de jour comme de nuit, en basse ou haute température,
etc., sans une grande incidence sur les résultats ; et sans provoquer la
moindre souffrance. Ces cellules unicellulaires peuvent pousser comme une
cellule animale, dès qu'elles sont mises en présence d'une substance
nutritive comme le sucre, l'alcool, l'acide lactique, etc. Les cellules
unicellulaires utilisent les éléments naturels pour se développer : la
lumière, le gaz carbonique qu'elles réduisent en sucres et oxygène qui est
rejeté dans l'atmosphère. Mieux encore, savez-vous que ces unicellulaires se
comportent aussi comme de véritables cellules hépatiques, en transformant
par exemple des lactares en glycogène ? Etc.. Ainsi, sur le plan pratique,
on peut demander aux cellules unicellulaires absolument tous les tests
auxquels sont habituellement soumis - cruellement - des animaux ; avec
elles, on peut donc obtenir une A.M.M. (Autorisation de Mise sur le Marché)
d'une manière beaucoup plus fiable qu'en sacrifiant des milliers d'animaux
issus de diverses espèces. Car il est possible de prouver que la substance
proposée, à un dosage déterminé, ne présente aucune toxicité pour l'humain.
Tous les types de tests peuvent être effectués : qu'il s'agisse d'une
substance médicamenteuse, d'une lessive, d'un désherbant, d'un cosmétique.
ou de toute autre substance ! Et les résultats obtenus laissent apparaître -
par rapport à ceux déjà obtenus depuis longtemps au prix d'atroces
souffrances animales - des résultats encore plus rapides et plus probants.
Par ailleurs, l'informatique permet d'analyser l'énorme base de données sur
l'évolution des maladies à travers le monde, fournie par les études
épidémiologiques.
De plus en plus de scientifiques travaillent exclusivement avec ces
techniques. De même, ils abandonnent la première vague de cultures de
cellules animales pour utiliser des cellules humaines, les seules à
véhiculer un résultat directement transposable à notre espèce. Aussi,
apparaît-il absolument nécessaire que les autorités de tutelle (Ministère de
la Recherche Scientifique et de la Santé) engagent une politique d'envergure
en ce sens, afin de pouvoir " standardiser " ce type de méthode alternative
à l'expérimentation animale. Pourtant, pour les valider, on veut les
comparer avec les expériences sur l'animal qui, elles, n'ont jamais été
comparées à quoi que ce soit pour juger de leur efficacité !
7. " Préfériez-vous voir mourir votre enfant plutôt que des animaux ? "
La question ne se pose pas ainsi mais entre une bonne et une mauvaise
science. Génératrice de résultats inexacts et dangereux, la vivisection fait
perdre énormément de temps et de ressources précieuses. En outre,
expérimenter sur les animaux n'a jamais dispensé d'expérimenter aussi sur
des humains, dans les stades ultimes d'évaluation de la toxicité et de l'efficacité
d'un produit. Et afin d'aider nos enfants, nous devons tout mettre en oeuvre
pour prévenir les causes de leurs maladies et de leur souffrance, sans nous
laisser influencer par ceux qui ont des intérêts financiers dans la
recherche animale et essaient de nous faire croire que leurs méthodes
obsolètes et inexactes pourront sauver des vies. Un exemple : les études sur
la carence maternelle, au cours desquelles des singes sont enlevés à leurs
mères et maltraités, représentent un incroyable gaspillage. La conclusion de
ces études, à savoir que les mauvais traitements et le manque de soins
entraînent des désordres psychologiques, n'est pas une révélation
stupéfiante ! Cela ne justifie ni les souffrances d'innombrables animaux ni
les millions de francs dépensés. Et pendant ce temps, les programmes pour
venir en aide aux enfants maltraités et abandonnés sont privés des fonds
dont ils auraient tant besoin.
8. " Les fonds destinés à la recherche sont-ils bien employés ? "
Toutes les recherches ne sont même pas considérées comme indispensables, de
l'aveu de nombreux chercheurs : répétitions inutiles, travaux sans intérêt
réel, réalisés surtout pour obtenir de la notoriété et des crédits. Dans le
monde scientifique, il faut " publier des résultats ou périr ". Et tant pis
pour les gaspillages en vies animales et en deniers publics. De plus, il y a
toujours une résistance aux idées nouvelles, spécialement en science.
Considérez la réticence qu'ont eue nos ancêtres à accepter la théorie de
Copernic de la rotation de la terre autour du soleil, ou celle de Galilée.
La vivisection persiste par la volonté de la communauté scientifique de
protéger son pouvoir et par celle des puissants fabricants de vendre leurs
médicaments, produits chimiques, etc., qu'ils soient sûrs ou pas.
9. " L'expérimentation animale est un gage scientifique de sérieux et de
sécurité. "
Si c'était vrai, il n'y aurait pas tant d'accidents graves et de médicaments
retirés du marché. Ils se comptent par milliers, tous ces produits qui n'avaient
pas posé de problèmes aux animaux et dont la toxicité s'est révélée sur les
humains. Dans une étude britannique sur le cancer, des chercheurs ont
constaté, apparemment satisfaits, que le taux de corrélation entre leur
modèle, le lapin, et l'être humain était de 37%. Il serait plus sûr de jouer
à pile ou face ! Et les laboratoires américains ne savent plus quoi faire de
leurs chimpanzés : même eux ne développent pas le sida. De leur propre aveu,
chaque primaterie de 200 individus " inutiles " leur coûte un million de
dollars par an (magazine Science avril 1997). Une récente étude effectuée
sur sept ans par l'université très respectée d'Uppsala (Suède), recueillant
les résultats de 84 laboratoires internationaux, a montré que les essais d'innocuité
des médicaments anti-sida sur d'autres espèces sont moins fiables que les
tests sur cellules humaines. En utilisant ces méthodes substitutives, l'étude
a montré une amélioration de 50% dans les prédictions de toxicité par
rapport à l'expérimentation sur des animaux entiers, vivants.
10. " Les animaux sont-ils nécessaires pour des transplantations d'organes
humains ? "
Le grand public voit souvent dans les transplantations un progrès médical
considérable, mais la majorité des maladies de coeur, de foie et de reins
(les organes le plus souvent transplantés) peuvent être évitées par une
médecine préventive et un mode de vie plus sain. Voilà les stratégies les
plus sensées et les plus efficaces pour faire régresser les maladies qui
rendent ces transplantations nécessaires. Toutefois, quand il faut les
envisager, il est clair que les organes humains sont différents des organes
animaux. Le système immunitaire humain rejette violemment tous les organes
animaux implantés. Et ces scientifiques essaient de produire des animaux
possédant de l'ADN humain pour réduire cette réaction immunitaire. Les
sommes déjà dépensées pour vaincre ces obstacles sont énormes. Pendant ce
temps, aucune campagne de prévention n'est mise en place.
Ces expériences de xénogreffes sont extrêmement dangereuses car les
apprentis sorciers créent des nouveaux virus " recombinants " (entre les
virus des espèces " mises en présence ") qui risquent un jour de se répandre
en faisant passer le sida pour une plaisanterie. Des études ont révélé que
des virus porcins transmissibles ne pouvaient être supprimés des greffons,
lesquels risquaient donc de contaminer les humains qui les recevraient.
Source : Nature, vol. 389, 16 octobre 1997.
11. " On tue des animaux pour bien d'autres raisons. Quelle différence
voyez-vous entre tuer un porc pour se nourrir et l'expérimenter pour notre
bénéfice ? "
Les animaux souffrent pour de nombreuses " raisons " fort discutables, mais
ils souffrent davantage et beaucoup plus longtemps dans les laboratoires. Un
chat peut avoir des électrodes dans le crâne pendant des mois, un chien
absorber des produits chimiques pendant des essais toxicologiques de 52
semaines. Il arrive que des singes macaques vivent plus de 20 ans dans les
mêmes petites cages d'un laboratoire !
A cause d'une expérimentation animale qui ne remplit pas correctement sa
fonction scientifique, n'importe quel produit nocif pour l'humain, arrive
sur le marché, et pas seulement en matière de médicaments. Combien de
fongicides, insecticides, pesticides ou de désherbants seraient retirés du
commerce si on savait vraiment à quel point ils sont nocifs pour l'environnement
et les consommateurs de produits agricoles ? (en 1997, une recrudescence des
cancers du cerveau dus aux pesticides a été constatée chez les agriculteurs
français.) Et combien d'additifs alimentaires sont en fait cancérigènes ?
Pourtant ils ont tous été testés sur des animaux.
Les statistiques (françaises notamment) relatent toutes une augmentation des
cancers. Les puissants fabricants de produits chimiques ont trop à perdre
pour tolérer que des méthodes substitutives, plus fiables, viennent remettre
leur marché en cause. Et au lieu d'investir dans la prévention, on inonde le
marché de produits nocifs, et on en vend d'autres pour soigner les maux
causés par les premiers.
Il est techniquement possible, scientifiquement souhaitable et moralement
nécessaire de se passer de l'expérimentation animale. La vivisection
resterait moralement condamnable même si elle était indispensable. Mais elle
ne l'est pas car les animaux ne représentent pas le bon choix scientifique.
Si des malheureux sont expérimentés, ce n'est pas pour le bénéfice de l'humanité
mais pour le profit des fournisseurs d'animaux de laboratoire et des grosses
firmes qui ont des intérêts évidents dans tout ce commerce
médico-pharmaceutique.
MIEL ET AUTRES PRODUITS DE LA RUCHE
L'apiculture est l'exploitation et la torture des abeilles. Le miel est
produit par les abeilles pour se nourrir et passer l'hivers. L'apiculteur
leur vole leur travail : il les enfume pour les rendre moins agressives,
protégé par sa combinaison. Une fois le miel enlevé, les abeilles sont
agressives. A la place du miel, l'apiculteur leur donne du sirop de sucre ou
de mélasse qui n'a pas les mêmes qualités alimentaires que le miel. Il
ajoute souvent d'autres produits au sirop de sucre, comme des antibiotiques,
pour tenter de réduire les maladies liées à leur alimentation à base de
sucre.
L'apiculteur fait souffrir : il coupe les ailes aux reines ou en tue pour
empêcher les essaimages ; il tue les faux-bourdons dont il veut se servir
pour les inséminations artificielles (cause supplémentaire de
dégénérescence) et détruit les autres mâles inutiles, pour s'approprier leur
part de miel. Dans certaines régions durant les mois d'hivers, il devient
parfois trop cher de garder les abeilles qui n'ont pas assez de miel pour
elles-mêmes. Les ruchers sont alors brûlés vifs après la récolte du miel,
parce que l'importation de nouvelles colonies provenant de régions chaudes,
au printemps suivant, coûte moins cher à l'apiculteur que de nourrir ses
propres abeilles durant l'hiver. Pollen, propolis, gelée royale, cire, .
tout peut leur être pris au moyen des techniques actuelles.
L'apiculture est cruelle et inutile car pour vivre l'humain n'a nullement
besoin de consommer du miel. Il en consomme juste pour assouvir son plaisir
personnel.
UN MONDE EN PAIX ?
Comment peut-on espérer un monde en paix alors que la plupart des humains se
nourrissent de cadavres d'animaux assassinés pour eux ? Personne ne s'étonne
de la barbarie de ces traditions, tuer est banal et lorsqu'on a l'habitude
de tuer des animaux, on peut tuer aisément des humains, il est facile de
franchir la frontière. Tuer des animaux et des humains est si semblable,
leurs cris de douleur sont les mêmes. Il serait intéressant d'étudier la
proportion d'homicides commis par des omnivores, des bouchers, des chasseurs
par rapport à ceux commis par des végétariens et des végétaliens.
LA MEDECINE
Actuellement, tous les médicaments sont testés sur les animaux. Il n'existe
pas de choix, si ce n'est utiliser des méthodes alternatives à la médecine
" légale ". Chacun est libre de pousser jusqu'où bon lui semble son refus d'utiliser
des produits issus de la souffrance d'un animal. Toutefois, il est plus
profitable qu'un végétarien ou un végétalien continue à vivre, quitte à
utiliser, ponctuellement, des médicaments, plutôt que de se sacrifier car
nous sommes trop peu nombreux pour qu'un de nous disparaisse pour ce motif.
Lorsque nous n'avons à notre disposition aucune alternative, notre
responsabilité ne peut pas être prise en compte. La meilleure solution est
de faire attention à son hygiène de vie pour ne pas tomber malade : faire un
peu de sport (jogging, marche, vélo, natation, musculation, etc.), ne pas
prendre de risques inutiles, ne pas se droguer (alcool, tabac, café, autres
drogues), manger végétarien ou végétalien correctement, s'aérer.
PRODUITS COSMETIQUES ET HYGIENIQUES
Parlons d'abord des ingrédients : la plupart des crèmes, fonds de teint,
savons, rouges à lèvres et fards à paupières contiennent des graisses
animales. Plus de 20 000 baleines sont tuées annuellement, leur graisse sert
à la production de savons, produits cosmétiques et lubrifiants. L'instrument
le plus cruel dans ce massacre est le harpon à charge explosive : éventrées
et horriblement mutilées, les baleines se débattent parfois des heures avant
de mourir. Un autre produit provenant des baleines est l'ambre gris utilisé
dans beaucoup de parfums. Cette substance grisâtre et cireuse est prélevée
dans l'intestin des baleines tuées.
Souvent les parfums contiennent aussi de la civette, une sécrétion des
glandes odorifères du chat musqué - en Ethiopie, d'où ces animaux
proviennent, il existe même des fermes spécialisées dans la production de
civette ; les chats musqués y restent enfermés toute leur vie dans des cages
beaucoup trop petites, dans des conditions de vie inimaginables - ou encore
du castoréum, provenant du castor, et du musc. Pour plus de commodité, les
castors aussi bien que les chevrotins fournisseurs de musc sont tout
simplement abattus par les chasseurs convoitant leurs précieuses sécrétions
glandulaires.
Oestrogènes (extrait de l'urine des juments maintenues constamment
enceintes), placenta, escargots écrasés, extraits d'embryon ou de foetus et
huile de vison sont encore d'autres matières couramment utilisées par les
fabricants de produits de beauté.
Analysons ensuite les méthodes d'essai : tous les produits chimiques
(colorants, agents conservateurs, etc.) contenus dans les produits de beauté
sont essayés au moins une fois au cours de leur développement, sur les
animaux pour voir s'ils sont nuisibles, et, si oui, dans quelle mesure.
Pour se rendre compte si le produit n'irrite pas les muqueuses, on utilise
surtout des lapins : on leur met par exemple du shampooing dans les yeux.
Etant donné que les glandes lacrymales du lapin produisent beaucoup moins de
liquide que celles de l'humain, la substance reste dans l'oeil en état
concentré pendant des jours et des jours, provoquant de graves irritations
et souvent même la cécité.
Pour contrôler si le produit n'irrite pas la peau, celle des animaux d'essai
est entaillée ou enlevée jusqu'à la chair vive, on applique ensuite le
produit à tester (crème, colorant pour cheveux, etc.) sur la plaie. De
graves brûlures en sont souvent la conséquence. Pendant toute la durée du
test, les animaux sont ligotés afin qu'ils ne puissent pas se gratter ou se
lécher.
Lors du test de toxicité, on vérifie la toxicité du produit par l'application
d'une dose déterminée, soit en l'introduisant au moyen d'une sonde dans l'estomac
des animaux, soit en les forçant à inhaler le produit, soit encore en l'injectant
dans leurs muscles, leurs veines ou leur cavité abdominale. On observe
ensuite les spasmes, paralysies et autres réactions. Après quelques jours,
les animaux - s'ils sont encore vivants - sont tués et on analyse les dégâts
causés. Lors du test DL50, la dose est progressivement augmentée jusqu'à ce
qu'elle cause la mort de la moitié des animaux constituant l'échantillonnage.
Ce n'est qu'après toutes ces tortures qu'on en vient aux tests sur le
consommateur. Et là, les méthodes s'humanisent ; soudain, il suffit d'essayer
le produit pendant quelques semaines sur la peau intacte, au lieu de le
mettre dans les yeux ou des plaies. Là, on tient compte aussi de l'usage
auquel le produit est destiné, c'est-à-dire, qu'on n'oblige personne à
avaler un rouge à lèvres ou un flacon de bain-mousse.
Les alternatives : il y a des fabricants de produits cosmétiques qui n'emploient
pour leurs produits que des ingrédients végétaux et minéraux ; ces
producteurs se sont engagés à ne pas faire de tests sur les animaux et ils n'utilisent
aucune matière première ayant été soumise à de tels tests. On pourrait
objecter que ces maisons n'offrent pas les garanties nécessaires en ce qui
concerne l'innocuité de leurs produits. N'ayez pas de crainte : les essais
sur animaux ne sont prescrits (bien qu'indirectement) que pour les produits
contenant des ingrédients qui pourraient être nuisibles. Si un produit est
donc admis sur le marché sans avoir fait l'objet de tests sur les animaux, c'est
que les ingrédients qu'il contient ont été jugés inoffensifs. Par contre,
les produits que l'on teste d'abord sur des animaux contiennent des
substances jugées susceptibles d'être nuisibles. En outre, une preuve de
non-toxicité obtenue par des tests sur animaux ne présente aucune garantie
que ce produit est sans danger pour les humains. Les tests sur les animaux
ne servent donc nullement à la sécurité du client, ils n'ont que fonction d'alibi
pour les producteurs. En utilisant des produits de beauté non-testés sur
animaux, vous avez donc la garantie qu'ils ne contiennent pas d'ingrédients
dangereux. Ainsi, en achetant ces produits, vous contribuez à l'abolition
des tests sur les animaux, et vous utilisez un produit qui présente beaucoup
moins de risques pour votre santé que les produits usuels.
Quelques marques sûres ne testent pas sur les animaux (vérifier la
composition de leurs produits, tous ne sont pas vegans, celles qui en sont
ont un V, vérifier, tout de même), ces marques sont trouvables en magasins
bio, de diététique ou ont leurs propres magasins : AEL Création (Herbes et
traditions), ARGILETZ, BIOAROMES (Sundays), CENTIFOLIA (Centifolia, Labio
centifolia ACM), COMPTOIR PROVENCAL DES ARGILES (Rosalia, Naturado), ECOFA
(Almacabio), EURO-NAT (Douce Nature), FAMILLE MARY, FLEUR DES MAUGES,
FLORAME, FLORE DE SAINTONGE, Laboratoire Alvend (Coslys, Etamine du Lys,
Anibiolys), LABORATOIRE BODY NATURE (Douce Nature, Euro-Nat), LABORATOIRE
CATTIER DISLAB (Cattier, Dislab), LABORATOIRE GRAVIER (Lerutan, Lise du
Castelet, Diproma, Cosmonaturel, SIBE Pur Air), Laboratoire Holistique
International (ligne Dermophytum), LABORATOIRE LEA (V) (Léa Nature, Léa
Phyto), Laboratoire Phyto-Actif (Jacques Paltz), LA PHOCéENNE DE COSMETIQUE
(Senteurs provencales, Le petit olivier), L'ARCHE BLEUE (V) (Callyopé, L'arche
bleue), Les DOUCES ANGEVINES, LT LABORATOIRES (Flexilium, Capil'hair,
Cellumins, Dermocaress), MELVITACOSM (Melvita, Apicosma, Prosun, Capiforce,
Bio-Excellia, les Soins Esse), MVA (cascade), NATURENVIE (V) (Natessance),
L'OCCITANE, PUR & SIMPLE, SANOFLORE (V), SERAYET-WILD NEO 42 (Néo 42,
bioreline), SICOBEL (Placentor végétal, Nacriderme, Arubix), THALGO
COSMETIC, VINCELLES CHIMIE (Gramos, Gramosol, Gobe-poussières), WELEDA, The
BODY SHOP, NEWAYS (Neways, Ralph Bartelmann), HONESTY COSMETICS. Liste mise
à jour disponible sur le site : http://www.onevoice-ear.org/ .
" SENSIBLERIE "
Entendu dans la bouche d'une adulte, mère de deux enfants : " mes filles
aiment beaucoup les animaux. Heureusement, je crois qu'elles n'ont pas fait
le rapport avec la viande qu'elles mangent ". Ce rapport, on le leur
expliquera plus tard, en même temps que l'inexistence du Père Noël. En
attendant, on donne aux enfants l'image d'animaux gentils et mignons qu'on
retrouve dans les dessins animés, par exemple, ceux de Walt Disney (bambie,
les cent un dalmatiens, etc.). Les enfants gobent cette image, parce qu'elle
est agréable. Elle évoque tout plein de sensibilité et d'amour. Comparée à
la réalité, elle est ridicule et elle est faite pour l'être.
Phase 2 : on explique aux enfants que la nature est pleine de carnage et de
compétition ; que les animaux sont en général méchants ou indifférents, et
que si nous on les bouffe, c'est forcé, et que de toute façon c'est normal,
ils ne méritent que ça, puisqu'ils se bouffent entre eux. C'est une image
aussi fausse que la première, mais comme elle est " dure ", alors que la
première est " douce ", on ne se moquera pas de celui qui la met en avant,
car il montre ainsi qu'il " n'est pas un enfant ". On s'arrange alors pour
identifier toute sensibilité envers les animaux à la première image ; on l'appelle
alors " sensiblerie ".
Les enfants comme beaucoup d'animaux sont capables d'affectivité, d'amour,
de haine, de cruauté et d'indifférence envers à peu près tout : un lézard,
un frère, un chat, ou un jouet. L'altruisme dont ils font souvent preuve
peut s'appliquer à un animal comme à un humain. L'éducation qu'on leur
fourgue sert entre autre à remplacer en grande partie la notion de bon /
mauvais qu'ils peuvent avoir, pour eux-mêmes ou pour les autres, par la
notion de socialement permis / interdit. C'est seulement alors qu'ils
comprendront, par exemple, que c'est faire preuve de sensibilité que de se
préoccuper des conditions de vie des pauvres mais que c'est de la
sensiblerie que de se demander si les raticides ne tuent pas les rats dans d'horribles
souffrances. Pendant la guerre, c'est de la sensiblerie que de ne pas
vouloir tuer des humains.
Bien sûr, dit comme je le dis, cela ressemble à un complot pour manipuler l'enfant.
Ce n'est sans doute pas un complot au sens propre. Mais comment rendre
compte du fait que tant de végétariens racontent que quand ils ont voulu
cesser de manger de la viande, la pression de leurs parents contre eux a été
formidable ? Comment rendre compte de la mauvaise foi énorme d'une partie du
corps médical français, qui affirment contre leur propre logique la
nécessité de manger de la viande ? Comment rendre compte de l'indifférence
complète de la quasi-totalité des gens envers les conditions d'élevage des
animaux et envers leur abattage ? Comment expliquer que, quand je parle de
ces problèmes devant les gens, d'abord on ne comprend pas, ensuite on se
moque doucement de moi, et, si j'insiste, on devient agressif ?
On a l'impression que parler du crime quotidien massif que commettent les
gens contre des êtres sensibles revient à transgresser un tabou. Se
préoccuper des animaux rappelle la sensibilité brute qu'on a tous eu dans
notre enfance ; c'est un acte asocial. C'est un acte qui dit qu'on veut
porter son regard hors de la société, vers des choses et des êtres qui
existent autrement que par un statut social. C'est aussi un acte gratuit :
jamais les animaux ne voteront pour nous, jamais ils ne nous mettront au
pouvoir. On ne peut attendre d'eux aucune gratitude. La rapacité est
fortement encouragée socialement : celui qui arnaque les autres est admiré,
celui qui en est la victime est méprisé.
PSYCHOLOGIE PAS TRES " NEUTRE "
Lawrence Kohlberg, un psychologue à
Harvard bien connu pour ses travaux sur le développement du sens moral,
rapporte comment son fils, âgé de quatre ans, manifesta pour la première
fois un engagement moral et refusa de manger de la viande, parce que,
disait-il, " c'est mal de tuer les animaux ". Il fallut à Kohlberg six mois
pour détourner son fils de cette manière de voir, qui, à son avis, était due
à un défaut de distinction adéquate entre les cas où il est juste de tuer et
les cas où cela est injuste, et qui montrait que son fils était encore dans
un stade primitif du développement du sens moral.
LES INCENDIES
L'été ne fait pas forcément le bonheur des animaux de forêt. Les incendies
qui ravagent des centaines d'hectares de végétation détruisent aussi des
animaux. Un mégot jeté négligemment dans les broussailles suffit à embraser
les sous-bois et à provoquer la mort de milliers d'êtres vivants.
MANGER DE LA VIANDE / TUER DES ANIMAUX
Pendant longtemps je n'ai pas fait le rapport, je n'ai pas vu le rapport,
entre " manger de la viande " et " tuer des animaux ". Je mangeais de la
viande et ne tuais pas d'animaux. Je savais pourtant très bien que la viande
est de la chair d'animaux morts, et pas morts de maladie ou de vieillesse,
mais tués en bonne santé. Seulement, je ne les tuais pas, ces animaux ;
quelqu'un d'autre les tuait, et indépendamment de moi. Ils m'étaient
offerts. Ils m'étaient présentés, tués et découpés dans les magasins,
assaisonnés et cuits par mes parents.
Je mangeais de la viande et ce n'était pas ma faute si des animaux étaient
tués ; comme si, si je n'en avais pas mangé, ils auraient été tués quand
même ; comme si des animaux étaient tués comme ça, indépendamment des
mangeurs de viande. La viande, je n'avais pas demandé que ça existe, mais
comme ça existait, non seulement ça me paraissait logique d'en manger mais
je pensais qu'en manger ne changerait rien. Je ne voyais pas que c'était
plusieurs vies différentes ; et que, ne pas manger de viande pouvait en
épargner quelques-unes. C'était comme s'il y avait des animaux tués de toute
façon, comme si ça ne dépendait pas de la demande.
Je ne me voyais vraiment pas intervenir dans ce grand tout, ni même en avoir
la possibilité ; je ne savais pas que beaucoup d'autres gens ne mangeaient
pas de viande, et que beaucoup plus encore et même tout le monde pourrait ne
plus en manger. Je ne me voyais pas pouvoir faire ce choix de ne plus en
manger, comme s'il était réservé à une élite ou plutôt à une certaine
catégorie de gens un peu originaux, dans le mauvais sens du terme,
idéalistes / irréalistes. Si ça m'était arrivé de penser que c'était
dégueulasse, je n'aurai même pas osé en parler. Je n'osais parler que de ce
qui était bien, je me montrais toujours sous un bon aspect.
Pourtant c'est plus qu'évident : c'est par définition que la viande est de
la chair d'animaux tués, que chaque morceau de viande a été une partie du
corps d'un animal vivant en bonne santé. Tout le monde sait bien ce que veut
dire tuer, et tout le monde ou presque trouve ça horrible. Et pourtant très
peu de gens trouvent horrible de manger de la viande. Ils trouvent horrible
le paysan qui tue un poulet, les métiers dans les abattoirs, et un peu moins
le métier de boucher. Personne ne se demande pourquoi ils font ces "
horreurs ". L'horreur est dans chaque personne qui mange de la viande. On a
bien l'habitude de toujours voir l'horreur ailleurs, de la voir en quelqu'un
de particulier, autre que soi, ou de la voir, loin de soi, dans un grand
chiffre. On voit l'horreur du paysan qui tue et l'horreur des 145 000
poulets tués, tout en ne trouvant pas horrible de manger de la viande "
soi-même ". On se banalise d'une part, et on ne se voit pas, on ne voit pas
ce que l'on fait. On " fait les courses " pour le repas, on n'achète pas de
cadavre ; on ne mastique pas du cadavre, on se nourrit.
Dire que la viande est du cadavre n'est pas bien compris. Cadavre, c'est
dans la tête des gens : corps mort allongé sur le bord de la route, corps
dans un cercueil, corps d'un oiseau déchiqueté par un chat, corps mort au
milieu d'un pré. C'est corps mort à enterrer, ce n'est pas corps mort à
découper pour manger. Un cadavre, c'est l'horreur de la mort. C'est un corps
que personne ne penserait à découper, à faire cuire pour le manger. On est
bien habitué à la différence, " faut pas tout mélanger ". La viande n'a plus
aucun rapport avec l'animal vivant, alors que le cadavre, on aurait envie qu'il
revive. Le cadavre est près de la vie, il en a la forme mais plus le
souffle. Pourtant la viande aussi reste un peu de l'animal vivant dans la
tête des gens, elle en garde les qualités et il n'y a pas de meurtre.
Je mangeais de la viande parce que mes parents en mangeaient et qu'ils me
nourrissaient, comme ils m'habillaient et m'emmenaient à l'école. Je n'aurais
jamais pensé pouvoir choisir mes vêtements, ma nourriture, etc.. Ils m'ont
habituée à beaucoup de choses, certaines dont je suis contente et d'autres
pas, je me suis débarrassée de certaines, je me bats contre d'autres et j'en
laisse aussi certaines plus ou moins dans un coin. Je ne mange plus de
viande. Je mangeais de la viande parce que c'était comme ça, ça se vendait,
s'achetait, se mettait au frigo, se faisait cuire et avait un bon goût, un
goût habituel ; et ça donnait des forces et était indispensable pour rester
en bonne santé, pour pouvoir travailler, comme on me disait. Pourquoi d'ailleurs
on me disait ça, parce qu'on pensait que c'était vrai ? Parce qu'on pensait
qu'il fallait faire attention si on n'en mangeait pas et qu'on ne me faisait
pas confiance pour ça ? Parce qu'on ne voulait pas que me vienne à l'idée de
ne pas en manger ? Et pourquoi ? Pour ne pas avoir dans la famille quelqu'un
qui sort un peu de la norme ? Pour légitimer ces meurtres ? Pour légitimer
qu'on en mange soi-même ? Pourquoi légitimer. ? J'en mangeais tout bêtement
parce qu'on m'avait appris à trouver ça bon, je pouvais aussi m'arrêter
juste à cet argument et essayer d'oublier l'horreur que représente la
consommation de cadavres.
LA CONTRACEPTION
Les pilules contraceptives et tous les moyens contraceptifs sont testés sur
les animaux. La plupart contiennent des produits d'origine animale. En 1997,
au Royaume-Uni, la seule pilule sans produit d'origine animale était "
Femulen ", fabriqué par la firme Gold Cross Pharmaceuticals, mais elle a été
testée sur les animaux.
Le latex utilisé pour les préservatifs peut être fabriqué par un procédé
incluant de la caséine (une protéine du lait). La seule marque disponible
facilement, au Royaume-Uni, ne contenant pas de produit d'origine animale
est Jiffi. De plus, ces préservatifs ne sont pas testés sur les animaux,
mais par des humains volontaires.
Des préservatifs vegans peuvent être commandés à la Vegan Society (contact
page associations). Ils s'appellent " Condomi ". Ils sont aussi disponibles en France
en pharmacie. Pour savoir où se les procurer, envoyer un E-mail à :
condomi.france@wanadoo.fr ,
Sites : www.condomi.com ,
www.condomi-plus.org ,
www.condomi-ag.de
Il existe des préservatifs féminins qui s'appellent " fémidom ". Ils
protègent du VIH et sont fabriqués en polyuréthane (pas de latex). Il existe
aussi le stérilet. Ces 2 préservatifs doivent être testés sur animaux.
Pour ceux qui recherchent des gels intimes 100% vegan, consulter le site :
http://www.veganerotica.com/
Un contraceptif, sous forme d'implant, sans produit d'origine animal (mais
testé sur animaux) est disponible depuis juin 2000, il est une alternative à
la pilule. Un bâtonnet de 4 cm de long et 2 millimètres portant le nom de
Implanon est implanté sous la peau en haut du bras (anesthésie locale) et
peut y rester trois ans. Pendant ce temps, il libère régulièrement des
hormones et empêche ainsi l'ovulation. Le bâtonnet et son implantation par
un médecin coûte environ 200 Euros. Efficacité 100 %, remboursée à 65% par
la sécurité sociale et à 100% si mutuelle. Effet vu comme inconvénient par
certaines : ne plus avoir de règles. Toutefois, dès l'enlèvement de l'implant,
le cycle reprend et cela n'affecte pas la possibilité d'avoir des enfants.
Le fournisseur Nourypharma explique sur demande de www.vegan.de que Implanon
ne contient aucune partie animale.
Il est toujours possible aussi de n'avoir des relations sexuelles que lors
des périodes de non-fécondité (ce qui ne met pas à l'abri des M.S.T.).
LES ZOOS, CIRQUES, CORRIDAS, AQUARIUMS, ETC..
Les zoos sont des prisons pour les animaux, où ils devront passer leur vie
entière sous le regard des humains. Beaucoup sont capturés violemment dans
des pays lointains et une bonne partie meurt durant le convoyage.
Les cirques, qui utilisent des animaux, sont eux-aussi des bagnes où les
animaux sont martyrisés pour obéir à des humains dans des spectacles
ridicules. Une fois trop vieux, les cirques se débarrassent d'eux.
La corrida, elle, au même titre que les combats de coqs, est reconnue
légalement comme un acte de cruauté par l'article du Code Pénal R-655-1.
Elle n'est tolérée que sous couvert de " tradition ". La " tradition " étant
vue comme plus importante que la souffrance d'un animal. Tous ces
spectacles, tous ces enfermements, toutes ces tortures d'animaux ne sont là
que pour flatter l'ego des humains, assouvir leur désir d'avoir des êtres
sous leur pouvoir et leur soif d'argent. Ces actes sont cruels et ne
développent pas les bons côtés de l'humain.
Pour découvrir la vie des animaux, on peut très bien aller se promener dans
la montagne ou les bois. Ou, encore, regarder des reportages et lire des
livres.
GASPILLAGE ALIMENTAIRE, POLLUTION ET FAMINE
En France, nous consommons entre 65 et 70% de protéines animales et 30 à 35%
de protéines végétales (Lecerf, 1986). En France en 2002, 95,6 kg de viande
de bovin, ovin, porc et volailles ont été consommés par personne en moyenne
(contre 81 kg en 1979), soit 260 grammes consommés chaque jour, ceci sans
compter la viande des poissons et d'autres animaux. Produire des protéines a
un coût bien sûr totalement différent selon qu'il s'agit de protéines
animales ou protéines végétales. Pour produire de la viande, il faut bien
évidemment nourrir le bétail, ce qui se fait avec des protéines végétales :
56% de la production mondiale des protéines végétales est utilisée pour le
bétail (Lecerf, 1986). Aux Etats-Unis, les animaux mangent 70% des céréales
pour produire du lait, des oeufs et de la viande. En Europe, ils en mangent
environ 60%. En Inde, seulement 2% (Durning. T.A, et al 1992). En France, au
moins la moitié des terres agricoles est utilisée à grand renfort de
produits chimiques de synthèse dans le but de produire des végétaux pour les
élevages. 80% des productions de soja, maïs, pois sont destinées à nourrir
le bétail.
Il faut 16 kilos de protéines végétales pour obtenir 1 kilo de protéines de
boeuf. Il faut 7 kilos de protéines végétales pour obtenir 1 kilo de
protéines de porc. Il faut 5 kilos de protéines végétales pour obtenir 1
kilo de protéines de poulet. Il faut 5 kilos de protéines végétales pour
obtenir 1 kilo de protéines d'oeuf.
Un hectare de céréales peut produire 5 fois plus de protéines qu'un hectare
réservé à l'élevage (c'est à dire à la production de viande). Les
légumineuses (haricots, pois, lentilles) peuvent en produire 10 fois plus,
les légumes verts peuvent en produire 15 fois plus, et l'épinard 26 fois
plus ! (France Moore Lappé, 1976). Le soja produit 14 fois plus de protéines
que le porc (soja : 485 kg/ha, porc : 35 kg/ha).
Lorsqu'on abat un boeuf, il fournit juste 200 kilos de viande pour la
consommation des humains, soit 1500 repas, mais avec les céréales qu'on lui
a donné, on aurait pu servir 18000 repas.
Si l'on voulait satisfaire les 6 milliards d'humains sur terre avec une
alimentation à l'américaine (ou à l'européenne), il faudrait 2 à 2,5 fois
plus de céréales que le monde entier n'en produit actuellement. Et toutes
les réserves actuelles de pétrole seraient épuisées en moins de 50 années
(Durning T.A, et al, 1992).
Rappelons qu'élever des animaux suppose, de nos jours, d'énormes coûts
énergétiques pour les infrastructures d'élevage, d'abattage, de transport,
de conservation, de transformation, . Une étude a montré que la production
de viande, des produits laitiers et des oeufs, s'approprie un tiers de toutes
les matières premières utilisées dans ce pays (Robbins, 1990).
Faire en sorte que les 8 à 14 milliards d'humains qui seront sur la planète
demain, mangent 60 à 70% de protéines animales par rapport à leur
consommation globale en protéines (soit 65 à 90g par jour) est totalement
irréaliste. Pour sortir de l'insécurité alimentaire dans l'avenir, il faudra
résoudre cette question de fond. S'il est vrai que le taux de natalité finit
toujours par baisser dans les sociétés qui connaissent une amélioration des
conditions matérielles de vie, il a été également observé que le premier
comportement alimentaire d'une population qui améliorait ses conditions de
vie était d'accroître sa consommation de protéines animales, synonyme pour
beaucoup de " richesse ", passant de moins de 10% à plus de 50%. Un nouvel
équilibre mondial dans la répartition alimentaire ne sera possible que si
les populations les plus nanties diminuent d'elles-mêmes leur consommation
en protéines animales.
Aujourd'hui, les deux tiers de l'humanité se nourrissent de façon quasi
végétarienne. Il est très improbable que l'on puisse, actuellement, nourrir
tous les humains sur le modèle alimentaire occidental, il faudrait alors
tripler la production de céréales (destinées au bétail) pour fournir
suffisamment de viande. De nos jours sévit une suralimentation haute
calorie, haute protéine, dans les pays industrialisés : chaque américain
consomme 102g de protéines par jour en moyenne (dont 71% d'origine animale),
bien au dessus des 41g que recommandait la FAO en 1973 (Pimentel, 1976). Ces
chiffres, un peu anciens, ont depuis évolué puisqu'en 1992, ils s'élevaient
à 116g pour la France, 112,9g pour les Etats-Unis, mais 30,8g pour le
Mozambique et 40,3g pour Haïti (source : Quid 99). Dans les pays développés,
seuls les apports en protéines animales ont progressé, l'apport en protéines
végétales restant constant (environ 40g par habitant et par jour depuis
1960). Dans l'ensemble des pays du monde, les apports en protéines végétales
sont dus essentiellement aux céréales (46,3%) et, pour une part beaucoup
plus faible, aux légumineuses (8,7%). Dans les pays développés, la part des
céréales s'établit à 29% et celles des légumineuses à 3,9%. Dans les pays en
voie de développement, ces valeurs sont de 56,2% et 10,5% respectivement (J.
Guéguen, INRA, Colloque GEPV Protéines vertes, 16 juin 1999).
Une chose est pourtant " rassurantes " : la seule production céréalière
mondiale aurait pu nourrir, en 1993, toute la population de la terre à
raison de 320 à 350 kg de céréales par habitant et par an, ce qui correspond
à plus de 3000 calories et 65g de protéines végétales par habitant et par
jour. Certains experts estiment qu'il y a assez de ressources végétales pour
nourrir 40 à 50 milliards d'humains sur terre (Georges, 1978). Le problème
actuellement n'est donc pas un manque d'aliments végétaux, mais un problème
de répartition et d'utilisation de ceux-ci : consommés directement par les
humains et bien distribués, les famines n'existeraient pas.
Baser nos stratégies agricoles et alimentaires sur une consommation accrue
de protéines végétales devrait être un axe incontournable pour nos choix
sociopolitico-économiques. Peu de programmes politiques ou scientifiques
vont aujourd'hui dans ce sens. Est-ce un manque de vision de la part des
responsables des pays riches, ou bien le résultat de lobbies et autres
pouvoirs économiques qui s'opposent à ces changements ? C'est un enjeu
crucial, qui nous sera peut-être imposé par des impératifs écologiques.
Pour satisfaire la surconsommation de protéines animales dans les pays
riches, l'agriculture est devenue industrielle. Des technologies agricoles
ont été mises en place dans le but d'accroître la productivité, aussi bien
des animaux (viande, lait et oeuf), que des ressources végétales servant à
les nourrir. Entre 1950 et 1984, la production céréalière mondiale a été
multipliée par 2,6 dépassant largement le taux de croissance démographique.
Les cultures intensives de céréales et d'oléo-protéagineux ont trois
caractéristiques : 1 - Elles mobilisent surtout de grandes surfaces. 2 -
Elles nécessitent une forte mécanisation (labour, irrigation, récolte, .).
3 - Elles font usage de variétés sélectionnées et de grandes quantités d'engrais
chimiques, d'herbicides et de pesticides. Les méfaits qui en découlent :
érosion, empoisonnement des sols et de l'eau.
L'agriculture est le secteur d'activité qui utilise le plus d'eau de
captage. Ainsi, la production d'un kilo de viande nécessite entre 10 000 et
24 000 litres d'eau, tandis que la production d'un kilo de céréales, par
exemple, n'en demande que 250 à 1 200 litres. Cette contribution peut donc
devenir des dizaines de fois moins lourde si on arrête le gaspillage
consistant à transformer de la nourriture végétale en produit animal.
La quantité d'énergie provenant de combustibles fossiles utilisés pour la
production de nourriture est également inférieure pour une alimentation 100%
végétale : Menu non-végétarien = 33 900 kcal. Menu végétarien = 18 900 kcal.
Menu végétalien = 9 900 kcal.
De plus en plus de nappes phréatiques sont polluées par les nitrates et
phosphates provenant des engrais chimiques mais aussi de l'excès de
déjections animales : En Bretagne, on compte actuellement : 12 millions de
porcs, 500 millions de poulets, 10 millions de canards. Leurs déjections
représentent une quantité colossale responsable de la pollution de l'eau.
Alors qu'en même temps le nombre d'humains vivants en Bretagne est de 2 873
000 habitants. La " solution " que proposent les autorités consiste à tenter
de répartir cette pollution sur l'ensemble du territoire. Par contre, le
végétarisme et le végétalisme ne sont pas évoqués une seconde.
En France, outre les pollutions de l'agriculture et des élevages pour la
production de viande, 2,6 millions de tonnes de déchets d'abattoir
(viscères, viandes " impropres à la consommation humaine ", etc.) sont
produits. Jusqu'à la fin de l'année 2000 ces déchets étaient transformés en
farine animale qui servait à nourrir les élevages, malgré les risques
sanitaires de telles pratiques (maladie de la " vache folle ", par exemple).
Officiellement, ces farines animales ne sont plus utilisées pour l'alimentation.
Ces déchets sont stockés et incinérés (mais sommes-nous sûr de leur
destination et qu'en est-il des usages non alimentaires ?) Le résultat :
encore plus de pollution et de risque (contamination de l'eau et de l'ensemble
de l'environnement) ! Tout ça juste pour manger des cadavres.
L'AGRICULTURE VEGETALIENNE
(article extrait de Campagnes Solidaires, juillet-aout 1992, sous le titre " sélection à la ferme ")
A la ferme Potier, la nature semble en paix, respectée, comprise. Ceci est
la victoire patiente d'un humain qui a su transformer sa foi en la nature en
une véritable démonstration scientifique. Faisant mentir les pronostics
pessimistes de ses voisins, voilà maintenant vingt-deux ans qu'il produit
fruits et céréales à Goudourville, Tarn-et-Garonne. D'une manière toute
personnelle, mais qui peut donner à penser à chaque cultivateur. Car
cultivateur il l'est, exclusivement. Pas la moindre trace d'élevage sur son
exploitation. Un choix qui a conditionné à la base les méthodes de travail
de ce végétarien et agriculteur bio de longue date. Sans bétail, pas de
fumier. Or, A. Potier souhaitant pratiquer " une agriculture autonome au
maximum " refuse l'idée d'acheter des fertilisants, même biologiques. Seule
solution, la paille et donc un blé haut qui en fournisse en grande quantité.
Il pratique aussi la jachère tournante (luzerne laissée sur place).
Aujourd'hui, il produit sans irrigation ni aucun fertilisant 40 à 50
quintaux de blé à l'hectare dans une région où la moyenne est de 60
quintaux. Grâce à un travail patient et passionné de sélection. Première
étape dans cette aventure génétique, en 1974 un salon d'agriculture
biologique à Grenoble. " Il y avait, raconte A. Potier, un bouquet de blé
sec avec de très beaux épis. J'ai réussi à retrouver le producteur. Il s'agissait
d'un blé Pechvèque. En me le donnant, il m'a dit : attention, il n'est pas
pur, il y a d'autres variétés mélangées. Le Pechvèque n'était pas, à l'expérience,
adapté à ma terre, il s'échaudait. Mais au milieu se trouvaient
effectivement des épis d'autres variétés. J'en ai reconnu une que j'avais
cultivé en 1960 : le Talisman. "
C'est à partir de ces premiers épis de Talisman qu'A. Potier va faire un
travail de sélection : La première année, il choisit une plante et sur
celle-ci le plus bel épi dont il sème les grains du centre. La seconde
année, il ressème la totalité de cette première production, etc.. La
cinquième année, toute sa récolte de blé (5 hectares) est issue de ce
premier épi. Cinq hectares d'un beau blé, productif, haut comme un seigle et
fournissant donc beaucoup de paille pour nourrir la terre. Il est légèrement
plus tardif (une dizaine de jours) sans que cela pose problème " parce qu'il
est résistant à l'échaudage ". " Il commence doucement. En avril, il semble
avoir un mois de retard qu'il rattrape vite lorsque arrive la chaleur. "
Comble d'ironie, à cette période il devient " bleu " comme un blé qui aurait
reçu de l'azote. Il est peu gourmand en eau et même l'an dernier, malgré la
forte sécheresse, il a bien poussé. Dans ces conditions de culture - sans
eau ni fertilisant - le " Talisman-Potier " a un excellent rendement,
comparé à d'autres variétés placées dans ces mêmes conditions.
A. Potier a refusé de participer au programme d'irrigation sur son secteur.
La suite lui a donné raison car l'irrigation endettât beaucoup ses voisins
qui eurent des difficultés à continuer leur activité.
L'exploitation a 25 hectares de Surface Agricole Utile (dont 5 en location)
: Cinq hectares de blé, autant d'orge, avoine ou tournesol. De la luzerne de
semence. Des fraises et des cerises. Deux hectares de noisetiers, un hectare
de noyers (bois et fruits) et 1,3 hectares d'amandiers. Le tout en
agriculture biologique (mention FESA), ce qui permet de retirer un meilleur
prix des produits. Le revenu dégagé se situe entre 11 000 et 13 000 euros
par an (valeur 92), avec un emprunt finissant de 1 500 euros d'annuité, fait
pour l'achat de la propriété.
Amandes, noisettes, noix, sont commercialisées en vente directe et leurs
acheteurs demandent souvent de " vraies " pommes. A. Potier est donc en
train de rechercher une variété de pommier qui, elle aussi, corresponde " à
sa façon de travailler " : qui ne nécessite pas d'échelle pour le ramassage,
mais à racines profondes et qu'il plantera à bonne distance. " Je vais
pratiquer un double greffage, le premier sur un porte-greffe à racines
puissantes, le second sur un porte-greffe à faible végétation. "
Les prochaines plantations de cerisiers aussi, il compte bien les faire avec
un produit de la sélection maison qui ne nécessite pas d'échelle pour la
cueillette. Il travaille d'autre part sur les pruniers : " l'INRA greffe des
amandiers sur des pruniers. La prune est connue pour résister au sec, mais
pas autant que l'amandier. Je vais donc faire l'inverse pour faire
bénéficier les prunes de cette qualité de l'amande. "
La fertilisation des sols en agriculture végétalienne
La fumure organique à l'engrais vert ou avec de l'humus constitue une
excellente méthode pour obtenir des légumes de bonne qualité. L'engrais vert
s'obtient à partir de plantes cultivées dans le seul but d'enrichir la
terre. Pour cela, on choisit par exemple le trèfle incarnat, la luzerne, la
vesce, ou la moutarde. L'humus, lui, est une épaisse couche de substances
végétales en décomposition qui recouvre le sol. Son rôle consiste à nourrir
la vie du sol tout en protégeant celui-ci des rigueurs climatiques
(sécheresses ou violentes précipitations).
Outre l'engrais vert, l'humus, et bien sûr le simple compost de produits
végétaux, on a également la poudre de roche et le fumier de déjections
humaines comme sources de matières nutritives. S'il est bien composté, le
fumier de déjections humaines (végétaliens) ne représente qu'un très faible
risque pour la santé publique et est nettement moins dangereux que l'utilisation
à grande échelle de toutes sortes de fumiers et purins provenant des animaux
d'élevage. Les déchets de digestion humains, contiennent d'importantes
matières nutritives pour les plantes. Pour le maintien de l'équilibre de la
chaîne alimentaire, il est nécessaire de restituer au sol, les éléments
utilisés pour les cultures. Savoir que du compost de déjections humaines est
utilisé pour fertiliser les sols peut provoquer des appréhensions, pourtant
des humains paient plus cher une alimentation " biologique " fertilisée avec
des déjections d'animaux non-humains. Où est la différence fondamentale ?
Actuellement, d'ailleurs, des boues de stations d'épuration sont déjà
utilisées dans l'agriculture intensive. Hélas, ces boues contiennent d'autres
produits que des déjections d'humains comme des métaux lourds et ceci est un
problème.
L'agriculture vegan peut très bien utiliser des engrais azotés de synthèse
dans le cas où ils ne contiennent pas de produits d'origine animale, de même
que toutes préparations ne contenant pas de produits animaux, non-testées
sur les animaux et n'entraînant pas la mort d'animaux. Seuls des
insecticides pouvant tuer des insectes sont parfois utilisés en agriculture
intensive (les herbicides tuent les herbes et les fongicides préviennent les
maladies ainsi que le développement de champignons microscopiques). Ils
pourraient être remplacés par des répulsifs par exemple. Des produits
destinés à tuer des animaux ne sont généralement pas utilisés, si ce n'est
pour protéger les récoltes stockées. Là aussi des répulsifs peuvent être
utilisés, ainsi que des bâtiments en bon état, n'offrant aucun abri et
possibilité d'entrer aux animaux.
Toutefois, le travail des sols et les récoltes mécanisées peuvent tuer des
animaux et des insectes par accident. Des méthodes ne nécessitant pas de
travail des sols (notamment, méthode de M. Fukuoka : enrobage des graines
dans des boulettes de terre et succession de cultures particulières sur les
champs) et des méthodes de récoltes plus attentives (manuelle) peuvent être
imaginées. Il serait actuellement difficile de les développer. Le plus
simple serait de consommer uniquement des produits d'arbres (fruits et noix)
qui ne nécessitent pas de travail du sol, si ce n'est lors de la plantation.
Dans ce sens l'alimentation frugivore peut trouver une justification.
Même s'il n'est pas interdit de réfléchir, il est clair qu'un mode de vie ne
provocant aucune destruction de vie d'animaux ou d'insectes est un idéal, il
faut bien le garder à l'esprit. Nous ne pouvons que tendre vers ce but, en
faisant avec les moyens disponibles actuels. Il existe dans tous les cas une
grande marge entre n'avoir d'attention que pour sa propre personne, se
moquer éperdument des animaux tués (aussi bien que de l'environnement) et
faire son possible pour promouvoir un mode de vie le plus vegan possible.
L'énergie verte : non-polluante et renouvelable.
On parle régulièrement de l'énergie à base végétale, utilisable aussi bien
pour le chauffage que comme carburant. L'éthanol, essence sans plomb avec
adjonction d'alcool végétal, (provenant essentiellement de la betterave)
semblait abandonné pour cause de prix de revient prohibitif, mais l'Association
française pour le développement de l'éthanol-carburant vient de le relancer
en créant un comité de promotion avec des associations belge, allemande et
néerlandaise. En effet, la commission européenne veut encourager les usages
non-alimentaires des produits agricoles. Certes pour obtenir un carburant d'un
prix de revient égal à celui du pétrole, il faudra subventionner, mais ces
subventions ne coûteront pas plus cher que celles compensant la vente à bas
prix des excédents européens de blé, d'orge, de maïs, de seigle. Le
carburant vert peut être produit sur des terres en friche et d'autres non
rentables mises en jachère. Il permet des économies de devises, augmente l'indépendance
par rapport aux pays producteurs de pétrole, et ne pollue pas l'atmosphère.
Un ingénieur allemand a mis au point un moteur qui fonctionne aux huiles
végétales issues du colza, tournesol, soja, palme, coton, ricin et bien d'autres
puisque 2000 plantes seraient aptes à produire ces huiles dont la valeur
énergétique est égale à celle du gazole. Le moteur à huiles végétales s'apparentant
à un diesel. Si l'on en croit les essais, ces carburants permettent aussi d'importantes
économies de consommation. Faute de carburant végétal, le moteur accepte le
gazole. Si rouler à l'huile de colza paraît séduisant, il ne semble pas que
l'agriculture européenne puisse fournir assez de végétaux pour remplacer la
totalité du pétrole consommé annuellement (note : peut-être qu'avec une
population végétalienne, des moteurs optimisés pour consommer le moins que
possible, des limitations de vitesse plus strictes, des transports en
communs plus accessibles, etc., cela ne serait pas si impossible !). Mais l'enjeu
dépasse nos frontières et le carburant végétal permettrait à des pays du
tiers-monde, qui n'ont pas les devises indispensables à l'achat de pétrole,
de développer leur industrie en produisant leur carburant vert. Une plante
tropicale comme la purghère peut pousser dans des régions désertiques très
chaudes et produire d'importantes quantités d'huile.
Les organisations internationales devraient faire avancer rapidement la
production de carburant végétal et celle des moteurs leur convenant, car on
se préoccupe beaucoup des conséquences de l'industrialisation future de pays
géants comme la Chine, l'Inde, le Brésil. Les importants rejets
supplémentaires de gaz carbonique des usines ou des automobiles accentueront
la pollution de l'atmosphère, déjà inquiétante. Or, le carburant végétal ne
produit pas de gaz carbonique, n'accentue pas l'effet de serre responsable
du réchauffement de l'atmosphère. D'autre part, les gisements de pétrole s'épuisent.
Il faut déjà aller le chercher au fond des mers, à grande profondeur, ou
dans des lieux difficiles d'accès comme l'Alaska. Tandis que le carburant
végétal est une énergie renouvelable. L'éthanol a déjà trouvé son
utilisation au Brésil où il représente 60% de la consommation de carburant.
Aux Etats-Unis, on consomme 1,5% d'éthanol issu du maïs. Le gouvernement
américain qui réduit ainsi ses excédents de maïs a dû prendre en charge 50%
du prix. La France en est aux balbutiements. L'INRA travaille sur la
création de betteraves-alcool. Les constructeurs automobiles sur les
moteurs. La Régie Renault a fait venir des moteurs à alcool du Brésil pour
en équiper quelques voitures expérimentales. On progresse lentement mais le
jour où la commercialisation entrera vraiment en action, les voitures
roulant à l'énergie verte pourraient se multiplier. Avec pour perspective l'adieu
aux coûteux pots catalytiques.
Végétal ou non, nous sommes encore dans le domaine du carburant classique.
Dans le futur, le carburant pourrait être l'hydrogène et on utilisera des
plantes pour le produire : Les plantes assimilent le carbone contenu dans le
gaz carbonique de l'air et avec l'eau qu'elles contiennent, fabriquent des
hydrates de carbone, c'est ce qu'on appelle la photosynthèse. En échange,
elles rejettent de l'oxygène. Grâce à la photosynthèse, les chercheurs ont
pu aussi obtenir de l'hydrogène : Dans les plantes, les photons venus du
soleil se heurtent aux molécules de chlorophylle et excitent leurs
électrons. L'énergie de ces derniers, casse les molécules d'eau en molécules
d'oxygène et d'hydrogène. Certaines substances organiques présentent les
mêmes propriétés. Ainsi les algues bleu vert renferment un enzyme appelé "
hydrogénasse " qui leur permet de produire de l'hydrogène de façon continue.
Les recherches se poursuivent en laboratoire. Pour le moment, on récupère si
faiblement cet hydrogène qu'on est loin de l'application industrielle. Les
chercheurs ont toujours bon espoir d'arriver à extraire les produits
catalyseurs de l'hydrogénase sans avoir besoin des algues. On verra
peut-être un jour d'étranges machines qu'il suffira d'alimenter en végétaux
pour obtenir avec simplement un peu de lumière solaire, cet hydrogène qui
devrait être le carburant performant, écologique, et bon marché de l'avenir.
